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Responsable de la chronique : Jacques Sylvestre, o.p.
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Nicole Bériou et al. : Les mages et les berger

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

couv7317g_260Des quatre évangélistes, Matthieu, Marc, Luc et Jean, seuls Matthieu et Luc débutent l’annonce de la Bonne Nouvelle par les récits de l’Enfance de Jésus. Désireux d’apporter un peu de lumière sur l’enfance du Sauveur, Luc et Matthieu ont cru bon ne pouvoir faire davantage que de s’inspirer de certains partages de l’Ancien Testament.  L’un et l’autre s’accordent sur la naissance de Jésus à Bethleem, mais à la différence de l’évangéliste Luc, le récit de Matthieu comportent la visite des mages d’Orient guidés pas une étoile. Ce faisant, l’objectif de l’écrivain sacré était de mettre en relief l’identité de Jésus comme roi, certes, mais à la manière de David de Bethléem, non à celle du roi Hérode de Jérusalem. Luc par contre, fidèle aux origines ancestrales, soulignera davantage la présence des bergers. Quoi qu’il en soit, l’un et l’autre appuieront leurs dire sur les prophéties de l’Ancien Testament dont voici quelques extraits.

Pour la visite des Mages, Matthieu s’inspire du psalmiste et décrit ce faisant le portrait anticipé du roi messianique :

Les rois de Tarsis et des îles rendront tribut.
Les rois de Saba et de Seba feront offrande,
tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les païens le serviront.
Car il délivre le pauvre qui appelle
et le petit qui est sans aide ;
compatisssant au faible et au pauvre,
il sauve l’âme des pauvres. (Ps.72 : 10-13)

Du prophète Isaïe (60.4-8), Matthieu retient également :

Lève les yeux aux alentours et regarde ;
tous sont rassemblés, ils viennent à toi.
Tes fils viennent de loin,
et tes filles sont portées sur la hanche
Alors tu verras et seras radieuse,
ton cœur tressaillira et se dilatera,
car les richesses de la mer afflueront vers toi,
et les trésors des nations viendront chez toi.

Des multitudes de chameaux te couvriront,
des jeunes bêtes de Madiân et d’Epha :
apportant l’or et l’encens
et proclamant la louange de Yahvé

Chez Luc, les récits de l’Enfance de Jésus sont par contre caractérisés par le présence des bergers. Pour l’évangéliste, le choix des bergers, gens méprisés, hérauts de la révélation, s’accorde avec la prédilection dont il a constamment fait preuve pour les pauvres et les petits. À preuve l’inoubliable exaltation un jour que Jésus priait: « Je te rends grâce Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l`avoir révélé aux tout petits. » (Lc.10.21)

Avec le déroulement de l’année liturgique, dominée par la lumière du Nouveau né, aussi bien les bergers que les mages ont quelque peu perdu de leur intérêt. Pendant plus de 16 siècles, les bergers de la crèche sont demeurés les grands oubliés de la tradition liturgique occidentale avant d’en venir au XVIIe siècle à évincer les mages dont on avait supposément découvert les restes honorés des siècles durant à Cologne.

Ce que l’on peut retenir, c’est que l’évangile de Luc sera caractérisé par trois attitudes : d’abord celle des bergers, ces pauvres qui font connaître une parole reçue du ciel; en deuxième lieu, le recueillement de la vierge Marie qui retient ces paroles et les médite en son cœur; enfin les bergers qui font écho à l’armée céleste. Diffusion, méditation louange, trois attitudes qui concrétisent un « voir » et un « entendre », l’objet du récit évangélique de Luc.

Quand à l’astre, peut être finira-t-on par comprendre qu’il n’y a pas lieu de le confondre avec la réalité telle que la concevaient les mages, ou un objet céleste objet de recherche des astrophysiciens, mais bien une métaphore, inspirée des livres prophétiques.

Contempler la figure des mages et conjointement celle des bergers, ne fut pas chose simple. La compréhension spirituelle des Évangiles de l’Enfance tant chez Matthieu que chez Luc est le fruit de siècles de méditation de la part de grands saints et théologiens de la littérature chrétienne ancienne. Qu’il suffise de souligner ici l’apport de saint Augustin en ce qui concerne les bergers. Quant aux mages, ils ont eu dès le IVe siècle comme propagandiste saint Ambroise qui précise que cet héritage ne peut se définir que par la foi. Concernant ceux-ci, la littérature patristique, théologique et liturgique est abondante; mais concernant les bergers, est elle est quasi inexistante.

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Nicole Bériou – Gérard Billon – Gilbert Dahan – Sever J. Voicu. Cahiers ÉVANGILE. 113. Supplément. LES  MAGES ET  LES  BERGERS. Éditions  du  cerf. Octobre 2000.

 

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