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Responsable de la chronique : Jacques Sylvestre, o.p.
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Ronald Dworkin : Religion sans Dieu

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

gl674.dworkinSelon Marie Labrecque (Le  Devoir 17/11/14), Simon Boudreau dans sa pièce  « D pour Dieu ?» embrasse quelque décennies dans la vie d’un être vue sur l’angle de sa quête de sens.   Né d’une famille athée, au sein  d’une société où les églises sont peu à peu transformées en appartements, Simon  Boudreau retrace ses propres tâtonnements spirituels. Comment définir sa place dans un monde où il finira par découvrir avec horreur son insignifiance ? C’est là toute la raison d’être de cette recension de  «  Religion sans Dieu » de Ronald Dworkin. Dans quel esprit envisager la question : qu’est-ce que la religion ?

L’idée  directrice de  « Religion  sans  Dieu » de Ronald Dworkin « est que la religion est plus profonde que Dieu. Elle soutient qu’une valeur inhérente  et objective pénètre tout, L’univers et ses créatures sont dignes d’admiration,  la vie humaine a un  sens  et l’univers un ordre. La croyance en un dieu n’est qu’une des manifestations possibles de cette vision profonde. Et, d’ajouter l’auteur, le  clivage entre gens de religion et gens sans religion est quelque peu grossier. Des millions de gens qui se considèrent comme athées ont des convictions et des expériences semblables à celles que les croyants tiennent pour religieuses. Bien qu’ils disent ne pas croire en un dieu personnel, ils croient néanmoins en une « force » dans l’univers qui serait « plus  grande que nous ».  Ils se sentent une responsabilité indéniable à bien vivre leur vie  en respectant celle de autres et ils s’enorgueillissent d’une  vie qu’ils estiment réussie. Le terme « valeur » condense toute leur raison de vivre même religieusement.

Dworkin cite ici entre autres exemples Einstein qui bien qu’athée était profondément religieux.  Les  philosophes, les historiens et les sociologues des religions ont maintes fois plaidé pour une version de l’expérience religieuse qui intègre l’athéisme religieux. Des gens ordinaires en sont venus à se servir du mot  « religion»  en des contextes qui n’ont rien à faire avec les dieux ou des forces ineffables. Si surprenante soit-elle, l’expression « théisme religieux » n’est pas un oxymore. Idée à retenir, la signification du mot « religion » n’implique pas que la religion  se réduise au théisme ou signifie nécessairement une croyance en Dieu.

Mais que signifie alors être religieux ?  Les gens qui utilisent le mot ne s’entendent pas sur ce qu’il désigne précisément.  Que devons-nous considérer comme attitude religieuse ?  L’attitude religieuse reconnaît une valeur comme une réalité pleine et indépendante, et comme toute  première valeur la vie humaine,  son sens et une importance objective a la primauté. Chacun de nous porte la responsabilité innée et inéluctable d’essayer de faire de sa vie une réussite, ce qui veut dire bien vivre, accepter des responsabilités éthiques envers soi-même comme envers autrui. Religion privilégiée pour moult gens.

Une deuxième valeur retient l’attention et concentre toute l’attitude religieuse : la « nature ». L’univers comme tout et dans ses parties,  n’est pas simplement un fait, mais quelque chose de sublime en soi, quelque chose qui possède une valeur intrinsèque et qui mérite d’être admiré. Tels semblait être l’église, l’autel et le lieu privilégiés d’ Einstein. « Je prendrai néanmoins deux valeurs- le sens intrinsèque de la  vie et  la beauté intrinsèque de la nature comme  paradigmes d’une attitude pleinement religieuse envers la vie, affirmait Dworkin. Pour beaucoup de soit disant « croyants »  cependant, la religion comprend plus encore que ces deux valeurs ; pour de nombreux théistes, elle comprend aussi l’obligation de culte. Si les croyants ont l’autorité d’un dieu pour étayer leur conviction, les athées n’ont semble-t-il que le vide.

Avec Dworkin, admettons cependant que pour quelques naturalistes, des nihilistes, prétendent que les valeurs ne sont que des illusions. D’autres acceptent que des valeurs existent en un certain sens, mais les définissent de manière à leur dénier toute existence indépendante ; ils les font dépendre entièrement de pensées ou des réactions des gens.  Pourtant, au risque de me répéter, « l’attitude religieuse insiste sur la pleine indépendance de la valeur : le monde de la valeur se vérifie lui-même. Nous pourrions dire que nous acceptons nos capacités scientifiques et mathématiques les plus fondamentales comme un acte de foi ». Dans l’acte de foi cependant, quelque chose de plus est impliqué parce que nos convictions à propos des valeurs sont aussi des manières de nous engager émotionnellement. Les théologiens disent souvent que la foi religieuse est une expérience de conviction  « sui generis ». Rudolf  Otto la nommait  « numineuse » et disait qu’il s’agissait d’une sorte de connaissance par la foi. (Le sacré : l’élément non rationnel dans l’idée du divin et sa relation avec le rationnel » Payot 1929, Réédition  2010)

Pourquoi  tant de gens déclarent-ils qu’ils possèdent un sens des valeurs, un sens du mystère et but de la vie en dépit de leur athéisme, et non plus de leur théisme, et pourquoi associent-ils leurs valeurs à celles d’une religion conventionnelle ?  Les théistes partent du principe que leur réalisme est fondé : c’est un dieu, avouent-ils, qui leur a procuré et garantit leur perception de la valeur, c’est-à-dire des responsabilités de l’existence et des merveilles de l’univers.

La différence entre le théisme et l’athéisme est peu claire.  Les  gens ont inventé de nombreux genres  de dieux : divinités différente, dieux païens, dieux grecs, dieu unique, dieu de la chapelle Sixtine, dieu bouche-trou, tous dieux personnels, bien que certains croient en un dieu impersonnel.  Pour Spinoza , dieu état l’intelligence située en dehors de tout, l’ensemble des lois physiques, lois de la nature. Einstein par exemple ne croyait pas en dieu personnel, mais il « révérait » la Nature. Einstein disait que « le cœur de la  vraie religiosité consistait à  reconnaître la « beauté radieuse » de l’univers, son authentique valeur. Einstein et ses collègues, les théistes assimilent  l’auteur de cette beauté à un dieu. Einstein disait que le cœur de la vraie religiosité consistait à reconnaitre la beauté religieuse de l’univers. La plupart des physiciens qui travaillent aux frontières extrêmes de leur sujet semblent partager la foi qu’Einstein accordait à la beauté de la nature.

L’Idée d’un dieu est tout sauf claire. Tous les dieux sont des dieux personnels. La science doit fournir à un athée religieux au moins un aperçu d’un univers apte à la beauté. La plupart des physiciens qui travaillent aux frontières extrêmes de leur sujet semblent partager la foi qu’Einstein  accordait à la beauté de la nature. Ils déclarent que l’univers que ce soit dans l’infiniment grand ou l’infiniment petit est beau en lui-même indépendamment de la question de savoir par qui il a été créé, pour autant qu’il a été créé. Il est objectivement beau.

LIBERTÉ RELIGIEUSE 

La religion figure dans les constitutions politiques et les conventions relatives aux droits de l’homme dans le monde entier. Pour le plupart des gens, les références à la religion dans les documents constitutionnels désignent les Églises organisées en institutions ou d’autres groupes révérant quelques formes de dieu ou quelque chose proche d’un dieu. Plus tard le droit à la liberté religieuse en vient toutefois à être compris comme incluant non seulement la liberté de choisir entre les religions théistes, mais aussi de ne choisir aucune religion. Historiquement et cela reste vrai pour la plupart des gens que la religion signifie la croyance en quelque forme de dieu. Question importante susceptible la réflexion de Dworkin: comment  comprendre la notion de religion si nous devons justifier l’hypothèse que la liberté de religion est un droit fondamentalement important.

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Ronald  Dworkin. Religion sans Dieu. (Traduction  française John E.Jackson), Harward UP. Genève. Labor et Fides. Coll. « Logos ». 2014.

 

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