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Responsable de la chronique : Denis Gagnon, o.p.
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Béatrice

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

Le 15 février 2015

Il y a quelques années, dans un centre d’accueil pour personnes en difficulté, on amena une femme qui avait tenté à plusieurs reprises de se suicider.

Béatrice était maigre, toute recroquevillée sur elle-même, le teint sombre, les yeux hagards. En arrivant, elle s’est enfermée dans sa chambre pour ne parler à personne. Nous avons appris que son mari la traitait durement, que sa famille la méprisait beaucoup, que son entourage l’avait complètement rejetée, exclue, mise à l’écart.

Il a fallu beaucoup de temps et de patience pour sortir Béatrice de son isolement, beaucoup d’attention et de respect. Il a fallu beaucoup d’amour, désintéressé,  gratuit. Il fallait accepter de ne pas avoir de réaction de sa part pendant plusieurs semaines. Longtemps, elle se montrait méfiante. Avec le temps, elle a accepté de se laisser aimer.

Aujourd’hui, Béatrice est heureuse. Son sourire traduit une joie profonde, comme une résurrection. Elle aime et elle est aimée. J’oserais dire : elle aime parce qu’elle est aimée.

La mésaventure de Béatrice, beaucoup de personnes la vivent. Ils la vivent parce que nous inventons facilement des façons d’éliminer des gens. Quand nous refusons d’aimer quelqu’un, nous l’excluons de notre univers. En fuyant une personne qui nous dérange, nous l’écartons de notre présence. En entretenant des préjugés contre certaines situations sociales, contre certains groupes, nous fabriquons des marginaux. Et nous trahissons l’Évangile; nous nions la miséricorde du Père qui transforme les êtres; nous refusons que la résurrection du Christ redonne la vie à des personnes que notre attitude met à l’écart.

Au contraire, si non aimons quelqu’un malgré ses faiblesses, nous annonçons la force libératrice de l’Évangile. Si nous dépassons notre manie d’étiqueter les gens et de les enfermer dans nos préjugés, nous marchons sur les traces du Christ venu non pour condamner mais pour sauver.

Une réflexion au sujet de « Béatrice »

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