Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Psaume 82 : À l’assemblée divine, Dieu préside

Imprimer Par Marc Leroy, o.p.

1 Psaume. D’Asaph.

À l’assemblée divine, Dieu préside,
au milieu des dieux il juge :

2 « Jusques à quand jugerez-vous faussement,
soutiendrez-vous les prestiges des impies ? Pause.
3 Jugez pour le faible et l’orphelin,
au malheureux, à l’indigent rendez justice ;
4 libérez le faible et le pauvre,
de la main des impies délivrez-les.

5 Sans savoir, sans comprendre, ils vont par la ténèbre,
toute l’assise de la terre s’ébranle.
6 Moi, j’ai dit : Vous, des dieux,
des fils du Très-Haut, vous tous ?
7 Mais non ! comme l’homme vous mourrez,
comme un seul, ô princes, vous tomberez. »

8 Dresse-toi, ô Dieu, juge la terre,
car tu domines sur toutes les nations.

(Bible de Jérusalem)

La difficulté du Psaume 82 est de savoir qui parle. Aux vv. 1 et 8, il semble évident que c’est un homme qui parle et qui s’adresse à Dieu car Dieu est nommé à la troisième personne du singulier dans le texte. Par contre, il n’est pas du tout évident que cela soit Dieu qui parle aux vv. 2-7. En effet, rien n’indique que Dieu ait pris la parole et s’adresse à l’assemblée. De plus, le v. 6 parle du Très-Haut à la troisième personne. Nous pouvons penser qu’il s’agit d’un autre homme ou bien du même homme qui parle au nom de toute l’assemblée réunie. Nous devons aussi noter que, dans sa dénonciation des vv. 2-7, celui qui prend la parole ne fait jamais référence à des oppresseurs humains, mais il semble parler d’oppresseurs qui vivent dans les cieux. Le suppliant se lamente de ce qui se passe sur terre pour « le faible et le pauvre » (cf. v. 4) et demande à Dieu d’intervenir.

v. 1 : La référence aux dieux au pluriel peut surprendre, mais nous devons nous souvenir que le peuple d’Israël vivait dans un contexte historique où tous les peuples du Proche-Orient ancien étaient polythéistes.

Pour l’homme de l’Ancien Testament, Dieu est un roi, et comme tous les rois de la terre, il s’est entouré d’un conseil, d’une assemblée qui est là pour l’aider à gouverner le monde. Il arrive parfois que des hommes soient admis à ce conseil et entendent les délibérations (cf. Jérémie en Jr 23,18 : « Mais qui donc a assisté au conseil de Yahvé pour voir et entendre sa parole ? » ou Michée en 1 R 22,19 : « Michée reprit : « Écoute plutôt la parole de Yahvé. J’ai vu Yahvé assis sur son trône ; toute l’armée du ciel se tenait en sa présence, à sa droite et à sa gauche »).

Il est difficile pour nous d’admettre que les membres de cette assemblée sont les dieux païens. C’était certainement ce que pensait l’homme biblique autrefois, mais pour lui, il était évident que le Dieu d’Israël était supérieur à ces dieux qui prenaient part à son conseil. Ils étaient ses subordonnés. Ensuite, sans doute, les lecteurs de ce passage vont interpréter les choses de façons différentes. Ils vont comprendre que ce sont des aides ou des anges qui siègent à cette assemblée. Puis, que ce sont des juges humains, des rois morts.

v. 2 : On s’adresse ici aux puissances célestes. C’est étonnant pour nous de voir qu’on leur reproche de soutenir les impies. Cela veut donc dire que l’on attend de ces esprits célestes, subordonnés à Dieu, de faire régner la justice sur terre. L’expression « jusques à quand » suggère l’indignation et la peine. Le psalmiste est déçu de voir l’attitude de ces puissances célestes. On peut exercer l’autorité d’une façon juste, on peut aussi la dévoyer et c’est ce que font ces esprits célestes. Malheureusement, l’exercice de l’autorité ne va pas toujours de pair avec la justice, c’est vrai pour les rois de la terre, c’est vrai aussi pour les dieux au ciel !

v. 3 : Exercer l’autorité, c’est avant tout être attentif au sort du faible et de l’orphelin. C’est ce que fait Dieu comme le rappelle Ps 68,6 : « Père des orphelins, justicier des veuves, c’est Dieu dans son lieu de sainteté » ou Ps 72,13 : « compatissant au faible et au pauvre, Il sauve l’âme des pauvres ». Celui qui a autorité doit donc être attentif, en priorité, à celui qui n’a rien et qui ne trouve pas sa place dans la société et à l’orphelin qui n’a personne pour le protéger dans la vie.

v. 4 : La hiérarchie semble s’établir. Au sommet il y a Dieu, puis les dieux qui sont ses subordonnés, puis enfin les hommes. Si des hommes mauvais commettent le mal, ils ne sont pas les seuls à blâmer, c’est aussi parce que les dieux ont laissé faire les choses. On comprend alors que pour l’homme de l’Ancien Testament, les actions des méchants trouvent leur source dans les esprits mauvais. Derrière les impies, se trouvent les dieux. Par exemple, ces dieux païens sont les responsables des attaques des nations païennes ennemies du peuple d’Israël. Voilà comment s’exerce leur autorité de façon néfaste pour les pauvres du peuple d’Israël.
v. 5 : Ceux qui « vont par la ténèbre » ne sont ni les dieux, ni les pauvres. Ce sont les impies du v. 4 qui sont pris dans un engrenage, sans s’en rendre compte (cf. Qo 2,14 : « Le sage a des yeux dans la tête, mais l’insensé marche dans la ténèbre »). Ils poursuivent, sans foi ni loi, leur logique du mal. Mais quand un nombre important de personnes errent ainsi sans but, c’est toute la société qui est déstabilisée, c’est le monde qui s’écroule jusque dans ses fondations.

v. 6-7 : Le psalmiste apostrophe les dieux. Il pose une question rhétorique : sont-ils les fils du Très-Haut ? Est-ce que leur proximité avec Dieu est telle que nous pouvons dire qu’ils sont ses fils ? La réponse est cinglante. Comme l’homme, ils vont mourir. Nous pensions qu’ils étaient plus proches de Dieu que de l’homme car ils semblaient exercer une certaine autorité sur ce dernier, mais finalement ils sont plus proches de l’homme. Ils n’ont rien de commun avec Dieu.

Ces dieux ne peuvent pas être des fils du Très-Haut car ils ont lamentablement échoué dans leur façon d’exercer l’autorité. Dieu ne permettrai jamais que des impies s’en prennent au faible et à l’orphelin. Il est donc impossible que Dieu et les dieux soient de la même famille. Les dieux ne partagent pas l’éternité de Dieu. D’une certaine façon, affirmer la mort des dieux, c’est annoncer, déjà, la fin du polythéisme.

v. 8 : Le même homme ou un autre s’adresse désormais à Dieu, lui demandant d’intervenir dans notre monde à cause des situations décrites dans les lignes précédentes. De la même façon que Dieu domine au ciel sur tous les autres dieux, Il doit exercer son autorité sur terre sur toutes les nations païennes. C’est un défi qui est lancé à Dieu. S’il n’agit pas, alors Il est comparable aux autres dieux. Mais le Dieu vivant et vrai agira, car il ne laissera pas en difficulté le malheureux et l’indigent.

 

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