Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Psaume 57. Mon âme est couchée parmi les lions

Imprimer Par Marc Leroy, o.p.

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1 Du maître de chant. « Ne détruis pas. » De David. À mi-voix. Quant il s’enfuit de devant Saül dans la caverne.

2 Pitié pour moi, ô Dieu, pitié pour moi,
en toi s’abrite mon âme,
à l’ombre de tes ailes je m’abrite,
tant que soit passé le fléau.

3 J’appelle vers Dieu le Très-Haut,
le Dieu qui a tout fait pour moi ;
4 que des cieux il envoie et me sauve,
qu’il confonde celui qui me harcèle,        Pause.
que Dieu envoie son amour et sa vérité.

5 Mon âme est couchée parmi les lions,
qui dévorent les fils d’Adam ;
leurs dents, une lance et des flèches,
leur langue, une épée acérée.

6 Ô Dieu, élève-toi sur les cieux !
Sur toute la terre, ta gloire !
7 Ils tendaient un filet sous mes pas,
mon âme était courbée ;
ils creusaient devant moi une trappe,
ils sont tombés dedans.                Pause.

8 Mon cœur est prêt, ô Dieu,
mon cœur est prêt ;
je veux chanter, je veux jouer pour toi !
9 éveille-toi, ma gloire ;
éveille-toi, harpe, cithare,
que j’éveille l’aurore !

10 Je veux te louer chez les peuples, Seigneur,
jouer pour toi dans les pays ;
grand jusqu’aux cieux ton amour,
jusqu’aux nues, ta vérité.
Ô Dieu, élève-toi sur les cieux.
Sur toute la terre, ta gloire !

(Bible de Jérusalem)

Le psaume 57 est composé de deux parties (vv. 2-6 et vv. 7-12) qui se terminent toutes les deux avec le même refrain (v. 6 ; v. 12). Si nous pouvons dire, que d’une façon globale, le psaume est un psaume de supplication individuelle d’une personne attaquée par des ennemis, nous pouvons affirmer que, prises de façon isolée, la première partie est une prière et la deuxième partie est une action de grâces.

Les deux parties du psaume commencent toutes les deux par une situation d’attaque contre le psalmiste (v. 2 ; v. 7). Puis, la confiance en Dieu devient grandissante.

Ps 57,8-12 réapparaît, d’une façon un peu différente, ailleurs dans le Psautier, en Ps 108,2-6.

Le titre du psaume 57, au v. 1, indique « Ne détruis pas ». Il s’agit, sans doute, de l’indication d’une mélodie connue à l’époque qui s’appelait « Ne détruis pas ». Il faut donc chanter le psaume sur l’air de « Ne détruis pas ». On a cherché à situer certains psaumes dans la vie de David. Ici, ce psaume renvoie au moment où David a fui devant Saül et s’est caché dans une grotte (cf. 1 S 21,11-22,2).

vv. 2-6 : Le v. 2 est un appel à Dieu pour que le psalmiste puisse trouver refuge en lui. L’expression « à l’ombre de tes ailes » est une allusion aux ailes des chérubins de l’Arche d’Alliance qui se trouve dans le Temple de Jérusalem. Dire « à l’ombre de tes ailes » veut donc signifier « dans ton Temple ». Mais une personne peut aussi dire que dans la vie de tous les jours, et pas seulement lorsqu’il est au Temple, il s’abrite en Dieu. Quand une attaque extérieure survient, le suppliant sait où il peut trouver refuge. Il s’abrite en Dieu et attend que cette attaque passe.

Le psaume semble passer d’un appel vers Dieu, au v. 2, à une description de Dieu au v. 3. Nous avons l’impression que le psalmiste ne s’adresse plus à Dieu mais qu’il parle de Dieu à quelqu’un d’autre, peut-être à des ennemis, peut-être aux peuples étrangers que nous retrouverons au v. 10 (« Je veux te louer chez les peuples, Seigneur »). Il dit que Dieu est le Très-Haut et qu’il a tout fait pour lui. Il y a en même temps une montée vers les cieux où se trouve le Très-Haut et une descente vers l’intériorité du suppliant. Nous pouvons souligner le contraste. Ce Dieu Très-Haut, qui domine tout du haut du ciel, prend pourtant soin de « moi » qui suis tout petit, tout en bas.

Le suppliant a besoin du Dieu Très-Haut qui est dans les cieux pour qu’il agisse ici sur terre, dans sa vie. Dieu est comparable à un roi qui doit intervenir dans son royaume lorsqu’il y a des troubles. Au v. 4, l’amour et la vérité sont comme personnifiés. Ils sont comme des membres du conseil divin. Aussi, Dieu peut les envoyer sur terre pour assurer la mission de protéger celui qui le prie. Nous retrouvons l’amour et la vérité à la fin du psaume, au v. 11 (« grand jusqu’aux cieux ton amour, jusqu’aux nues, ta vérité. »).

Au v. 5, le psalmiste dit « mon âme est couchée parmi les lions ». L’image est très forte. Cela ne veut pas dire que le psalmiste est en danger et que les lions vont le manger, car si c’était le cas, il ne se coucherait pas au milieu d’eux, il appellerait à l’aide. Ici, il dit qu’il se couche, cela veut signifier qu’il n’a pas peur, qu’il sait que le Seigneur est avec lui (cf. Ps 3,6-7 : « Et moi, je me couche et m’endors … Je ne crains pas ces gens par milliers qui forment un cercle contre moi. »). Le psalmiste a tellement confiance dans le Seigneur qu’il est capable de se laisser être entouré par ses ennemis, car en réalité son âme repose en Dieu. Nous avons ici plusieurs mots qui tournent autour de la bouche : « dévorer » ; « dents » ; langue ». L’image employée ici est que les ennemis du suppliant peuvent le dévorer parce que leurs dents sont comme des armes et leur langue comme une épée (cf. Ps 64,4 : « Eux qui aiguisent leur langue comme une épée, ils ajustent leur flèche, parole amère. »).

Le v. 6 est le dernier verset de la première partie du Ps 57. De nouveau, le psalmiste s’adresse à Dieu. Il s’agit d’un cri de confiance envers Dieu qui est aussi haut dans les cieux que sa gloire est présente et agit sur terre. Aussi vrai que Dieu règne dans les cieux, son action va se manifester sur terre. Le psalmiste est persuadé de cela, aussi il peut se permettre de dormir tranquillement au milieu des dangers qui sont autour de lui.

vv. 7-12 : Au v. 7, nous avons une nouvelle image pour décrire les attaquants du psalmiste. Après les lions du v. 5 qui étaient prêts à dévorer, l’image maintenant tourne autour de la chasse. Les attaquants sont prêts à tendre un filet ou à creuser une trappe pour prendre le psalmiste. Il y a un contraste entre l’âme du suppliant qui était courbée, mais qui finalement n’a pas plié, et les attaquants qui eux sont tombés dans le trou qu’ils avaient creusé (cf. Ps 9,16 : « Les païens ont croulé dans la fosse qu’ils ont faite, au filet qu’ils ont tendu, leur pied s’est pris. »).

L’affirmation du v. 8 « Mon cœur est prêt, ô Dieu » contraste avec ce que nous avions au v. 7 où l’on nous disait « mon âme était courbée ». Dire « mon cœur est prêt » revient à affirmer que « mon cœur est ferme ». Le psalmiste a confiance en Dieu, cela a rendu ferme sa détermination. Le cœur du suppliant est ferme de la même manière qu’est ferme le trône de David (2 S 7,16 : « Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais devant toi ; ton trône sera affermi à jamais. ») ou même le trône de Dieu (cf. Ps 93,2 : « Ton trône est établi dès l’origine, depuis toujours, tu es. »).

Ensuite, nous avons deux références où le suppliant dit qu’il veut jouer de la musique (v. 8 : « je veux chanter, je veux jouer pour toi ! » ; v. 9 : « harpe, cithare ») et trois fois le verbe « éveiller ». Le psalmiste est impatient de jouer de la musique, mais il doit attendre la prière du matin, au moment où c’est la fin de la nuit. Le passage « éveille-toi, ma gloire » n’est pas facile à comprendre. Nous serions tentés de comprendre que le mot « gloire » ici est employé pour Dieu et qu’il faudrait comprendre « éveille-toi, celui que je glorifie, c’est-à-dire Dieu ». Mais cela ne va pas dans le contexte du psaume car Dieu ici ne dort pas. Il faut sans doute comprendre « éveille-toi, mon âme ». C’est l’âme du psalmiste qui est endormie et qu’il faut réveiller. D’ailleurs, ne s’est-il pas couché parmi les lions (cf. v. 5) ? Il faut réveiller les instruments de musique, il faut réveiller l’âme du psalmiste, mais certainement pas Dieu qui ne dort pas, qui est toujours prêt à agir pour le suppliant.

Au v. 10, le psalmiste veut annoncer à tous les peuples ce que Dieu a fait. Il ne veut pas seulement jouer pour le Seigneur, au matin, dans le Temple de Jérusalem, mais sa joie et sa confiance en Dieu sont telles qu’il veut jouer dans tous les pays. Le Seigneur règne dans les cieux et sur la terre, il est normal que l’on chante sa gloire parmi tous les peuples.

Le v. 11 fait écho au v. 3. Dans ce dernier verset, le psalmiste demandait à Dieu d’envoyer son amour et sa vérité. Il fallait que Dieu agisse sur terre. Au v. 11, Dieu a agi. La louange, que l’on doit à Dieu, se répand sur toute la terre, parmi tous les peuples. Elle doit se répandre à l’univers entier. L’amour et la vérité, envoyés par Dieu, doivent monter jusqu’aux cieux (cf. Ps 36,6 : « Yahvé, dans les cieux ton amour, jusqu’aux nues, ta vérité. »).

Nous retrouvons au v. 12, pour conclure la seconde partie du Ps 57, le même refrain que nous avions déjà au v. 6 : « Ô Dieu, élève-toi sur les cieux ! Sur toute la terre, ta gloire ! ». C’est une nouvelle occasion de dire que la gloire de Dieu doit être présente sur la terre comme au ciel. De la même façon qu’il n’y a pas de chaos dans le ciel, Dieu souhaite qu’il n’y ait pas de chaos sur terre.

 

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