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Responsable de la chronique : Denis Gagnon, o.p.
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Au-delà de l’échec et de la mort

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

98766ec19ecf9f67160d0e7377ab7d97Quand l’automne avance, que c’est presque l’hiver, les arbres ont perdu leurs feuilles et ressemblent à des squelettes tout tordus. Le vent est froid. Les premiers flocons de neige émigrent au Québec. À ce moment de l’année, la nature semble mourir et disparaître. Nous savons cependant que l’hiver laissera sa place à une autre saison où tout va recommencer.

Actuellement, la terre traverse une épreuve. Mais elle est appelée à renaître. Elle renaîtra plus vivante. Les branches seront plus fortes, les bourgeons plus nombreux encore. Le rythme des saisons proclame : la mort peut donner naissance à la vie, à plus de vie.

Les êtres humains vivent de semblables transformations.

L’enfant qui commence l’école doit traverser des épreuves. Apprendre à former des lettres, apprendre à diviser, à multiplier, à faire la différence entre un «a» et un «o». L’enfant entreprend un long apprentissage jusqu’au bout de sa vie. Il le vit comme une épreuve. Certains jours, il se décourage : «Je ne pourrai jamais lire et écrire». Nous savons nous que cette épreuve, si pénible soit-elle, conduit l’enfant vers une étape plus riche de sa vie. De l’épreuve peut naître du meilleur. De ce qui ressemble à la mort peut naître de la vie.

Un phénomène semblable se produit chez l’adolescent. Il doit mourir à son enfance pour entrer dans l’univers des adultes. Péniblement, le jeune quitte le nid chaud et sécurisant de l’enfance, ce monde de jeux et de fantaisies, cet univers où les parents voient à tout. Il quitte pour rejoindre les adultes, ce royaume incertain où on doit assumer des responsabilités, prendre des décisions et les tenir, lutter pour se trouver une place. En cette période de crise, l’adolescent a l’impression de mourir à une grande partie de lui-même. En réalité, il accède à plus de vie, plus de maturité, plus de liberté. De la mort peut naître la vie.

Après quelques années de mariage, les couples traversent une période de questionnement. Ils ont vécu assez longtemps ensemble pour mesurer ce que vaut et vaudra leur vie conjugale et ils sont  encore assez jeunes pour être capables d’entreprendre une autre aventure. Dans cet entre-deux surgit la question : le projet que nous avons vécu jusqu’à maintenant vaut-il la peine d’être poursuivi? Réponse facile pour certains, mais extrêmement douloureuse pour d’autres, beaucoup d’autres. On continue ou on recommence? Les époux qui réussissent à traverser l’épreuve et choisissent de continuer ont l’impression souvent de vivre un nouvel engagement. Comme s’ils se mariaient  de nouveau.  Leur union leur paraît plus profonde, plus définitive. De leur épreuve naît quelque chose de meilleur, comme un nouveau projet. De ce qui ressemble à la mort peut surgir quelque chose qui ressemble à la vie, à plus de vie.

Jésus, lui aussi, a connu l’échec et l’épreuve. Sa mission n’a pas réussi en Galilée. La mort de Jean-Baptiste a annoncé sa propre mort, d’une certaine façon. Sur la croix, il a connu la pire des souffrances. «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» Bref, l’épreuve a jalonné sa vie depuis la fuite en Égypte jusqu’à la mort sur la croix.

Mais Jésus ne s’est pas résigné à la souffrance et à la mort. Il a trouvé dans son épreuve le sens de toute sa vie : l’amour peut transformer la mort. Et la mort peut devenir un passage vers la vie. La mort peut donner naissance à la vie.

Nous vivons, nous aussi, des épreuves. Nous faisons l’expérience de la mort des autres. Nous ferons un jour l’expérience de notre propre mort. En nous rapprochant de Jésus, nous trouvons en lui le courage de vivre. Au bout de chaque épreuve, une vie plus riche nous attend. Celui qui se préserve de l’épreuve, celui qui garde sa vie, la perd. Celui qui perd sa vie, la retrouve. Le grain de blé tombé en terre ne peut porter de fruit s’il ne meurt pas.

Dieu ne veut pas notre perte. Au plus creux de la détresse, il nous récupère toujours.

 

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