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Responsable de la chronique : Denis Gagnon, o.p.
Billet hebdomadaire

Une présence

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

Le mois de juin commence avec la fête de l’Ascension du Seigneur. Le Seigneur s’en va. Il ne sera plus visible aux yeux de ses disciples. C’est le temps de l’absence.

Normalement, les récits bibliques devraient nous proposer des conversations de salon funéraire. Le maître et les disciples se retrouvent pour une dernière fois. Ils ont le cœur gros. Ensemble, ils rappellent des souvenirs. Ils jaugent la profondeur de leur amitié. Ils devinent l’impact de l’absence. Dans tout cela, de la tristesse, du regret, la souffrance de la rupture… Normalement…

Mais l’évangéliste Matthieu nous entretient autrement. Il avait commencé son évangile en écrivant: «Livre des origines de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham». Il reliait le Christ aux origines de la foi. À l’autre bout du premier évangile, les tout derniers mots: «jusqu’à la fin du monde». Dans les traductions plus précises, on écrit: «jusqu’à la fin des temps» ou «jusqu’à la fin des âges». Entre la première ligne de l’évangile de saint Matthieu et la dernière, il y a tout le temps, les années, les siècles, les millénaires qui composent l’histoire de la planète. On croyait que l’Ascension était la fête de l’éternité. Voilà qu’elle se présente comme la célébration du temps, de tout le temps que traverse l’humanité.

Au début de l’évangile, Matthieu nous conduit à Bethléem, un petit village d’Israël, perdu quelque part sur la planète, avec des habitants qui n’étaient pas allés beaucoup plus loin que Jérusalem. Quelques mages venus d’Orient laissaient supposer qu’il existait d’autres pays et d’autres peuples. Aux dernières lignes de l’évangile, Jésus évoque «toutes les nations de la terre». On croyait que l’Ascension était la fête du ciel où Jésus s’en va. Voilà qu’elle se présente comme la célébration de l’espace, de tout l’espace qu’occupe l’humanité sur la terre.

Au début de son évangile, Matthieu avait cité le prophète Ésaïe: «Voici que la vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit: “Dieu avec nous”» (Matthieu 1, 23; cf. Ésaïe 7, 14) Les tout derniers mots de Jésus, à la fin de l’évangile: «Moi, je suis avec vous, tous les jours». Entre ses origines et la fin des temps, Jésus annonce qu’il occupe tous les jours, et qu’il les occupe avec nous.

Dans cette célébration du temps et de l’espace, Jésus est bien présent. L’Ascension n’est pas la fête d’une absence mais bien plutôt la célébration d’une présence. Dans nos rassemblements liturgiques, nous nous saluons souvent en disant: «Le Seigneur soit avec vous. – Et avec votre esprit.» À l’Ascension, le tout petit mot «avec» prend tout son sens. Le Seigneur est «avec» nous. L’Emmanuel est «avec» nous «tous les jours».

Jésus nous confie sa présence au milieu des nations: «De toutes les nations, faites des disciples». Nous perpétuons la présence du Christ en offrant le baptême «au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit». Enfin, nous continuons la présence du Christ par le témoignage de la vie, en devenant des évangiles vivants.

Au hockey, le joueur qui reçoit la rondelle ne peut pas la garder pour lui-même. Il doit la passer à un coéquipier, sinon l’équipe ne fera pas de point et ne gagnera pas la partie. Il en est ainsi pour l’Évangile, pour la présence du Christ parmi nous. Nous ne pouvons pas garder la Bonne Nouvelle pour nous-mêmes, dans la petite Jérusalem de notre vie intérieure. Pour qu’elle vive en nous, il faut la communiquer à d’autres, au-delà des frontières de notre Galilée. Il faut la laisser traverser l’immense patinoire des nations pour entrer dans le cœur des hommes et des femmes que Dieu met sur notre route.

Ainsi le Christ sera avec nous tous les jours, jusqu’à la fin des temps.

 

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