Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Psaume 108. Hymne matinal et prière nationale

Imprimer Par Marc Leroy, o.p.

1 Cantique. Psaume. De David.
2 Mon cœur est prêt, ô Dieu,
– je veux chanter, je veux jouer ! –
allons, ma gloire,

3 éveille-toi, harpe, cithare,
que j’éveille l’aurore !

4 Je veux te louer chez les peuples, Yahvé,
jouer pour toi dans les pays ;

5 grand par-dessus les cieux ton amour,
jusqu’au nues, ta vérité.

6 Ô Dieu, élève-toi sur les cieux.
Sur toute la terre, ta gloire !

7 Pour que soient délivrés tes bien-aimés,
sauve par ta droite et réponds-nous.

8 Dieu a parlé en son sanctuaire :
« J’exulte, je partage Sichem,
j’arpente la vallée de Sukkot.

9 À moi Galaad, à moi Manassé,
Éphraïm, l’armure de ma tête,
Juda, mon bâton de commandement,

10 Moab, le bassin où je me lave !
sur Édom, je jette ma sandale,
contre la Philistie je crie victoire. »

11. Qui me mènera dans une ville forte,
qui me conduira jusqu’en Édom,

12. sinon Dieu, toi qui nous a rejetés,
Dieu qui ne sors plus avec nos armées.

13. Porte-nous secours dans l’oppression :
néant, le salut de l’homme !

14  Avec Dieu nous ferons des prouesses,
et lui piétinera nos oppresseurs.

(Bible de Jérusalem)

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Ps 108,2-6 ressemble beaucoup à Ps 57,8-12 et Ps 108,7-14 est proche de Ps 60,7-14. Le Psaume 108 est composé de deux parties : vv. 2-7 et vv. 8-14. Chacune des deux parties se terminent par un appel pour que Yahvé délivre son peuple : vv. 6-7 et vv. 12-14. La première partie annonce l’intention du psalmiste de confesser l’amour et la vérité de Yahvé parmi les nations (vv. 2-5). La deuxième partie commence par rapporter les propres paroles de Yahvé à propos de sa possession de la Terre d’Israël et de ses relations avec les peuples voisins (vv. 8-11).

Nous pouvons voir que les deux parties à l’intérieur du Ps 108 ne correspondent pas à la division d’origine, pour le dire autrement, le premier verset du deuxième emprunt (Ps 108,7=Ps 60,7) constitue le dernier verset de la première partie du Ps 108.

De plus, là où les Ps 57 et 60 allaient d’un appel vers une déclaration de confiance, le mouvement du Psaume 108 est différent. Il va de la prière vers l’appel. Nous pouvons penser qu’un auteur a composé, à l’époque post-exilique, ce psaume 108 à partir de deux passages de deux autres psaumes déjà composés voulant ainsi encouragé le peuple à témoigner de Yahvé au milieu des païens.

vv. 2-5 : Le psaume commence par un engagement à la prière (vv. 1-3) suivi d’une explication (v. 5). Les premiers versets s’ouvrent par une déclaration d’intention de la part du psalmiste, ponctuée de pronoms personnels et de pronoms possessifs à la première personne du singulier. L’expression « je veux chanter » du v. 1 fait penser au début du Cantique de Moïse, en Ex 15,1, après le passage de la mer Rouge : « Je chante pour Yahvé ». Nous avons un double parallélisme dans le v. 1. D’une part, « je veux jouer » est parallèle à « je veux chanter » et, d’autre part, « ma gloire » est parallèle à « mon cœur ». « Ma gloire » est ici à comprendre comme un synonyme de « mon âme » c’est-à-dire ce qu’il y a de plus intérieur à moi-même comme nous le trouvons en Ps 16,9 : « mon cœur exulte, mes entrailles jubilent ». Dire que son cœur et que son âme sont prêts (« nakôn » en hébreu), c’est-à-dire stables, établis, c’est les comparer au trône de Dieu (cf. Ps 93,2 : « Ton trône est établi [« nakôn » en hébreu »] dès l’origine »).

Le suppliant ne peut plus attendre, il veut commencer sa prière aussi il interpelle les instruments de musique (v. 3 : « harpe, cithare »), c’est-à-dire les musiciens, à se réveiller pour commencer la louange. Il veut aussi que son chant réveille l’aurore, cela veut dire qu’il est prêt à commencer très tôt le matin tant son désir est grand de louer le Seigneur.

Le désir du suppliant de louer le Seigneur est si grand qu’il veut le faire non seulement dans le Temple à Jérusalem, mais aussi chez les nations, dans les pays païens. Le Dieu d’Israël doit être connu et adoré parmi toutes les nations ici sur terre car son amour et sa vérité sont présents partout dans les cieux. La sainteté de Dieu qui est présente dans le monde des cieux où vit Dieu doit aussi être présente, de la même façon, dans le monde en-dessous des cieux où vivent les hommes.

vv. 6-7 : Les versets 6 et 7 sont un appel vers Dieu pour que, véritablement, sa gloire domine sur toute la terre. Mais, en même temps, on passe d’un point de vue général à quelque chose de plus particulier. Bien sûr, il faut que Dieu soit connu et adoré parmi les nations, mais ses bien-aimés, c’est-à-dire ceux qui le louent parmi le peuple d’Israël, doivent être délivrés des maux qui les accablent.

Dans l’Ancien Tetament, le bien-aimé (« yedîd » en hébreu) est une expression rare. Le mot désigne l’enfant préféré (Dt 33,12 : « Il dit sur Benjamin : Bien-aimé de Yahvé, il repose en sécurité près de lui. Le Très-Haut le protège tous les jours et demeure entre ses coteaux. ») ; le meilleur ami (Is 5,1 : « Que je chante à mon bien-aimé le chant de mon ami pour sa vigne. Mon bien-aimé avait une vigne, sur un coteau fertile. ») ou l’épouse (Jr 11,15 : « Que vient faire en ma Maison ma bien-aimée ? »). Ici au v. 7, les « bien-aimés » désignent le peuple d’Israël et appelle à une relation plus personnelle entre Dieu et son peuple. Si votre enfant, votre ami, ou votre épouse a besoin d’aide, a besoin de vous, alors vous faites quelque chose. De la même façon ici, le Seigneur doit faire quelque chose pour son peuple qui est dans la difficulté.

vv. 8-11 : Les vv. 8-11 ne sont pas une réponse à l’appel des vv. 6-7. Comme dans le v. 8, nous trouvons Sichem et Sukkot ensemble dans un passage de la Genèse qui parle de Jacob (Gn 33,17-18) : « mais Jacob partit pour Sukkot, il se bâtit une maison et fit des huttes pour son bétail ; c’est pourquoi on a donné à l’endroit le nom de Sukkot. Puis Jacob arriva sain et sauf à la ville de Sichem, au pays de Canaan, lorsqu’il revint de Paddân-Aram, et il campa en face de la ville. »

Dieu est heureux à l’idée de donner la Terre sainte à son peuple. Yahvé, qui est considéré comme un guerrier dans l’Ancien Testament, peut partager la terre qu’Il possède avec son peuple. Sichem se trouve près du centre de la Terre sainte, à l’Ouest du Jourdain. Sukkot représente la Terre sainte à l’Est du Jourdain. Partager Sichem et arpenter la vallée de Sukkot revient à assigner toute la Terre sainte au peuple d’Israël.

Les versets 9 et 10 développent cette idée de partage de toute la Terre sainte à Israël. Au v. 9, Galaad est le nom de la région qui se trouve à l’Est du Jourdain. Manassé est le nom du clan le plus important qui s’est établi à l’Est du Jourdain. Éphraïm et Juda sont les noms des deux clans les plus importants établis à l’Ouest du Jourdain.

Éphraïm et Juda sont décrits comme des équipements du guerrier Yahvé. Ils participent ainsi à la souveraineté de Yahvé sur la Terre sainte.

Au v. 10, Moab et Édom sont des régions à l’Est du Jourdain et la Philistie est une région à l’Ouest du Jourdain. Moab, Édom et la Philistie sont des régions périphériques de la Terre sainte sur lesquelles la souveraineté du peuple d’Israël n’a pas toujours été exercée. Moab est considéré comme étant le bassin dans lequel le guerrier Yahvé va se laver du sang de ses ennemis après une bataille. Lancer une chaussure, comme le fait Yahvé sur Édom, est un geste qui signifie la prise de possession sur un objet

vv. 12-14 : Au v. 12, il est clair que ce n’est plus Dieu qui parle. C’est le deuxième appel vers Dieu. Le suppliant considère que Dieu a rejeté son peuple car Il ne sort plus avec lui au cours de la bataille. Comme l’a présupposé la description de Yahvé comme un guerrier aux vv. 8-11, il ne faisait pas de doute que le Seigneur était présent aux côtés du peuple lors de ses victoires. En l’absence de son divin chef de guerre, l’armée du peuple d’Israël a perdu la bataille. Le v. 13 dit que le salut qui vient de l’homme est néant, mot souvent employé dans l’Ancien Testament pour décrire ce que sont, en réalité, les divinités païennes et leurs statues. Seule la présence de Dieu aux côtés du peuple peut lui assurer la victoire aujourd’hui comme autrefois.

fr. Marc Leroy, o.p.

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