Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Sixième dimanche du temps ordinaire. Année A

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

« Et bien moi, je vous dis. »

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5,17-37.
Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise.
Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux.
Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux.
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il en répondra au tribunal.
Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. Si quelqu’un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu’un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu.
Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.
Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.
Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.
Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère.
Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme et la désire a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.
Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car c’est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne.
Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi : car c’est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne s’en aille pas dans la géhenne.
Il a été dit encore : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation.
Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère.
Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne feras pas de faux serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.
Eh bien moi, je vous dis de ne faire aucun serment, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu,
ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Cité du grand Roi.
Et tu ne jureras pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.
Quand vous dites ‘oui’, que ce soit un ‘oui’, quand vous dites ‘non’, que ce soit un ‘non’. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais.

COMMENTAIRE

De graves questions d’éthique et de morale nous sollicitent par les temps qui courent. Qu’il s’agisse de points sensibles sur des questions mises en débat par nos instances gouvernementales et législatives comme les règles concernant les soins de fin de vie, ou les tolérances raisonnables quant au port de signes religieux ou identitaires dans une société qui se veut religieusement neutre et laïque, ou bien qu’il s’agisse de comportements individuels à régler sur des principes qui leur donnent cohérence et fondement.

Chacun de nous doit se justifier, à lui-même tout au moins, de la normalité et de la moralité de ses comportements. Il y a en nous un appel pour de justes manières avec les autres, qui excluent normalement le terrorisme et les luttes instinctives pour dominer. Nous avons besoin de désescalade pour sortir de la violence. Nous marchons souvent sur la corde raide qui nous fait balancer entre la vie et de la mort, les justes conflits et la guerre, le respect ou non de l’environnement et de la nature.

La communauté religieuse juive traditionnelle, au temps de Jésus, était centrée sur la Loi. Une loi qui prévoyait la plupart des situations de la vie courante. Une loi qui se rattachait à Moïse, au Sinaï, à l’Alliance solennelle professée jadis avec Dieu. Cette Loi, déposée dans le Temple de Jérusalem, était une référence obligée, incontournable pour tous les bons pratiquants de la religion juive.

Jésus ne va pas rejeter cette Loi, ni même en dire du mal. Il en célèbre plutôt la beauté et la grandeur et l’orientation éminemment respectable. « Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes », annonce-t-il. Jésus ne veut pas abolir, mais accomplir la Loi. Il a voulu donner à son enseignement une portée d’accomplissement de cette Loi qui faisait la fierté des croyants en Israël.

Quelle nouveauté apporte-t-il donc?  Là où l’application de la loi était devenue extérieure et mécanique, il prêche une dimension d’intériorité. La loi doit être écrite d’abord dans le cœur de l’homme et de la femme.  La loi n’a pas sa justification en elle-même. Elle ne sauve pas par sa seule application extérieure. Elle a besoin d’engager le cœur de l’être humain. Elle se nourrit de la relation intime et soutenue de Dieu avec ses enfants. Elle est la marque d’un agir de famille. C’est la loi du cœur. Elle est d’abord l’expression d’une communion avec Dieu, notre Père.

L’évangile de ce dimanche nous amène à réfléchir sur les incidences de ce principe en trois domaines bien sensibles de notre vie courante.

Nos rapports les uns avec les autres. Ils sont si souvent marqués de compétition, d’une volonté de domination. Ce qui fait que la rudesse et les coups ne manquent pas entre nous.  Pourtant, l’amour, le respect, la tendresse, le sens de la compassion et de la miséricorde ne devraient-ils pas l’emporter et nous entraîner vers des rapports plutôt en douceur, en respect, en pardon et volonté de réconciliation les uns à l’égard des autres?

Jésus aborde aussi la situation privilégiée de vie en couple, de l’homme et de la femme associés pour une communion de vie et d’amour dans l’état du mariage. Ne faut-il pas protéger constamment cette relation par une prudence du regard, un refus de toute compromission douteuse ?  Les conjoints ne sont-ils pas tenus ensemble par la confiance, qui se doit d’être maintenue entre eux avec la chance d’une fidélité partagée, sans cesse consolidée. Cela ne va pas sans une décision ferme, radicale et efficace de réserve et de fidélité, allant jusqu’aux ruptures nécessaires avec tout ce qui nous entraîne ailleurs. On ne badine pas avec l’amour.

Enfin Jésus nous parle de cette fidélité profonde de tout notre être intellectuel, bâti sur l’intériorité et l’amour. Il aborde cette exigence irrépressible de lumière dans nos vies. Nos intelligences et nos cœurs ont besoin de clarté et de vérité.  Il est impossible de prendre le parti du mensonge. Il nous faut servir le droit de chacun à la vérité en faisant honneur nous-même à cette vérité intérieure qui nous habite et qui est Dieu lui-même.

L’évangile de ce dimanche corrige d’emblée notre tendance à suivre le courant, à nous laisser emporter par les déviances et les dérives dominantes d’une société trop superficielle et souvent opportuniste. Nous savons d’expérience qu’elle  s’accommoderait aisément de tout jusqu’à se contredire elle-même pour suivre les caprices et les modes du moment.

La référence à la seule loi considérée matériellement pour se justifier ne tient pas devant l’appel de Jésus à l’intériorité, à la conscience personnelle, à la liberté profonde des enfants de Dieu. Le légalisme n’a pas sa place chez les disciple du Christ. La Loi retrouve avec Lui tout son sens et son objet. Jésus nous propose de sortir de nos mesures myopes et facilement mesquines pour aller plus loin, plus au cœur, plus au niveau des valeurs gagnantes de la vie, celle de l’amour de soi, l’amour de Dieu, l’amour du prochain.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois