Trésors des religions,

Responsable de la chronique : Bruno Demers, o.p.
Trésors des religions

«Je cherche refuge sous Ton aile, près de Ton Coran»

Imprimer Par Cazim Catic Musa

Cazim Catic Musa (1879-1915) est un poète bosniaque à la vie mouvementée. Il traduisit en langue bosniaque plusieurs œuvres soufies du turc et de l’arabe et peut être qualifié lui-même de soufi. On notera dans ce poème la voie d’une forme de rédemption par la beauté. C’est là une voie privilégiée par certaines confréries soufies qu’illustrent admirablement les poèmes d’un Rûmî. On relèvera la façon dont le Coran est ici envisagé comme lieu de salvation.

 

Seigneur, devant Toi me voici prosterné,
incliné devant Ton infinie bonté,
dans cette oraison en vers je Te supplie :
«Donne-moi, Seigneur, le sens de la beauté!»
Seigneur, devant Toi me voici prosterné.

 

J’étais innocent, pur comme la rosée,
et comme le lys au début du printemps;
des hommes pervers à la langue mielleuse
ont mis du poison dans ma coupe d’ivresse,
alors que j’étais pur comme la rosée.

 

Et ainsi, Seigneur, j’ai quitté Ton chemin,
et j’erre à travers un désert ténébreux.
Hélas, la passion enchaîne ma raison,
à sa noire flamme elle l’a asservie
et de Ton chemin je me suis éloigné.

 

Mon cœur a perdu la foi et l’espérance,
laissant le péché obscurcir mon amour…

 

Je cherche à présent refuge sous Ton aile,
près de ton Qor’ân, de Ton Verbe éternel.
Absous mes péchés, Seigneur, je T’en supplie,
que par Ta bonté mon âme soit guérie.
Vois, je viens chercher refuge sous Ton aile.

 

Seigneur, je T’en prie, éclaire ma raison
et fortifie-moi dans ma résolution,
que je vienne à bout de ces démons impurs…
Viens avec Ta grâce éclairer mes ténèbres,
Seigneur, je T’en prie, donne-moi la lumière!

 

Ravive l’ardeur de ma foi de jadis,
rends-moi Ton amour et Tes dons précieux,
que je brise ma coupe sur la pierre froide
et déchire de l’ongle les charmes de Vénus;
ravive le feu de ma foi de jadis!

 

Seigneur, devant Toi me voici prosterné,
que mon repentir agrée à Ta bonté;
dans cette oraison en vers je Te supplie :
«Donne-moi, Seigneur, le sens de la Beauté!»
Seigneur devant toi, me voici prosterné! Mua asim Cati

 

Éva de Vitray-Meyerovitch, Anthologie du soufisme, Paris, Sindbad, 1978, p. 69-70.

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