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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
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Passer la porte

Imprimer Par Anne Saulnier et Jacques Marcotte

L’inauguration des fêtes du 350ième anniversaire de Québec, le 8 décembre dernier, aura été marquée par l’ouverture solennelle d’une porte sainte à la basilique cathédrale Notre-Dame de Québec. Critiquée par les uns, applaudie par les autres, cette initiative aura toutefois eu l’avantage de nous offrir l’opportunité de réfléchir sur les passages que nous avons peut-être à vivre au seuil de la nouvelle année.

La mort de Nelson Mandela, survenue en décembre, a coïncidé avec le temps de l’Avent, période par excellence d’attente et d’espérance d’un monde meilleur. Avec tout ce qu’on a entendu et célébré à son sujet, Mandela représente l’idéal de ce que notre monde souhaite en fait de leadership spirituel et politique. Autant les petits que les grands se sont reconnus en lui avec leurs rêves et leurs attentes. En ce temps de Noël où nous attendions la venue du Sauveur, Mandela nous est apparu comme l’icône illustrant l’esprit des béatitudes. En ce sens, à l’exemple de Jésus, il a été porteur et réalisateur d’une bonne nouvelle pour le monde d’aujourd’hui.

On peut penser que pour l’enfant chéri d’Afrique du Sud, le chemin a été facile; pourtant l’histoire de sa vie nous révèle qu’il en a été bien autrement. Tout en demeurant l’être passionné et engagé qu’il était à ses débuts, Mandela a dû se laisser transformer intérieurement. L’expérience de la prison a été pour lui déterminante. Ce passage étroit, long et pénible lui a permis de grandir. L’homme s’est humanisé; il est peu à peu descendu en lui-même pour mieux comprendre les autres, pour dépasser sa souffrance et acquérir plus de connaissances. Il a alors choisi de vivre pleinement, transformant son existence de prisonnier en l’expérience d’une profonde liberté intérieure. Ce n’est que par un long cheminement que cet homme a pu refaire son plein d’énergie et voir se renouveler ses capacités.

Les passages dans la vie exigent parfois de longs mûrissements. Il faut du temps, et ce n’est qu’après plusieurs étapes que ceux qui persistent atteignent le monde nouveau auquel ils rêvaient et qui habitait déjà leur cœur au moment de l’épreuve. Cette constante va éventuellement se vérifier dans les différents passages que nous avons à vivre soit comme individu, soit comme société.

Prenons le projet d’une charte québécoise des valeurs, présentement débattu : nous devrons aller au-delà des partisanneries, revenir à notre rêve d’une société juste, ouverte et respectueuse des différences. Cet au-delà est un idéal qu’il nous faut préciser et que nous ne saurions atteindre en une seule étape. Il en est de même pour le projet de loi concernant les soins de fin de vie. Dans nos approches concernant ce sujet délicat, est-ce que nous ne nous enfermons pas dans des certitudes surfaites qui ne sont pas vraiment adaptées aux problématiques actuelles?

Dans un autre domaine, celui de l’octroi et de la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction, nous ne pouvons en rester au simple constat de la corruption existante; nous sommes amenés à réfléchir aux passages que nous avons à franchir pour parvenir à l’honnêteté des mœurs dont nous rêvons.

Rappelons-nous l’exploit de Mylène Paquet! Il lui a fallu du courage et beaucoup de ressources personnelles pour atteindre son objectif, la traversée de l’Atlantique à la rame. Elle a dû s’investir totalement, y mettre du temps et accepter de vivre toutes sortes d’étapes. Cette mer immense que Mylène Paquet a franchie, est en quelque sorte le symbole de toutes les portes par où il nous faut passer. En ce début d’année, peut-être pouvons-nous penser que nous n’en sommes qu’au début de notre pèlerinage ?

Bonne et heureuse année 2014 !

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