Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Psaume 105/2. Les merveilles de Dieu

Imprimer Par Marc Leroy, o.p.

26 Il envoya son serviteur Moïse,
Aaron qu’il s’était choisi ;

27 ils firent chez eux les signes qu’il avait dits,
des miracles au pays de Cham.

28 Il envoya la ténèbre et enténébra,
mais ils bravèrent ses ordres.

29 Il changea leurs eaux en sang
et fit périr leurs poissons.

30 Leur pays grouilla de grenouilles
jusque dans les chambres des rois ;

31 il dit, et les insectes passèrent,
les moustiques sur toute la contrée.

32 Il leur donna pour pluie la grêle,
flammes de feu sur leur pays ;

33 il frappa leur vigne et leur figuier,
il brisa les arbres de leur contrée.

34 Il dit, et les sauterelles passèrent,
les criquets, et ils étaient sans nombre,

35 et ils mangèrent toute herbe en leur pays
et ils mangèrent le fruit de leur terroir.

36   Il frappa tout premier-né dans leur pays,
toute la fleur de leur race ;

37   il les fit sortir avec or et argent,
et pas un dans leurs tribus ne trébuchait.

38   L’Égypte se réjouit de leur sortie,
elle en était saisie de terreur ;

39   il déploya une nuée pour les couvrir,
un feu pour éclairer de nuit.

40   Ils demandèrent, il fit passer les cailles,
du pain des cieux il les rassasia ;

41   il ouvrit le rocher, les eaux jaillirent,
dans le lieu sec elles coulaient comme un fleuve.

42   Se rappelant sa parole sacrée
envers Abraham son serviteur,

43   il fit sortir son peuple dans l’allégresse,
parmi les cris de joie, ses élus.

44   Il leur donna les terres des païens,
du labeur des nations ils héritèrent,

45   en sorte qu’ils gardent ses décrets
et qu’ils observent ses lois.

(Bible de Jérusalem)

 

vv. 26-38 : Les vv. 26-36 racontent les attaques de Yahvé contre les oppresseurs et les vv. 37-38 nous disent comment Yahvé va sauver Israël.

Ex 3 raconte comment Yahvé a choisi Moïse et Ex 4 nous dit que Yahvé envoya Aaron pour parler au nom de Moïse. Puis les vv. 28-36 reprennent ce que nous trouvons en Ex 7-12 : les plaies d’Égypte. La ténèbre symbolise le désastre et le jugement. Elle est souvent associée avec le Jour de Yahvé.

Dieu agit de manière souveraine, c’est lui qui changea les eaux en sang, c’est lui encore qui fit périr les poissons (cf. Ex 7,20-21 : « Moïse et Aaron firent comme l’avait ordonné Yahvé. Il leva son bâton et il frappa les eaux qui sont dans le Fleuve aux yeux de Pharaon et de ses serviteurs, et toutes les eaux qui sont dans le Fleuve se changèrent en sang. Les poissons du Fleuve crevèrent et le Fleuve s’empuantit ; et les Égyptiens ne purent plus boire l’eau du Fleuve ; il y eut du sang dans tout le pays d’Égypte. »).

Les grenouilles envahirent tout le pays d’Égypte, y compris les palais du roi (cf. Ex 8,2 : « Aaron étendit la main sur les eaux d’Égypte, les grenouilles montèrent et recouvrirent la terre d’Égypte. »). L’invasion des insectes et des moustiques correspond à ce que nous lisons en Ex 8,16-28. La mention de la grêle et des flammes de feu suit le texte d’Ex 9,13-35. Dieu, par son action, brisa aussi les arbres du pays d’Égypte.

La succession des plaies atteint un sommet, avant la mort des premiers-nés, avec l’apparition des sauterelles et des criquets. Le texte de référence est d’abord Ex 10,14-15 : « Les sauterelles montèrent sur tout le pays d’Égypte, elles se posèrent sur tout le territoire de l’Égypte en très grand nombre. Auparavant il n’y avait jamais eu autant de sauterelles, et par la suite il ne devait jamais plus y en avoir autant. Elles couvrirent toute la surface du pays et le pays fut dévasté. Elles dévorèrent toute l’herbe du pays et tous les fruits des arbres qu’avait laissés la grêle ; rien de vert ne resta sur les arbres ou sur l’herbe des champs, dans tout le pays d’Égypte. ». Mais le deuxième texte de référence est Joël 1 avec le fléau, en Terre d’Israël, des sauterelles. Le mot hébreu yeleq, que l’on traduit en français par « criquet », vient de Jl 1,4 et l’expression « sans nombre » vient de Jl 1,6.

Enfin, cette séquence sur les plaies d’Égypte se termine par la mort des premiers-nés, suivant en cela Ex 12,29 : « Au milieu de la nuit, Yahvé frappa tous les premiers-nés dans le pays d’Égypte, aussi bien le premier-né de Pharaon qui devait s’asseoir sur son trône, que le premier-né du captif dans la prison et tous les premiers-nés du bétail. ».

Les expressions « les faire sortir » et la « sortie » sont typiques de l’Exode pour décrire la libération par Dieu du peuple d’Israël de l’oppression égyptienne. La mention indiquant que le peuple est sorti avec or et argent vient d’Ex 12,35-36 : « Les Israélites firent ce qu’avait dit Moïse et demandèrent aux Égyptiens des objets d’argent, des objets d’or et des vêtements. Yahvé fit que le peuple trouvât grâce aux yeux des Égyptiens qui les leur prêtèrent. Ils dépouillèrent ainsi les Égyptiens. ».

L’expression, au v. 37, « et pas un dans leurs tribus ne trébuchait », veut dire que tous les Israélites sont sortis d’Égypte comme le dit Ex 12,40-41 : « Le séjour des Israélites en Égypte avait duré quatre cent trente ans. Le jour même où prenaient fin les quatre cent trente ans, toutes les armées de Yahvé sortirent du pays d’Égypte. ».

vv. 39-45 : La nuée et le feu font référence à cette colonne de nuée qui accompagnait le peuple dans le désert le jour et qui devenait une colonne de feu la nuit (cf. Ex 13,21-22 : « Yahvé marchait avec eux, le jour dans une colonne de nuée pour leur indiquer la route, et la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, afin qu’ils puissent marcher de jour et de nuit. La colonne de nuée ne se retirait pas le jour devant le peuple, ni la colonne de feu la nuit. »).

Le peuple d’Israël n’a pas directement demandé à Yahvé de leur donner de la nourriture. Le peuple s’est plaint auprès de Moise qui a servi d’intermédiaire auprès de Yahvé, et Yahvé leur a répondu en leur donnant des cailles (cf. Ex 16). L’expression « du pain des cieux il les rassasia » fait référence à l’épisode de la manne venue du ciel raconté en Ex 16.

Le v. 41 reprend le passage d’Ex 17,1-7 qui décrit comment Dieu a fait en sorte que de l’eau jaillisse du rocher, sans rappeler que le peuple s’était plaint auprès de Moïse d’où le nom de Meriba, « contestation », donné à ce lieu.

On parle d’Abraham au début du psaume, au v. 6 (« lignée d’Abraham son serviteur »), et à la fin du psaume, au v. 42 (« envers Abraham son serviteur »). C’est le même mot qui qualifie Abraham dans les deux cas, il est le serviteur de Yahvé.

Le peuple d’Israël est la lignée d’Abraham. C’est à cause d’Abraham que Yahvé agit envers le peuple. Dire qu’Abraham a été le serviteur de Yahvé doit être vu comme un privilège qu’il a reçu. C’est une Alliance qui est passée entre les deux, le serviteur, bien entendu, a des obligations envers le maître, mais le maître, en retour, doit aider son serviteur. L’obligation du maître envers son serviteur s’étend à sa descendance.

À côté du nom d’Abraham au v. 42, on trouve également au v. 43 plusieurs reprises de mots : « faire sortir » qui est repris des vv. 37-38 ; « son peuple » qui est repris des vv. 24-25 ; « ses élus » qui est repris du v. 6.

Le v. 44 en parlant de la terre des païens donnée en héritage à Israël renvoie au v. 11, à la promesse d’une terre faite à Abraham : « Je te donne une terre, Canaan, votre part d’héritage. ». Cette terre sera la possession du peuple d’Israël tant que ce peuple gardera les décrets de Yahvé et observera ses lois.

 

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