Nous deux,

Responsable de la chronique : Caroline Pinet
Nous deux

Veiller et désherber

Imprimer Par Caroline Pinet

Récemment, j’étais plongée dans ma lecture de « La grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite… et autres leçons de vie »* qui, à l’aide de petites fables, nous fait réfléchir sur nous-mêmes, la société, les idées reçues, et la pensée unique ambiante. Un passage a particulièrement capté mon attention :

jardin-jardinbiologique

De nombreux couples connaissent une dégradation progressive. Qui peut dire : « Notre couple a commencé à aller mal le 23 novembre à 15 heures » ? C’est petit à petit que la qualité de nos relations, faute d’être entretenues, se délite. Les non-dits, les incompréhensions, les rancœurs s’accumulent, sans être traitées, sans que nous en parlions ou que nous y cherchions de solutions ensemble. Comme un jardin que l’on n’entretient pas, où les mauvaises herbes font leur apparition, où l’anarchie s’installe progressivement, un couple qui n’entretient pas sa relation manque de voir comment celle-ci se décline de façon imperceptible mais constante, jusqu’au moment où la situation devient intenable, d’où les taux élevés de divorces que connaît la société moderne (sans parler des séparations que ne recensent pas les statistiques).

Etant donné que mon jardin est réellement envahi de broussailles, de mauvaises herbes et que j’ai du mal à entretenir la pelouse, puisque j’ai commencé la tonte lorsqu’il était déjà trop tard (l’herbe avait trop poussé…), ce passage résonnait concrètement. Mais il faut dire que j’avais de bonnes raisons d’avoir négligé la pelouse. J’ai été très occupée au début du printemps ! Puis le mauvais temps aura eu raison de ma bonne volonté… Ensuite, pour ma défense, je dois ajouter  que l’an dernier, par conviction écologique j’ai choisi une tondeuse manuelle, mais pas du tout adaptée à la taille du terrain. J’aurais dû choisir le modèle supérieur que je viens de découvrir sur un blog. J’ai donc emprunté la tondeuse à essence d’amis, mais ils ont un terrain riquiqui et une tondeuse qui va avec. Je n’ai pu faire qu’un carré de jardin avec… J’ai donc acheté à contrecœur une tondeuse à essence plus puissante. Mais l’herbe est si haute maintenant, qu’elle cale et j’aurais besoin d’une débroussailleuse… J’arrête là les frais. Je crois que je vais faire appel à un professionnel pour qu’il remette le terrain « praticable », et ensuite me tenir à un entretien régulier et fidèle de la pelouse.

Le mariage est pareil à un grand carré de pelouse ! On a toujours de bonnes raisons pour négliger le jardin conjugal : on est si occupé avec le boulot, les enfants, les activités ! Se mêle à cela un peu de paresse, parfois… Puis, on ne voit pas que la relation s’étiole. Quand on s’aperçoit que ça commence à aller mal, le travail de revitalisation du couple peut franchement nous écraser : par où commencer ? Est-ce peine perdue ? Est-ce que l’amour revient ? Et puis maintenant, ça devient plus confortable d’être chacun de son côté. On peut laisser ce jardin en friche assez longtemps… A la fin,  l’herbe haute nous empêche d’avancer. On se souvient que c’était sympa de prendre nos repas dehors, mais pour accéder à la table, que d’embuches !  On peut renoncer, baisser les bras et mettre fin à la relation. Ou alors, se souvenir du superbe jardin qui était nôtre et avoir envie de se remettre à la tache ! L’herbe ailleurs est toujours plus verte : pourtant, sous ce tas de mauvaises herbes dans notre jardin, tout est là pour reconstituer une vie conjugale des plus satisfaisantes. Il nous faut redécouvrir l’autre et le résultat vaut le boulot que cela requiert. Parfois, l’aide extérieure peut être nécessaire.

Jésus nous dit de « veiller et prier ». Il nous faut veiller sur notre relation conjugale. Etre attentif aux irritants qui surgissent, au temps que l’on se donne ensemble (devoir de s’assoir du père Caffarel), pardonner, être attentif à nos paroles échangées, devancer les attentes et les besoins de l’autre. Oser prendre le temps d’écarter ce qui nuit à notre relation. Veiller à ne pas se laisser emporter par nos égoïsmes et nos paresses. Il semble si évident qu’un jardin sans entretien devient un lieu impraticable, comment osons –nous naïvement penser qu’un couple ne demande pas de soin ? Il nous faut prier, seul, ensemble, afin que ce soit l’Esprit de Dieu qui nous habite et nous guide. Le meilleur entretien conjugal  prend sa source dans l’Amour.

Pour revenir à mon problème de pelouse, je songe tout de même à vendre la nouvelle tondeuse thermique, pour racheter la performante manuelle de même valeur, plus en accord avec mes convictions. Déjà que je déteste entretenir la pelouse (mon mari encore plus que moi) autant le faire sans polluer… Quand le jardin sera redevenu agréable, un petit café pris avec mon époux sur la table extérieure nous fera passer un bon moment ensemble !

Olivier Clerc  La grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite… et autres leçons de vie , Poche Marabout, 2013

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