Nous deux,

Responsable de la chronique :
Nous deux

Le mariage de grâce

Imprimer Par Caroline Pinet

Luc est un diacre qui accompagne notre groupe de familles qui se réunit et tente de réfléchir ensemble sur la vie de famille sous le regard de Dieu. Luc, c’est un peu l’apôtre Pierre, mon préféré dans les disciples de Jésus. Il parle sans ambages, est impulsif et rempli de l’ énergie de celui qui n’accepte pas que des gens vivent sans dignité. Quand il parle, il souligne d’autres aspects de la personnalité de Jésus dans les évangiles dont on ne parle pas. On parle souvent de la douceur de Jésus, lui va insister sur les paroles pas très tendres qu’il pouvait avoir ! Luc, à travers sa personnalité robuste et fougueuse, nous fait respirer un Jésus qui ne s’endormait pas sans dénoncer les injustices. Luc porte la colère de la justice réclamée pour les plus petits. Mais étonnamment, aussi, une infinie douceur au fond du regard !

Quand il apporte un éclairage aux couples en discussion, il est souvent laconique ! A nous de remplir les blancs, ou de se creuser les méninges pour trouver le sens de sa parole lancée au fil de la soirée. Récemment alors que nous faisions référence à la grâce du mariage et que nous partions dans de hautes volées, il nous lance : « la grâce dans le couple, c’est de vouloir que l’autre soi ! » Paf ! Nous faisons un à plat en dégringolant de nos nuages où nos mots se mêlaient à un langage poétique et peut-être un peu trop hermétique face au quotidien. Il nous ramène à l’essentiel, à la réalité. Car Dieu est aussi comme ça, très simple ! Les théologiens le cherchent parfois dans des formules très alambiquées. Mais nous le découvrons plus souvent qu’autrement à nous attendre dans le cœur de nos vies.

La phrase choc lancée. Il n’en dira pas plus. Et ses mots me sont revenus dans l’auto qui me ramenait chez moi. La phrase est simple certes, mais il faut la découvrir pour en saisir profondément le sens. Vouloir que l’autre soi, c’est cesser de vouloir qu’il soit comme moi. Bon point de départ pour amorcer la réflexion ! Ainsi, c’est d’arrêter de le harceler pour qu’il ait la même opinion que moi, ou qu’il fasse les choses comme moi. L’autre est autre, justement. On l’oublie souvent en couple alors que la fusion est très tentante ! En même temps, la fusion est aussi importante, car on ne se nourrit pas seulement de nos différences. La ressemblance est réconfortante et essentielle au couple… dans la mesure où elle n’étouffe pas l’apport original de chacun.

Vouloir que l’autre soi, c’est aussi vouloir qu’il s’accomplisse, qu’il devienne ce qu’il doit devenir, avec ses talents. A moi donc de savoir l’épauler, mais aussi le guider par moment quand on sent qu’il passe à côté de lui-même ou s’il se décourage. Je dois donc m’assurer que ce ne soit pas moi qui le façonne mais Dieu. Je suis là juste en inspecteur des travaux, observant, encourageant et rarement dirigeant la marche à suivre. Peut-être peut-on craindre qu’en étant tourné vers l’autre et son devenir, on s’oublie soi. Mais non ! On a parlé de la grâce dans le couple. Dans la confiance, je sais que l’autre est aussi habité par le désir que je sois ! Comme dans toute chose dans cette vie, l’équilibre de la démarche est précaire et sensible. Il s’agit d’harmonie et d’ajustement.

Un couple ça n’arrive pas à l’équilibre d’un coup. Surtout dans les débuts ! La passion déséquilibre fortement nos vies de départ. Mais avec l’amour véritable et de la patience, le couple va trouver son équilibre.

Il y a aussi dans le couple un outil merveilleux, mais très délicat à manipuler : la correction fraternelle. Elle s’emploie avec parcimonie et seulement quand on est convaincu que c’est avec notre amour profond que l’on s’adresse à l’autre. Car cela prend beaucoup de doigté pour affirmer à l’autre ce qui ne va pas, ce qui l’empêche de progresser vers la « sainteté ». Nous risquons bien souvent de tomber dans les reproches. C’est pourquoi, lorsqu’on doit faire cette correction, il nous faut avoir le cœur pacifié et non rempli de colère. Et il est d’ailleurs plus efficace quand ce que nous avons à affirmer ne nous concerne pas directement.

On se fait quand même toujours prendre avec Dieu, car au départ, aimer semble si simple, presque égoïste ! Trouver l’autre est un tel bonheur ! Et pas un jour sans que nous n’en rendions grâce depuis la rencontre. Et c’est au cœur de ce qui semble si simple que tout pourrait se compliquer. Et l’art divin est de nous garder dans la simplicité de l’amour, dans cet équilibre qui menace de se rompre à tout moment, du nous, toi et moi. Chacun doit trouver une place et le nous doit embrasser le tout !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Nous deux

Les autres chroniques du mois