Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

32e Dimanche du temps ordinaire. Année B

Imprimer Par François-Dominique Charles

Jésus admire ceux qui donnent de leur nécessaire

Dans son enseignement, Jésus disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques,
les premiers rangs dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners.
Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d’autant plus sévèrement condamnés. »
Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait la foule déposer de l’argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches y mettaient de grosses sommes.
Une pauvre veuve s’avança et déposa deux piécettes.
Jésus s’adressa à ses disciples : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde.
Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

COMMENTAIRE

L’évangile de ce jour nous offre un exemple extraordinaire à suivre : celui de la pauvre veuve. Comme souvent dans ses paraboles, Jésus oppose la conduite de deux personnes pour bien faire ressortir, en contraste, celle qui est exemplaire à ses yeux. Le pharisien et le publicain ; le fils cadet et le fils aîné ; le riche et le pauvre Lazare ; les vierges sages et les vierges folles…

Si on nous posait la question : « Préférerez-vous avoir en poche deux petites pièces ou beaucoup de gros billets ? », nous n’hésiterions pas une seconde dans la réponse… Bien sûr que la vie est plus facile quand on a beaucoup d’argent et qu’on peut en donner un peu. Or Jésus nous interpelle là où nous sommes vulnérables. Si nous avions à choisir, nous aimerions nous trouver dans la situation des riches plutôt que dans celle de la pauvre femme. Or, c’est justement la pauvre veuve qui nous est donnée en exemple ! Que cherchent les gens riches qui sont critiqués par Jésus ? Ils veulent qu’on les voit, qu’on les admire, qu’on se retourne quand ils passent, qu’on dise qu’ils sont généreux parce qu’ils donnent « de grosses sommes », qu’on sache qu’ils passent beaucoup de temps à prier, qu’on leur réserve des places d’honneur quand ils arrivent quelque part… La critique de Jésus ne porte pas sur l’argent, mais sur une manière de se comporter. Et nous risquons de ressembler à ces « riches » dans nos manières de vivre, même si nous sommes pauvres, si nous ne cherchons que notre intérêt dans tout ce que nous faisons. Notre comportement risque d’être un peu (ou beaucoup) égoïste. Et Jésus vise aujourd’hui ce comportement hypocrite qui consiste à faire des gestes apparemment bons, mais en cherchant son propre intérêt.

Jésus met habilement en opposition la manière de faire de la veuve qu’il admire et celle des gens riches qu’il critique. D’abord il fait remarquer que les gens riches « jettent » beaucoup de « petite monnaie » dans le tronc du temple, ce qui devait faire beaucoup de bruit et devait s’entendre… Si quelqu’un mettait beaucoup de petites pièces, tout le monde devait se retourner et l’admirer. La pauvre veuve, quant à elle, jette « deux petites pièces » : personne n’a remarqué cela… Qui a pu les entendre tomber dans le tronc ? L’offrande est dérisoire et n’intéresse personne ! Jésus est pourtant bouleversé devant ce geste inouï, car il ne regarde pas la somme d’argent donnée, mais le cœur de celle qui a donné : « Cette pauvre veuve, dit-il, a mis plus que tous les autres ! »

Jésus ne s’est pas intéressé à la quantité d’argent, mais au geste secret. Ainsi, il explique que les autres ont mis « de ce qu’ils ont en trop », « de leur superflu », alors que la veuve « a mis de son indigence », plus exactement elle « a mis de son manque » ; le mot grec laisse entendre que cette femme a donné quelque chose alors qu’elle manque du nécessaire pour vivre. C’est pourquoi Jésus ajoute : « elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre. » Il oppose ici deux attitudes : celle qui consiste à donner ce dont on n’a pas besoin et celle qui consiste à donner ce qui est nécessaire.

Il n’invite pas à donner dans la quête plus que du superflu ! Il invite à donner vraiment, à l’image de la pauvre veuve. Le don que nous décidons de faire (qu’on me pardonne le jeu de mots) doit d’une certaine façon nous coûter !

Faisons-nous des actes qui nous coûtent sans rechercher notre intérêt, en donnant de notre argent ou de notre temps, en offrant nos compétences ? Il devient tellement rare aujourd’hui de faire quelque chose gratuitement. Il est beaucoup de gestes possibles qui nous demandent un peu de notre temps, un peu de nous-mêmes, et que nous pouvons faire pour le bonheur des autres : visiter un proche malade, participer à la vie d’une association, simplement balayer le trottoir, fleurir l’église, ramasser des papiers dans la rue… Si chacun pouvait donner un peu de son temps précieux pour le bonheur de tous, tout changerait certainement.

Ce n’est pas forcément de l’argent que Jésus nous invite à mettre dans le tronc ; c’est un peu de notre temps, un peu de nous-mêmes ! Et nous avons tous, si nous le décidons, un peu de temps à offrir, les riches comme les pauvres. Puisse Jésus admirer notre manière discrète d’offrir à d’autres ce qui nous est nécessaire ! Espérons qu’il ne détournera pas son regard en disant de nous : ces gens calculent et recherchent d’abord leur intérêt au lieu de donner simplement par amour.

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Parole et vie

Les autres chroniques du mois