Le psalmiste,

Responsable de la chronique :
Le psalmiste

Psaume 145 (144) Bénir Dieu qui règne avec bonté et justice

Imprimer Par Christian Eeckhout

Louange. De David.
1- Je t’exalte, ô Roi mon Dieu, je bénis ton nom toujours et à jamais;

2- je veux te bénir chaque jour, je louerai ton nom toujours et à jamais;

3- grand est Yahvé et louable hautement, à sa grandeur point de mesure.

4- Un âge à l’autre vantera tes œuvres, fera connaître tes prouesses.

5- Splendeur de gloire, ton renom! Je me répète le récit de tes merveilles.

6- On dira ta puissance de terreurs, et moi je raconterai ta grandeur;

7- on fera mémoire de ton immense bonté, on acclamera ta justice.

8- Yahvé est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour;

9- il est bon, Yahvé, envers tous, et ses tendresses pour toutes ses œuvres.

10- Que toutes tes œuvres te rendent grâce, Yahvé, que tes amis te bénissent;

11- qu’ils disent la gloire de ton règne, qu’ils parlent de ta prouesse,

12- pour faire savoir aux fils d’Adam tes prouesses, la splendeur de gloire de ton règne!

13- Ton règne, un règne pour tous les siècles, ton empire, pour les âges des âges!

Yahvé est vérité en toutes ses paroles, amour en toutes ses œuvres;

14- Yahvé retient tous ceux qui tombent, redresse tous ceux qui sont courbés.

15- Tous ont les yeux sur toi, ils espèrent; tu leur donnes la nourriture en son temps;

16- toi, tu ouvres la main et rassasies tout vivant à plaisir.

17- Yahvé est justice en toutes ses voies, amour en toutes ses œuvres;

18- proche est Yahvé de ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

19- Le désir de ceux qui le craignent, il le fait, il entend leur cri et les sauve;

20- Yahvé garde tous ceux qui l’aiment, tous les impies, il les détruira.

21- Que ma bouche dise la louange de Yahvé, que toute chair bénisse son saint nom, toujours et à jamais!

© Les Éditions du Cerf 1997

Présentation

Ce psaume de louange, d’origine probablement tardive (IVe siècle avant Jésus-Christ), est une prière que le croyant juif est invité à réciter quotidiennement à l’office matinal de prière comme à celui de l’après-midi à la synagogue, et est repris en certaines vigiles et fêtes. Il pense aux psaumes royaux chantés au Temple de Jérusalem. Il chante et loue Dieu dont l’amour fait être, qui est l’allié de David et de son peuple. Il dit le règne de Dieu advenu et appelle à célébrer sa bonté, sa grandeur et ses œuvres merveilleuses pour notre humanité. En remarquant l’appellation YHWH (Yahvé) par dix fois dans le psaume, le psalmiste rappelle ce nom propre qui est rattaché à la sortie d’Égypte des hébreux (Ex 3; 6,2-8; 20,2). YHWH est le Seigneur, Celui qui fait être, le créateur de l’univers, par débordement de Son amour compatissant. C’est parce que Dieu « rassasie tout vivant » (v.16) que vient la nécessité pour tous les « fils d’Adam » (v. 12), pour « toute chair » (v.21), pour les « amis » (v.10) et le monde entier, de bénir son Nom, c’est-à-dire sa Personne, son Être, d’« un âge à l’autre » (v.4), de toujours à toujours (v.21).

À Sokoka (Jos 15,62) qui actuellement est appelé Qumrân, les manuscrits des abords de la « mer morte » montrent que dans les prières un refrain liturgique est inséré après chaque verset : « Béni soit YHWH et béni soit son Nom, pour toujours et à jamais. »

Le Ps 145(144) appartient au dernier cycle qui introduit le HALLEL final (Ps 146-150), cette invitation faite à tout l’univers d’adorer et de louer son créateur. Car « les œuvres de Dieu sont inséparablement bonté et justice », comme le note Louis Jacquet in Les psaumes et le cœur de l’homme, Étude textuelle, littéraire et doctrinale (Duculot, Namur 1979, t.3), p.695. En effet : « Ne devant rien à personne, Dieu a tout fait par pure Bonté et gouverne les hommes et toutes créatures selon la plus parfaite équité. (..) C’est là, l’un des thèmes majeurs du Psautier. (cf. notes sur Ps 31,20;36,6.7; 68,1; 89,2-15; 117; 136; 143,1) »

Cet appel à la louange, faite dans toute l’extension humaine, personnelle (v.1b,2a) et collective (v.10b), voire universelle (v.21b), porte sur Dieu en tant qu’il est « roi » (melek YHWH, v.1a,11a,12b,13a) dont la loyauté (hesed, v.8b,9,10,13cd,17) dans toute son œuvre est salvatrice. D’un point de vue théologique, le lecteur reconnaît Dieu en tant qu’il est glorieux (v.5,12), bon (v.9), patient (v.8), compatissant (v.8,14), juste (v.7,17), aimant (v.8-9), fidèle (v.13c,16,17-20b) et éternel (v.13a), qui vient en aide aux humains et à son peuple. De surcroît, Dieu est plus fort que les impies, les méchants (v.20b).

Ce que Dieu dit se réalise effectivement : ses promesses de salut s’accomplissent.

Avec en finale l’annonce prophétique de ce que tous les pouvoirs injustes et régimes politiques oppressifs tomberont (v.20b).

Dans sa tradition hébraïque, le psaume se présente comme une poésie alphabétique, où la succession des versets est faite selon les lettres successives de l’alphabet hébreu. Comme dans le Ps 37, la première lettre de chaque verset correspond donc aux vingt deux lettres, même s’il y a parfois quelques irrégularités.

Le vocabulaire hymnique est très riche, centré sur Dieu seul dont les qualités de cœur sont aussi douces que vigoureuses.

En regardant le vocabulaire récurrent, le lecteur trouve aisément une inclusion au sujet de la bénédiction et de la louange (v.1-3, 21) et la cohérence littéraire de cet hymne. Car le rapport synonymique « louer-bénir » encadre l’universalisation qui commence par l’individu pour aboutir au cosmos. Ainsi au v. 21, de « ma bouche » on en vient à « toute chair ». Et le tétragramme YHWH (v.3a, 21a) porte sur quatre réalités principales : « bénir » (barak, v.1b,2a,21b), le « Nom » (Sham, v.1b,2b,21b), le temps « pour toujours et à jamais » (le‘ôlâm, wā‘ed, 1b,2b,21c) et « louer » (hallel, 2b,3a,21a).

Dans la finale du cinquième et dernier livret (Ps 131-150) du psautier, le psalmiste entonne la louange divine comme un souhait et en dialogue : pour parler à Dieu et de Dieu (Yahvé), il procède en « Je », à la 1e personne (v. 1,2,5,6), en « on » (v.6,7) et en « toi », à la 2e personne (v.4,10,12,13,15,16) lorsqu’il parle de « Ton règne » (v. 11,12,13) et de la « nourriture » (v. 15,16). En effet la poésie psalmique utilise le discours direct (en « Je ») pour parler à Dieu à la 2e personne et le discours indirect pour parler de Dieu, à la 3e personne.

Relecture chrétienne

Le règne de Dieu (Elohim) : « ô Roi mon Dieu » (v.1b) est bien présent pour dire l’action de Dieu, comme en l’évangile matthéen (3,2; 4,17.23; 5,3.10.19; 6,10.33; 9,35; 16,28) : c’est la caractéristique messianique de Jésus en Mt 26,11 notamment devant le préfet romain Ponce Pilate et sur l’inscription indiquant le motif de sa condamnation en croix : « Celui-ci est Jésus, le roi des juifs » (Mt 27,37).

Notre psaume montre Dieu qui règne par sa justice et son amour (v. 8-9,13,17,19-20) : ces accents se retrouvent dans l’insistance que marque la 1e épître de saint Jean sur la justice et l’amour de Dieu révélés en Jésus-Christ. En 1 Jn 2,20-21 : « Si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur et Il connaît tout » et encore en 1 Jn 4,8b.16 : « Dieu est amour ». Cette miséricorde (v.8,14,19) si explicite dans le psaume cause le démarrage de notre louange de Dieu (v.2,3,21), de la bénédiction qui Lui revient (v.1,2,10,21) et de notre prédication (v.4,6,7,11,12). Un Dieu « amour en toutes ses œuvres » (v.13,17), qui fait de nous des vivants et les « sauve » (v.19), nous Le voyons en Celui qui « redresse tous ceux qui sont courbés » (v.14), dont la miséricorde est plus forte que le jugement, qui se lève du tombeau et nous ouvre l’avenir avec Lui, l’Emmanuel Jésus, vrai Dieu et vrai homme.

Joie sans fin alors de pouvoir ensemble Te voir : d’avoir « les yeux sur toi » (v.15) !

Dans la liturgie

Le Psaume 145 (144) rappelle évidemment la prière que Jésus a apprise à ses disciples : le « Notre Père » (Mt 6,9-13 et Lc 11, 2-4), puisqu’il loue Dieu en sanctifiant son « Nom » (Mt 6,9c; Lc 11,2b) et l’avènement de son « règne » (Mt 6,10; Lc 11,2c) avant de demander « le pain » (Mt 6,11; Lc 11,3; Jn 6,32) et la délivrance du « Mal » (Mt 6,13). Plus précisément, le Ps 145(144) est utilisé tant dans la prière des heures que dans les célébrations de la Parole au cours des Eucharisties. Il es proposé à l’office des lectures du Dimanche de la 3e semaine et aux vêpres du vendredi de la 4e semaine. À la messe, il est chanté les 14e, 18e et 25e Dimanche de l’année A, le 17e de l’année B et le 31e de l’année C en plus du 5e Dimanche de Pâques. C’est comme si le Christ lui-même entonnait la louange de son Père et notre Père dans l’assemblée des saints. Gardons à cœur de nous unir à Sa bénédiction, Sa « baraka » (v.1) !

Pour chacun(e), ce psaume peut également être une prière d’action de grâce au moment du repas, qui place l’être humain dans la même louange que celle de Jésus : « Je te loue, Père, je te glorifie ! » (cf. Mt 11,25; Lc 10,21; Jn 12,28;13,31-32; 15,8;17,1.4).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Le psalmiste

Les autres chroniques du mois