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Le psalmiste

Psaume 106/2. Confession nationale (2e partie)*

Imprimer Par Marc Leroy

Psaume 106/2

24 Ils refusèrent une terre de délices,
ils n’eurent pas foi en sa parole ;
25 ils murmurèrent sous leurs tentes,
ils n’écoutèrent pas la voix de Yahvé.

26 Il leva la main sur eux,
pour les abattre au désert,
27 pour abattre leur lignée chez les païens,
pour les parsemer dans les pays.

28 Ils se mirent au joug de Baal-Péor
et mangèrent les sacrifices des morts.
29 Ils l’indignèrent par leurs pratiques,
un fléau éclata contre eux.

30 Alors se lève Pinhas, il tranche,
alors s’arrête le fléau ;
31 justice lui en est rendue
d’âge en âge et pour toujours.

32 Ils le fâchèrent aux eaux de Meriba ;
mal en prit à Moïse par leur faute,
33 car ils aigrirent son esprit
et ses lèvres parlèrent trop vite.

34 Ils ne supprimèrent pas les peuples,
ceux que Yahvé leur avait dits,
35 et ils se mêlaient aux païens,
ils apprenaient leurs manières d’agir.

36 Ils en servaient les idoles,
elles devenaient pour eux un piège !
37 Ils avaient sacrifié leurs fils
et leurs filles aux démons.

38 Ils versaient le sang innocent,
le sang de leurs fils et de leurs filles
qu’ils sacrifiaient aux idoles de Canaan,
et le pays fut profané de sang.

39 Ils se souillaient par leurs actions,
ils se prostituaient par leurs pratiques ;
40 Yahvé prit feu contre son peuple,
il eut en horreur son héritage.

41 Il les livra aux mains des païens,
leurs adversaires devinrent leurs maîtres ;
42 leurs ennemis furent leurs tyrans,
ils furent courbés sous leur main.

43 Mainte et mainte fois il les délivra,
mais eux par bravade se révoltaient
et s’enfonçaient dans leur tort ;
44 il eut un regard pour leur détresse
alors qu’il entendait leur cri.

45 Il se souvint pour eux de son alliance,
il s’émut selon son grand amour ;
46 il leur donna d’apitoyer
tous ceux qui les tenaient captifs.

47 Sauve-nous, Yahvé notre Dieu,
rassemble-nous du milieu des païens
afin de rendre grâce à ton saint nom,
de nous féliciter en ta louange.

48 Béni soit Yahvé le Dieu d’Israël
depuis toujours jusqu’à toujours !
Et tout le peuple dira : Amen !

(Bible de Jérusalem)

vv. 24-31 : Plusieurs références renvoient à Nb 13-25. L’expression « ils refusèrent une terre de délices », au v. 24, est une allusion à Nb 14,31. Le peuple d’Israël refusa d’entrer en terre promise, et voulut retourner en Égypte. L’expression « terre de délices » pour décrire la terre promise que le peuple a rejetée se retrouve chez les prophètes (Jr 3,19 : « Je te donnerai une terre de délices, l’héritage le plus précieux d’entre les nations » ; Za 7,14 : « d’une terre de délices, ils firent un désert »).

Le v. 24b est une allusion à ce que Yahvé dit à Moïse en Nb 14,11 : « Jusques à quand ce peuple va-t-il me mépriser ? Jusques à quand refusera-t-il de croire en moi, malgré les signes que j’ai produits chez lui ? ». Le psalmiste a reformulé, de façon négative, dans ce v. 24b, ce qui avait été énoncé, de façon positive, au v. 12 : « ils eurent foi en sa parole ».

L’expression « ils murmurèrent sous leurs tentes », au v. 25a, vient de Dt 1,27 et signifie que le peuple était rassemblé sous leurs tentes pour discuter de l’impossibilité de prendre le pays que Dieu leur avait pourtant promis. L’expression « ils n’écoutèrent pas la voix de Yahvé », au v. 25b, vient de Nb 14,22.

Les hommes lèvent la main spontanément vers Dieu, pour Le louer, pour L’adorer, pour Lui faire un serment. Le psalmiste emploie une métaphore pour imaginer Dieu qui Lui aussi lève la main pour faire un serment. D’habitude, dans l’Ancien Testament, quand Yahvé fait un serment au peuple, c’est pour une bonne nouvelle. Ainsi en Nb 14,30, on rappelle le serment que Yahvé avait fait, en levant la main, du don de la terre. Mais ici, ce n’est pas une bonne nouvelle. Le v. 26b précise immédiatement que si Dieu lève la main sur eux, c’est pour les abattre au désert. La génération de la sortie d’Égypte, mis à part Caleb et Josué, n’entrera pas dans la Terre promise, ils tomberont dans le désert (Nb 14,29 : « Vos cadavres tomberont dans ce désert, vous tous les recensés, vous tous qu’on a dénombrés depuis l’âge de vingt ans et au-dessus, vous qui avez murmuré contre moi »).

Au fond, Dieu exauce leur volonté. Cette génération ne voulait pas prendre possession de Canaan, ils voulaient retourner en Égypte, sans cesse ils murmuraient contre Dieu dans le désert.

Ils vont tomber non seulement dans le désert, mais aussi « leur lignée », c’est-à-dire leurs descendants, va être dispersée, à l’époque perse, dans tous les pays païens selon ce qui est écrit en Ez 20,23 : « je levai la main vers eux, au désert, pour jurer de les disséminer parmi les nations et de les disperser dans les pays étrangers ».

Le psaume continue avec l’épisode de l’infidélité en Moab quand le peuple se mit au joug de Baal-Péor (cf. Nb 25,3.5), c’est-à-dire du dieu Baal à Péor. Au v. 28b, l’expression les « sacrifices des morts » peut être comprise comme synonyme des « sacrifices des dieux ». En effet, les dieux païens, comme Baal, peuvent être considérés comme morts par opposition au Dieu vivant et vrai, le Dieu qui s’est révélé au Sinaï. Nous pouvons aussi penser que les Israélites pratiquaient un certain culte en l’honneur de leurs morts. Les sacrifices que les Israélites mangeaient pouvaient alors être des sacrifices pour les morts.

Le v. 29 fait référence au fléau qui toucha les Israélites et qui décima 24.000 d’entre eux (cf. Nb 25,8-9).

En Nb 25,6, les événements qui provoquèrent l’intervention de Pinhas, le petit-fils d’Aaron, étaient liés à la présence de femmes païennes qui entrainaient les Israélites dans le culte de leurs dieux. D’après un contexte lié au dieu Baal de Péor qui conférerait la fertilité, nous sommes en présence ici de prostituées sacrées, c’est le péché du peuple qui provoque la colère de Pinhas.

vv. 32-46 : on parle dans la dernière section du psaume de la vie du peuple d’Israël en Canaan et en Exil. Comme naguère en Égypte, il va oublier les merveilles que fit pour lui le Seigneur, mais Dieu va avoir miséricorde et va une nouvelle fois le sauver.

Le récit de la rébellion à Qadesh, aux eaux de Meriba, en Nb 20,1-13, se trouve juste avant le début du processus d’installation du peuple dans le pays. Moïse lui-même ne pourra pas entrer en terre promise, ce qui donne un contraste saisissant entre l’histoire de Moïse et celle de Pinhas qui a été rappelée précédemment. Derrière Pinhas, c’est l’image du grand prêtre de l’époque perse qu’il faut voir.

L’expression « ils le fâchèrent » du v. 32 renvoie à Dt 9,7-8.22 où c’est Dieu que l’on fâche. Mais nous pouvons également comprendre que le peuple a fâché Moïse. Nous pouvons comprendre que celui-ci fut fâché vis-à-vis du peuple car c’est par sa faute qu’il ne put entrer en Terre sainte.

Dans le Deutéronome, le peuple d’Israël ne détruit pas les autres peuples, il les voue à l’anathème (Dt 7,2) ou bien il les « dévore » (Dt 7,16). Quant au fait de se mêler aux païens, c’est tout à fait une attitude du peuple d’Israël à l’époque perse. On ne trouve d’ailleurs cette expression qu’une seule autre fois dans l’Ancien Testament en Esdras 9,2 : « la race sainte s’est mêlée aux peuples des pays », preuve s’il en est que nous sommes bien après l’Exil.

Dt 7,3-4 avait déjà averti que le mariage avec des païens aurait pour conséquence de servir des dieux cananéens (cf. Dt 7,3-4 : « Tu ne contracteras pas de mariage avec elles, tu ne donneras pas ta fille à leur fils, ni ne prendras leur fille pour ton fils. Car ton fils serait détourné de me suivre ; il servirait d’autres dieux ; et la colère de Yahvé s’enflammerait contre vous et il t’exterminerait promptement. »). Dt 7,16 avait prévenu que le peuple d’Israël devait « dévorer » les peuples cananéens, car autrement ils deviendraient pour lui un piège (cf. Dt 7,16 : « Tu dévoreras donc tous ces peuples que Yahvé ton Dieu te livre, ton œil sera sans pitié et tu ne serviras pas leurs dieux : car tu y serais pris au piège. »).

Dt 32,17 est le seul autre passage où l’on parle de sacrifier aux démons (cf. Dt 32,17 : « Ils sacrifiaient à des démons qui ne sont pas Dieu, à des dieux qu’ils ne connaissaient pas, à des nouveaux venus d’hier que leurs pères n’avaient pas redoutés. »).

L’expression « ils versaient le sang innocent », au v. 38, vient de Jr 19,4 : « Car ils m’ont abandonné, ils ont rendu ce lieu méconnaissable, ils y ont offert l’encens à des dieux étrangers que n’avaient connus ni eux, ni leurs pères, ni les rois de Juda. Ils ont rempli ce lieu du sang des innocents. ».

Canaan, le pays donné au peuple d’Israël par Yahvé, devait être une terre sainte mais cette terre fut profanée par le peuple comme le dit Jr 3,1-2 : « N’est-elle pas totalement profanée, cette terre-là ?…Tu as profané le pays par tes prostitutions et tes forfaits. ».

L’expression « ils se souillaient », du v. 39, reprend les mêmes images que Jr 2,23 (« Comment oses-tu dire : « Je ne suis pas souillée, après les Baals je n’ai pas couru ? ») et Jr 7,30 (« Oui, les fils de Juda ont fait ce qui me déplaît – oracle de Yahvé. Ils ont installé leurs Horreurs dans le Temple qui porte mon nom, pour le souiller. »). La souillure peut provenir ici de pratiques sexuelles immorales ou d’idolâtrie envers les divinités païennes.

Le peuple d’Israël avait été sauvé de l’oppression en Égypte et avait été destiné afin de régner sur les nations païennes au nom de Yahvé. Mais à cause de la désobéissance du peuple, Yahvé le livra aux mains des païens.

Heureusement, Yahvé se souvient toujours de son alliance (cf. Ex 2,24). Ce n’est pas parce que le peuple oublie les bienfaits de Dieu pour lui, que Dieu oublie pour cela son alliance avec le peuple d’Israël.

v. 47 : C’est un appel à Dieu pour rassembler à Jérusalem tous les Judéens encore dispersés, après l’Exil, au milieu des païens (cf. Ne 1,9 : « mais si, revenant à moi, vous observez mes commandements et les pratiquez, vos bannis seraient-ils à l’extrémité des cieux, je les en rassemblerais et les ramènerais au Lieu que j’ai choisi pour y faire habiter mon Nom. »). Le psaume se termine en exhortant Dieu à accomplir cette promesse.

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