Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

13e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Jésus sème la vie immortelle dans la mort humaine

Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord du lac.
Arrive un chef de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds
et le supplie instamment : « Ma petite fille est à toute extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. »
Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.
Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… –
Elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans aucune amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré -. . .
cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par derrière dans la foule et toucha son vêtement.
Car elle se disait : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. »
A l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal.
Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? »
Ses disciples lui répondaient : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : ‘Qui m’a touché ? ‘ »
Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait ce geste.
Alors la femme, craintive et tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité.
Mais Jésus reprit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »
Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre pour annoncer à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. A quoi bon déranger encore le Maître ? »
Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de la synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. »
Il ne laissa personne l’accompagner, sinon Pierre, Jacques, et Jean son frère.
Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris.
Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. »
Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui l’accompagnent. Puis il pénètre là où reposait la jeune fille.
Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! »
Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait douze ans. Ils en furent complètement bouleversés.
Mais Jésus leur recommanda avec insistance que personne ne le sache ; puis il leur dit de la faire manger.

Commentaire

« Dieu n’a pas fait la mort ; il ne se réjouit pas de voir mourir les vivants ! » écrit l’auteur du livre de la Sagesse. Et il poursuit en donnant son explication de la présence de la mort en ce monde : « Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable, il a fait de lui une image de ce qu’il est en lui-même. C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde, et ceux qui se rangent de son côté en font l’expérience. » C’est un point de vue auquel saint Paul se réfère sûrement dans un verset célèbre de l’épître aux Romains (12,5) : « Par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et la mort a passé en tous les hommes… » Paul voit dans la mort une conséquence du péché de l’homme. C’est la décision de l’homme qui cause sa propre perte. C’est le péché qui provoque une séparation entre l’homme et Dieu.

Il faut être aveugle pour ne pas voir les signes de la présence de la mort en ce monde et dans nos vies. Personne sur terre n’est immortel ! Même Jésus a connu notre mort ! Nous le disons dans le Credo : il « a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli… » Beaucoup de passages du Nouveau Testament soulignent la réalité de la mort de Jésus en même temps qu’ils affirment sa résurrection d’entre les morts : « Le Christ est mort et il revenu à la vie pour être le Seigneur des morts et des vivants » (Rm 14,9).

Un philosophe (Vladimir Jankélévitch) a écrit ceci : « Le meilleur moyen de ne pas mourir serait de ne pas vivre. » Nous ne pouvons pas éliminer la mort de l’horizon de notre vie ! Nous faisons aussi l’expérience douloureuse que nous sommes pécheurs. Si nous crions vers Jésus, c’est pour qu’il nous sauve et du péché et de cette mort qui nous fait tellement peur, surtout quand elle s’approche de ceux que nous aimons. Car nous croyons que Jésus a connu notre mort pour y ouvrir un passage, un chemin vers la vie, vers le Père : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » Jésus est venu semer la vie immortelle de Dieu dans la mort des hommes : « Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort et fait resplendir la vie et l’immortalité » (2 Tm 1,10). L’auteur de l’Apocalypse se plaît à reprendre à la fin du livre, la belle prophétie d’Isaïe (Is 25,8) qui exprime si bien notre espérance chrétienne : « Dieu essuiera toute larme de nos yeux, de mort il n’y en aura plus car l’ancien monde aura disparu… » (Ap 21,4).

Saint Marc nous présente dans l’évangile un Jésus guérisseur et Sauveur vers qui tout le monde accoure, en quête de guérison et de salut : « Ma petite fille est à toute extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive ! » ; « Si je parviens seulement à toucher son vêtement, je serai sauvée. » La rencontre de Jésus fait vivre ceux qui viennent à lui avec foi en sa puissance de guérison et de salut. Les meilleurs médecins peuvent nous guérir d’une grave maladie, ils peuvent aussi soulager nos douleurs. En revanche, ils ne peuvent jamais nous sauver de la mort. Comme Jaïre et comme la femme qui perdait son sang, nous avons tout misé sur Jésus ! C’est lui, et lui seul, qui guérit et sauve ! Lui seul est Sauveur de l’humanité, et c’est pourquoi nous croyons en lui.

Dans un très célèbre et bien étrange clip de Michael Jackson, la mort est omniprésente. Il est entouré de danseurs qui ressemblent à des ombres et le texte de la chanson, intitulée « Thriller », fait quelque peu frémir : « Personne ne pourra te sauver de l’attaque de la bête… Il n’y a pas de seconde chance contre la chose aux quarante yeux… il n’y a nul endroit où s’enfuir… Tu sens la main froide et tu te demandes si tu reverras le soleil. Tu fermes tes yeux et tu espères que c’est juste ton imagination… Les créatures de la nuit appellent et la mort s’introduit dans leur mascarade. Il n’y a pas de possibilité de t’échapper… C’est la fin de ta vie… Aucun simple mortel ne peut résister au mal du Thriller. » Les paroles de cette chanson font peur ! Elles expriment tellement l’angoisse de l’homme abandonné dans la solitude de la nuit de la mort, sans salut et sans Dieu.

Les lectures de ce jour nous redisent que nous ne sommes pas destinés à mourir. Nous croyons en Celui qui fait vivre. « Je ne prends pas plaisir à la mort de qui que ce soit » dit Dieu, par la bouche du prophète Ézéchiel (Ez 18,32 ; 33,11). Nous croyons en un Dieu Sauveur qui aime les hommes et veut les faire vivre. Tournons-nous vers Lui en toute confiance et n’ayons pas peur de la mort ! « J’en suis sûr, écrit saint Paul, pas même la mort ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur ! » (Rm 8,38-39). Un jour où l’autre, quand sera venu pour nous le douloureux moment de mourir, c’est notre foi qui balbutiera des profondeurs de notre être cette parole de Pierre à Jésus : « à qui irions-nous, Seigneur ? Toi seul as les paroles de la vie éternelle ! » (Jn 6,68). Alors Jésus nous répondra comme à la femme guérie de l’évangile : « Ta foi t’a sauvé ! »

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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