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Signe d’une présence

Imprimer Par Jaques Marcotte

Depuis septembre denier, je fréquente régulièrement un groupe de prière qui me paraît évoluer dans la pure tradition des groupes de prière charismatique tels qu’on les a vus se développer dans les années 60.

J’avoue que j’ai toujours eu des réticences à me retrouver dans ces groupes. Je n’aimais pas leur style, leurs exagérations gestuelles ou verbales. Dans les années 70, j’assistais à l’occasion, dans l’Outaouais, aux soirées de certains de ces groupes, version jeunesse. Leur élan spirituel me semblait donner trop dans l’émotion et la marginalité. J’ai délaissé ces milieux. Je croyais même que la grâce des « charismatismes » n’était plus active ni même sollicitée aujourd’hui.

Lorsqu’en septembre dernier quelqu’un – une dame fort sympathique, que je ne connaissais pas – est venue me demander pour accompagner le groupe de prière en train de se former dans le nord de la ville, je n’ai pas su me désister ni me dérober. J’ai accepté sur le champ. C’était un peu pour voir, par curiosité. Je voyais aussi dans cet engagement une opportunité de servir autrement, alors que tout mon labeur pastoral porte depuis longtemps sur le seul ministère régulier en paroisse.

Certaines allergies et de réels malaises me sont tout de suite revenus. Je retrouvais les formules et les manières d’autrefois. Mais j’avoue que ces priants d’aujourd’hui – ils sont une bonne soixantaine – m’édifient beaucoup. Je les aime. Et je les trouve tout à fait normaux et très humains. J’admire leur fidélité. Leur simplicité. Leur grande humanité. Leur humilité aussi et leur joie toute simple et vraie.

Mon intervention là-bas – à 15 km de chez nous – n’est pas très exigeante. Il leur suffit que je sois disponible pour les gens en demande du sacrement du pardon, que je puisse donner à mon tour de l’enseignement, que je préside chaque fois (ou presque) l’eucharistie, que je participe aux divers « ministères » exercés par l’équipe responsable auprès des participants.

Ma formation philosophique et théologique des années 60 chez les Dominicains m’a donné une armature rationnelle et des références doctrinales qui me mettent en garde et me tiennent « réservé » devant certaines « extravagances » des libres prières qui ont lieu. Je me sens encore un peu perdu et dépassé devant les interventions spontanées de plusieurs qui y vont de leurs élans et de l’expression d’une culture chrétienne encore naïve. Mais, au-delà des formules toute faites qui m’agacent un peu, j’apprends ma vie dans la vie de ces gens : leurs problèmes, leurs cris, leurs souffrances, leurs joies, leur amour me rejoignent, ils sont aussi les miens. Je sais que plusieurs reviennent de loin, d’une grande misère, et qu’ils peuvent bien vivre un temps euphorique de conversion. S’il m’arrive d’être fatigué de les entendre ou d’entendre difficilement leurs propos, il m’arrive aussi de me laisser emporter par la chaleur du groupe, la beauté des chants, la facilité des rapports interpersonnels qui, de semaine en semaine, s’affirment et s’expriment plus librement.

Je ne suis pas encore à totalement avec eux ni ne suis convaincu de la justesse religieuse et spirituelle de tous les enseignements et contenus de prière. Mais qui suis-je pour juger de l’orthodoxie de cette communauté qui ne prétend à rien d’autre qu’à prier, qu’à dire sa foi et sa gratitude ? Je sens que je deviens tranquillement membre de ce groupe. On m’y accepte dans la confiance. J’y découvre un appel. Et – sans prétention, je l’espère – j’ai conscience d’apporter quelque chose d’important dans ce milieu. Je pense qu’il y a là l’Église du Christ et la foi de l’Évangile et beaucoup de charité. Cette vie-là est précieuse ! Elle est de plus en plus pour moi une manifestation authentique d’une présence particulière du Dieu vivant à son peuple, à notre monde.

Jacques Marcotte, O.P.
Québec

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