Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

2e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par François-Dominique Charles

« Parle, Seigneur ! Ton serviteur écoute ! »

Jean Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples.
Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. »
Les deux disciples entendirent cette parole, et ils suivirent Jésus.
Celui-ci se retourna, vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi (c’est-à-dire : Maître), où demeures-tu ? »
Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils l’accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était vers quatre heures du soir.
André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples qui avaient entendu Jean Baptiste et qui avaient suivi Jésus.
Il trouve d’abord son frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie (autrement dit : le Christ).
André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Képha » (ce qui veut dire : pierre).

COMMENTAIRE

Le jeune Samuel entend qu’on l’appelle, mais il a besoin de l’aide du vieux prêtre Éli pour savoir que c’est le Seigneur qui l’appelle. Les deux premiers disciples se mettent à suivre Jésus parce que Jean leur a montré « l’Agneau de Dieu ». Quant à Simon-Pierre, il est amené à Jésus par son propre frère, André.

Les passages de la Parole de Dieu de ce dimanche nous font prendre conscience qu’on ne devient pas croyant tout seul. Dieu nous appelle par l’intermédiaire de nos frères et de nos sœurs. Si nous réfléchissons quelques instants à notre itinéraire dans la foi, chacun peut certainement nommer au moins deux personnes qui ont occupé une grande place dans sa route vers le Christ. Il s’agit parfois du papa, de la maman, d’une grand-mère ou d’un autre membre de notre famille ; l’auteur de la 2e épître à Timothée peut ainsi écrire : « J’évoque le souvenir de la foi sans détours qui est en toi, foi qui résida d’abord dans le cœur de ta grand-mère Loïs et de ta mère Eunice et qui, j’en suis convaincu, réside également en toi. » C’est parfois un(e) ami(e), un prêtre, une religieuse, voire même quelqu’un qui est resté anonyme en croisant un jour notre route puis s’est effacé ; autant de personnes qui, parfois sans le savoir, ont contribué à notre rencontre du Christ.

Oui, nous avons vraiment besoin de l’aide des autres pour aller vers Dieu et pour reconnaître ses appels dans nos vies. C’est une dimension très importante de l’Église : nous sommes des frères, et le Seigneur nous appelle les uns par les autres. Ce n’est jamais un jeune homme tout seul qui décide par exemple de devenir prêtre. C’est aussi l’évêque qui l’appelle à être ordonné, après avoir consulté ceux qui le connaissent bien. De même, on ne devient pas religieux parce qu’on l’a décidé tout seul et qu’on est convaincu que Dieu nous y appelle. C’est avec l’aide de frères qui nous accompagnent dans notre parcours que l’on approfondit le mystère d’un appel de Dieu dans notre vie.

Nous avons toujours besoin de l’aide des autres. L’Église qui naît avec les premiers disciples qui suivent Jésus est une communauté de frères et de sœurs qui se conduisent les uns les autres vers Jésus. Il n’y a donc pas d’Église du Christ sans le sacrement du frère. Le grand frère qu’est Jésus est notre seul vrai chemin vers Dieu. L’Église n’est-elle pas d’abord la grande famille des frères et sœurs de Jésus qui, selon la belle expression de saint Paul, est « l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8,29) ? Dieu nous appelle toujours par la médiation des frères ou des sœurs. Le commandement de l’amour concerne inséparablement Dieu et le frère : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu et ton prochain… » (Lc 10,27). Nous comprenons ici l’importance de la grande tradition chrétienne de l’accompagnement spirituel. Il est très important d’être accompagné dans un chemin vers Dieu et dans l’écoute de sa parole.

Avons-nous remarqué que le jeune Samuel ne dit presque rien ? Il se lève à plusieurs reprises parce qu’il entend l’appel de son nom dans la nuit. C’est sur le conseil du prêtre Éli qu’il dit simplement : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » Dans nos vies, sommes-nous vraiment prêts à écouter ? Nos oreilles sont-elles ouvertes ou fermées aux appels de Dieu et de ceux qui nous sont proches ? Si nous sommes vraiment des croyants, nous avons à développer en nous ce sens de l’écoute de Dieu et de l’attention au frère. Pour cela, nous avons besoin d’un certain silence en nous. On ne peut écouter que si on accepte de se taire.

C’est bien ce que font les trois premiers disciples de Jésus. Les deux premiers d’entre eux entendirent la parole de Jean-Baptiste et suivirent Jésus. Ils ne posent aucune question ; il n’y a aucun dialogue. Il en est de même quand André amène son frère Pierre à Jésus. Pierre ne pose aucune question, il se laisse conduire. C’est une des dimensions premières de la foi. Le croyant ne pose pas d’abord des questions à son Seigneur. Il écoute son appel et se laisse conduire à sa suite. La foi n’est pas de l’ordre du contrat dont on discute toutes les clauses avant de le signer. Il est de l’ordre de l’engagement vital à la suite du Christ pour demeurer avec lui au quotidien. « Venez et vous verrez ! »

La vie chrétienne consiste donc à entendre l’appel discret de Dieu, à être conduit vers Jésus par nos frères, afin de le suivre et de demeurer avec lui chaque jour. Au fond, en devenant disciple de Jésus, nous devenons ses compagnons de route et nous nous laissons conduire par lui. Paul dans le passage de la 1ère épître aux Corinthiens dit cela ainsi : « Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes. » Puissions-nous donc chaque jour nous éveiller en faisant nôtre la belle et simple prière de Samuel : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ! »

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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