Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

3e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Il est temps de nous convertir : même Dieu se convertit !

Après l’arrestation de Jean Baptiste, Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle de Dieu ; il disait :
« Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. »
Passant au bord du lac de Galilée, il vit Simon et son frère André en train de jeter leurs filets : c’étaient des pêcheurs.
Jésus leur dit : « Venez derrière moi. Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. »
Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent.
Un peu plus loin, Jésus vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient aussi dans leur barque et préparaient leurs filets.
Jésus les appela aussitôt. Alors, laissant dans la barque leur père avec ses ouvriers, ils partirent derrière lui.

Commentaire

Jonas a beaucoup marché pour se rendre à Ninive et pour traverser cette grande ville. Un jour, je me rendais à pied du couvent des dominicains au centre de la ville de Kigali, en compagnie d’un frère. Je lui ai proposé de prendre un raccourci à travers les champs. Mon sentier, hélas, aboutissait à une bergerie. Il nous était impossible de continuer. Nous avons fait alors ce que tout le monde aurait fait à notre place : demi-tour. Nous avons fait ce que la Bible appelle une « conversion ». Nous avons changé de route. Nous avons quitté le mauvais chemin pour en choisir un meilleur, capable de nous conduire vers le centre de la ville où nous allions.

Les trois passages de la Parole de Dieu de ce dimanche nous parlent de « conversion ». Dans nos existences, nous avons si souvent besoin de nous convertir, de changer de chemin, de nous engager sur un chemin qui mène à Dieu. Le prophète Jonas est envoyé par Dieu aux habitants de la grande ville assyrienne de Ninive. Aujourd’hui, c’est la ville de Mossoul, au nord de l’Iraq. Beaucoup de chrétiens y habitent, même si cela devient de plus en plus dangereux à cause des attentats meurtriers dont nous entendons parler presque quotidiennement dans les medias.

L’histoire de Jonas est pleine d’humour : tout le monde doit se convertir : Jonas, les gens de Ninive et même Dieu. La conversion est la condition pour que les chemins des hommes et ceux de Dieu puissent se rencontrer. Dieu demande à Jonas d’aller à Ninive… Et le voici qui prend la fuite et part à l’opposé… Survient une grande tempête, on le jette à la mer, il est avalé par le gros poisson… Dieu oblige Jonas à la conversion : sa route doit aller vers Ninive ! « Une deuxième fois », Dieu lui demande donc d’aller à Ninive pour y proclamer son message. A la suite de cette proclamation, voici que les habitants « croient au Seigneur » et se détournent de leur mauvais chemin : ils se convertissent. Et Dieu lui-même (selon le texte grec) décide de se convertir du mal dont il avait menacé les Ninivites.

En apparaissant, dans l’évangile de saint Marc, Jésus proclame : « Les temps sont accomplis, le règne de Dieu est là. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ». Jésus invite à la conversion. Il nous invite à opérer un changement de direction dans le chemin de nos vies. Cela est illustré par l’appel des quatre premiers disciples. À André et à Pierre, il dit : « Venez derrière moi… » Aussitôt, ils abandonnèrent leurs filets et ils le suivirent. Puis il appelle Jacques et Jean qui laissent leur père et « ils le suivirent ».

Pour saint Marc, le Règne de Dieu qui s’approche, c’est Jésus ; l’Évangile, c’est Jésus. Avec Jésus, le temps de la révélation est pleinement accompli. Il s’agit donc de nous tourner vers Jésus, de mettre nos pas dans les siens et de laisser nos routes pour marcher derrière lui, sur sa route à lui, « en suivant ses traces » (1P 2,21). Les premiers apôtres ont laissé leurs filets, leur famille, pour être avec Jésus. Ils ont cru en lui et ils ont mis leurs pas dans les siens : ils ont laissé leur route pour prendre la sienne. Ce que saint Marc nous dit des apôtres concerne chacun de nous. Il nous est impossible d’être disciple de Jésus si nous ne cherchons pas à suivre Jésus. La vie chrétienne est avant tout une route d’Emmaüs, une route avec Jésus, une route à la suite de Jésus.

Cette route peut nous conduire à quitter comme les apôtres ceux qui nous sont chers ou notre pays comme le fit Jonas. On voit bien dans l’histoire du prophète Jonas comme dans les évangiles qu’il est difficile d’être au service de Dieu et de son message. Jonas s’enfuit ! Pierre renie trois fois ! Les apôtres fuient devant le danger et se dispersent : aucun n’est présent au moment de la croix et c’est le Centurion romain qui confesse que « Celui-ci est vraiment le Fils de Dieu ».

Saint Paul nous rappelle dans la deuxième lecture que le monde dans lequel nous vivons est en train de disparaître. Le plus important est certainement de vivre en étant unis à Jésus : que nous soyons mariés ou célibataires, que nous soyons dans les épreuves ou dans la joie, que nous ayons des richesses ou que nous soyons pauvres, si nous sommes chrétiens, l’essentiel est d’être attachés avant tout au Christ en nous soutenant les uns les autres dans notre marche. Ne soyons pas trop préoccupés par nos filets au point de ne plus voir Jésus qui passe à nos côtés ! Attention de ne pas nous lamenter sur notre sort comme les deux disciples sur la route d’Emmaüs au point de ne pas reconnaître la présence de Jésus sur notre route !

En marchant vers le centre de la ville de Kigali, nous aurions pu nous entêter en cherchant à passer quand même en traversant la bergerie ; mais il fallait nous convertir et changer de chemin pour atteindre notre but. Viendra un jour où notre route nous amènera à la porte d’une autre Bergerie. C’est alors que le Seigneur Jésus, notre bon berger, nous ouvrira la porte. La route que nous aurons faite avec lui dans la foi nous permettra d’entrer dans cette Bergerie qui sera à la fois le terme et le but de notre marche comme de celle de tout croyant. Nous pouvons prier en ce dimanche, alors que nous sommes au cœur de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, pour que tous les chrétiens et toutes les Églises fassent les conversions nécessaires afin que nos routes puissent déjà se rencontrer et nous conduire vers l’unique Bergerie.

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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