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Psychologie de la salle de bain

Imprimer Par Caroline Pinet

Je n’avais jamais remarqué auparavant combien la décoration d’une maison nous révèle. J’ai d’ailleurs longtemps cru que notre maison n’était pas décorée! Pendant 23 ans, nos murs ont parfois changé de couleur. Mais ils ont surtout accueilli sur leurs pans des artistes de choix : de nombreux dessins de nos enfants jonchent les murs. Et les exposants sont toujours aussi fiers de leurs œuvres. Les comptoirs de cuisine sont pratiques, on y met ce dont on se sert souvent, sans trop se soucier si c’est décoratif. Puis au nombre de lits qu’il y a dans la maison, l’essentiel est de pouvoir dormir douillettement, bien au chaud.

En fouillant pour rénover certaines pièces de la maison qui avaient besoin de rafraîchissement j’y ai découvert tout un univers! La décoration révèle beaucoup plus qu’une image extérieure. Elle dit qui nous sommes. J’irais plus loin en affirmant qu’elle reflète dans quelle société nous vivons.

Ainsi, en choisissant des céramiques dans une boutique, on m’a demandé si c’était pour une salle de bain pour enfant. J’ai ainsi appris qu’il est de plus en plus courant (pour les gens ayant quelques moyens) de donner une salle de bain aux enfants. C’est d’ailleurs souvent assez joli.

J’ai également compris par les revues déco que la tendance salle de bain chez les couples est d’avoir chacun la sienne. Et si l’on est au désespoir de ne pas avoir assez de place pour s’offrir autant de salles de bain chez soi, on peut mettre un muret de séparation afin que chacun ait son côté de salle d’eau avec ses effets personnels.

Ce nouveau concept du vivre « ensemble » en dit long sur l’individualisme qui sévit aujourd’hui. L’intimité d’une famille n’est plus partagée, et chacun revendique son espace. Et on s’y habitue tôt, à l’âge même où l’on n’a rien demandé, on possède son espace.

Une minorité de couples décide de vivre chacun chez soi. Le phénomène se comprend facilement chez les couples recomposés qui ne veulent pas imposer une nouvelle vie conjugale comportant des enfants de part et d’autre à leur progéniture. Mais le phénomène est plus vaste, et maintenant, des individus épris de leur liberté désirent ne pas habiter ensemble. Chacun vit sa vie, et quand on a envie de partager un brin, on retrouve l’autre.

Ce mode de vie est incompatible avec la conception catholique du couple à laquelle l’Église nous appelle. En prenant l’ampleur de la dévastation de la vie commune dans la société, nous comprenons combien l’idéal conjugal de l’Église ne peut être entendu aujourd’hui. Comme couple chrétien, nous devons être vigilants afin de ne pas voir s’immiscer dans nos vies ces relents individualistes.

Bien entendu, le couple est d’abord formé de deux individus. Ce n’est pas un kolkhoze indifférencié sans droit individuel. Mais la tendance est lourde aujourd’hui à nous séparer dans chaque instant de notre quotidien. Le partage est à la base de notre vie conjugale catholique. C’est même une réunion à trois dans l’homme, la femme et Dieu. C’est paradoxalement dans cet amour partagé que l’on se ressource et que l’on devient à même de mieux rayonner comme individu.

Dans notre salle de bain, il faut parfois attendre notre tour à la maison. Et l’heure du brossage de dents est une heure de pointe où les fous rires peuvent se mêler aux râleries autour du lavabo, à la recherche d’un peu d’espace pour cracher. C’est la vie qui s’y partage et que nous construisons dans cet instant banal. Une interaction s’y passe et n’aurait pas lieu si nous étions chacun dans notre coin à ce moment. Vivre ensemble c’est faire surgir la vie au milieu de nous.

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