Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

29e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Dieu ne se laisse pas kidnapper

Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler.
Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens.
Donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? »
Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ?
Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’argent.
Il leur dit : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? –
De l’empereur César », répondirent-ils. Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

COMMENTAIRE

Deux idées fortes pour notre vie nous sont suggérées par la Parole de Dieu de ce dimanche. La première, c’est que nous ne devons jamais oublier que le Dieu qui se révèle dans la Bible est le Dieu de tous les hommes et de tous les peuples ; la deuxième, c’est que le culte que nous rendons à Dieu, loin d’être une évasion de la réalité de ce monde, nous provoque à nous investir dans les réalités sociales et économiques de notre société humaine.

Dans le passage d’Isaïe et dans l’évangile, il est fait allusion à deux personnages politiques importants de l’histoire et qui ne sont pas issus du peuple de Dieu : Cyrus, roi des Perses au 6e siècle avant Jésus, et César (Tibère) l’empereur romain au temps de Jésus. Si l’histoire de la révélation de Dieu s’est faite de manière privilégiée avec le tout petit peuple israélite, c’est toujours avec la présence en arrière plan des peuples païens : Cananéens au temps d’Abraham, Égyptiens au temps de Moïse, Philistins au temps de David, Assyriens, Babyloniens et Perses au temps de l’Exil, Romains au temps de Jésus et de l’Église naissante… En concentrant ses efforts sur un petit peuple avec lequel il noue des alliances privilégiées, Dieu n’oublie jamais les nombreux autres peuples. En Abraham, il annonce qu’il veut bénir toutes les nations. Moïse avait sauvé son peuple de l’esclavage de l’Égypte… Il choisit Cyrus pour le sauver de sa captivité babylonienne.

C’est dans ce contexte qu’Isaïe écrit l’oracle du Seigneur (1ère lecture) qui s’adresse au roi Cyrus : « Je t’ai appelé par ton nom alors que tu ne me connaissais pas. Je suis le Seigneur, il n’y en a pas d’autre : en dehors de moi, il n’y a pas de Dieu… il n’y a rien en dehors de moi ». A deux reprises il est dit : pas d’autre Seigneur que moi. Cette affirmation très forte du monothéisme date du milieu du 6e siècle avant Jésus (édit de Cyrus : 539). Pas d’autre Dieu que le Seigneur d’Abraham, de Moïse, de David, et donc de Jésus. Mais il est aussi le Dieu des étrangers, des peuples païens, des oppresseurs et des occupants comme des libérateurs.

Le don de l’Esprit-Saint le jour de la Pentecôte vient accomplir l’extraordinaire prophétie d’Isaïe. Le prophète avait annoncé au 6e siècle avant Jésus-Christ ce que Jésus accomplit dans sa Pâque : Il y avait à Jérusalem des hommes venus de toutes les nations qui sont sous le ciel, dit le texte des Actes des Apôtres, et on apprend qu’il y a même des Mésopotamiens, des Égyptiens et des Romains ! Chacun entend l’Évangile proclamé dans sa propre langue !

Comme le disent si bien les adversaires de Jésus dans l’évangile en s’adressant à lui : Tu enseignes le vrai chemin de Dieu et tu ne fais pas de différence entre les gens. Beaucoup de problèmes entre les peuples ont pour motif l’intolérance religieuse ou ethnique… Or, le projet de Dieu est de sauver tous les hommes : « Gloire à Dieu et paix sur la terre aux hommes qu’il aime » ; « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4) ; « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12,32).

Dieu ne nous appartient pas ; il est le Seigneur de tous les peuples et de tous les humains. Comme l’écrit Paul, Dieu veut être tout en tous (1Co 15,28). Le danger serait de se l’approprier contre les autres, d’en faire un instrument de défense. Tous les hommes peuvent l’invoquer et solliciter son aide. Il écoute la prière de tous ceux qui crient vers lui. C’est pourquoi certains slogans célèbres comme « Gott mit uns » ou d’autres semblables prononcés par exemple au moment de la guerre d’Iraq, d’un côté comme de l’autre, sont inacceptables car on ne peut revendiquer l’aide de Dieu contre quelqu’un d’autre. Dieu ne se laisse pas kidnapper ; il demeure le Dieu de tous !

Au piège tendu par les Pharisiens, Jésus répond qu’il convient de rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Il ne s’agit pas de choisir entre Dieu et César mais de pratiquer ce qui plaît à Dieu en accomplissant son devoir civique. Servir Dieu ne dispense donc pas de s’investir dans les réalités sociales et économiques de notre société. Les chrétiens se doivent de ne pas fuir la complexité de la réalité sociale. Le Fils de Dieu n’a pas fui le monde, il s’est incarné dans l’humanité de son temps et a dénoncé ce qui était mensonge, hypocrisie et injustice. Il s’est approché des pauvres, des malades et des pécheurs de toute sorte. C’est en eux qu’il a reconnu l’image de Dieu. Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, ce n’est pas seulement rendre un culte par la prière et la messe, mais par le service des hommes et des femmes de notre temps.

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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