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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Raison et sentiments : POUR L’AMOUR DE DIEU et TOUS LES SOLEILS

Imprimer Par Gilles Leblanc

« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » écrivait Blaise Pascal. Le cinéma fait une large place aux drames sentimentaux. Deux œuvres récentes ont suscité l’intérêt de bien des cinéphiles : TOUS LES SOLEILS du réalisateur Philippe Claudel traite d’un amour qui ne veut pas mourir tandis que dans le film POUR L’AMOUR DE DIEU, la Québécoise Micheline Lanctôt rappelle le coup de foudre, presque simultané, d’une adolescente, d’une religieuse et d’un prêtre.

POUR L’AMOUR DE DIEU

Avec ce film campé à l’époque de sa propre enfance, la comédienne et cinéaste Micheline Lanctôt (SONATINE, SUZIE) aborde un sujet, l’Église catholique d’avant la Révolution tranquille, pour en questionner respectueusement l’impact et l’héritage. Réflexion intelligente et sensible sur l’amour et la foi, doublé d’un plaidoyer discret contre le vœu de célibat, son neuvième long métrage repose sur un scénario parfois prévisible mais habilement découpé, produisant un crescendo efficace entre un prologue et un épilogue contemporains.

Montréal, fin des années 1950. Au grand dam de sa mère, l’adolescente Léonie passe le plus clair de son temps au couvent, auprès de sœur Cécile, son institutrice adorée, ou le nez plongé dans son journal intime. Sa rencontre avec le beau Malachy, un frère portoricain sur le point d’être ordonné prêtre dominicain, éveille en elle des sentiments inédits. Mais il y a plus grave: sœur Cécile n’est pas non plus indifférente au jeune homme, et réciproquement. Témoin à son corps défendant de l’amour interdit, quoique chaste, des deux religieux, Léonie, au comble de la jalousie, rumine en silence. Lorsque sœur Cécile, aveugle aux regards chargés de reproches de son élève, lui confie une lettre à remettre à Malachy, celle-ci en lit le contenu, la détruit et court se confesser.

Moteur dramatique, le motif du mensonge de l’enfant rappelle tour à tour THE CHILDREN’S HOUR et ATONEMENT. Des touches surréalistes discrètes montrant un Christ en chair et en os sont bien intégrées et constituent un contrepoint expressif à la mise en scène épurée, dont les compositions simples et belles possèdent par moments une réelle force d’évocation. Des interprètes investis, aux forces inégales toutefois, offrent un jeu émouvant.

TOUS LES SOLEILS

Après le poignant IL Y A LONGTEMPS QUE JE T’AIME, qui a lancé en beauté sa carrière de cinéaste, l’écrivain Philippe Claudel adopte un ton plus guilleret et détaché avec cette tranche de vie douce-amère centrée sur un veuf dynamique mais emmuré dans le passé.

Alessandro, un professeur de musique d’origine italienne établi à Strasbourg, partage son temps entre ses cours, ses concerts, son bénévolat auprès des malades, sa fille adolescente Irina, et son frère anarchiste Luigi, qui vit à ses crochets. Depuis près de 15 ans, Alessandro entretient le souvenir de son épouse décédée tragiquement. Mais le deuil prolongé de son père, ainsi que son amour étouffant pour elle, commence à peser à Irina. Avec la complicité de Luigi, elle l’inscrit à son insu dans un site de rencontres. Or, durant les funérailles de la vieille dame à qui il faisait la lecture, Alessandro fait la connaissance de Florence, la fille de la défunte, qui le trouble.

Une galerie de personnages attachants et contrastés donne au film son ambiance résolument enjouée. Ceux-ci sont défendus par une bande d’interprètes de divers horizons et générations, au sein de laquelle se démarquent le fougueux Stefano Accorsi et l’élégante Anouk Aimée en vieille dame très digne au seuil de la mort. Cela dit, l’ensemble n’est pas exempt de clichés, et certaines situations burlesques, souvent rattachées au personnage de l’anarchiste Luigi, semblent forcées. Mais cela ne gâche en rien le plaisir que procure cette célébration de l’amour, de la famille et de l’amitié fraternelle, ponctuée de citations littéraires et musicales.

Gilles Leblanc

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