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Le psalmiste

Le psaume 25 (24) : « Pardonne mes torts, car ils sont grands »

Imprimer Par Michel Gourgues

Aleph 1 Vers toi, Seigneur,
j’élève mon âme,
Beth 2 vers toi, mon Dieu. En toi je me confie, que je n’aie point honte,
que mes ennemis ne se rient de moi!
Ghimel 3 Pour qui espère en toi, point de honte,
mais honte à qui trahit sans raison.
Daleth 4 Fais-moi connaître, Seigneur, tes voies,
enseigne-moi tes sentiers.
Hé 5 Dirige-moi dans ta vérité, enseigne-moi,
c’est toi le Dieu de mon salut.
Wah En toi tout le jour j’espère
7c à cause de ta bonté, Seigneur.
Zaïn 6 Souviens-toi de ta tendresse, Seigneur,
de ton amour, car ils sont de toujours.
Heth 7 Ne te souviens pas des égarements de ma jeunesse,
mais de moi, selon ton amour souviens-toi!

*
Teth 8 Droiture et bonté que le Seigneur,
lui qui remet dans la voie les égarés,
Yod 9 qui dirige les humbles dans la justice,
qui enseigne aux malheureux sa voie.
Caph 10 Tous les sentiers du Seigneur sont amour et vérité
pour qui garde son alliance et ses préceptes.
Lamed 11 A cause de ton nom, Seigneur,
pardonne mes torts, car ils sont grands.
Mem 12 Est-il un homme qui craigne le Seigneur,
il le remet dans la voie qu’il faut prendre;
Nun 13 son âme habitera le bonheur,
sa lignée possédera la terre.
Samech 14 Le secret de Dieu est pour ceux qui le craignent,
son alliance, pour qu’ils aient la connaissance.

*
Aïn 15 Mes yeux sont fixés sur le Seigneur,
car il tire mes pieds du filet.
Phé 16 Tourne-toi vers moi, pitié pour moi,
solitaire et malheureux que je suis.
Çadé 17 Desserre l’angoisse de mon cœur,
hors de mes tourments tire-moi.
Qoph 18 Vois mon malheur et ma peine,
efface tous mes égarements.
Resh 19 Vois mes ennemis qui foisonnent,
de quelle haine violente ils me haïssent.
Shin 20 Garde mon âme, délivre-moi,
point de honte pour moi, tu es mon abri.
Taw 21 Qu’intégrité et droiture me protègent,
j’espère en toi, Seigneur.
22 Rachète Israël, ô Dieu,
de toutes ses angoisses.

(Traduction de la Bible de Jérusalem)

Nous voici devant le deuxième des huit psaumes qui, parmi les 150 du psautier, se présentent comme des « psaumes alphabétiques ».

De A à Z

Cela ressort du texte tel qu’il est reproduit ci-dessus, où la numérotation des versets est précédée de la lettre de l’alphabet hébreu par laquelle commence le premier mot de chacun. C’est ainsi que, dans ces psaumes, les invocations, les énoncés ou les proclamations, selon les cas, s’enchaînent et se succèdent selon l’ordre des 22 lettres de l’alphabet hébreu, de aleph jusqu’à taw, le correspondant « de A à Z » dans notre alphabet. Le seul verset à faire exception dans notre psaume est le v. 22. En faisant intervenir une supplication collective, ce verset final, souvent considéré comme une addition, détonne encore par rapport au reste du psaume où la prière possède un caractère individuel.

Si l’on considère encore les choses de plus près, on constate que les lettres de l’alphabet se répartissent à peu près également selon trois blocs ou trois ensembles qui dessinent la structure du psaume. Aux huit premières lettres, de aleph jusqu’à heth (versets 1-7), correspond une section en « tu », à la deuxième personne du singulier, où le croyant adresse sa prière à Dieu : « toi mon Dieu ». Aux sept lettres suivantes, de teth à samech (versets 8-14), correspond une section en « il », à la troisième personne du singulier, où le priant fait part de ses convictions concernant le visage et les attitudes de Dieu qui lui permettent de s’adresser à lui avec confiance : « Le secret de Dieu est pour ceux qui le craignent… ». Au cœur de cette deuxième section, le v. 11 est le seul à se présenter à la deuxième personne comme dans le premier volet : « À cause de ton nom, Seigneur… ». Dans la troisième section, dont les versets commencent par les sept dernières lettres de l’alphabet, de aïn à taw (versets 15-21), on retrouve, comme dans le premier volet, le « tu » de la prière adressée à Dieu : « J’espère en toi, Seigneur, tourne-toi vers moi… »

Ainsi, le psaume n’est proprement prière ou cri vers Dieu que dans la première (versets 1-7) et la dernière (versets 15-21) sections. Entre les deux, dans la section centrale (versets 8-14), il relève, selon les catégories habituelles, du genre didactique.

Le cri d’un égaré

« Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme ». À ne considérer que cette formule initiale du psaume (v. 1), on pourrait y voir la prière désintéressée d’un spirituel ou d’un mystique, qui ne demande rien pour lui-même, sinon de grandir dans la connaissance et dans l’amour de son Dieu. Un peu comme dans le psaume 63 par exemple : « Dieu, toi mon Dieu, je te cherche dès l’aurore, mon âme a soif de toi. »

Mais tel n’est pas le cas, la suite a tôt fait de le manifester. Dans le premier volet (versets 1-7), en effet, à la suite de la proclamation initiale, se pressent pas moins de sept impératifs d’affilée : « fais-moi connaître tes voies », « enseigne-moi tes sentiers » (v. 4); « dirige-moi », « enseigne-moi » (v. 6); « souviens-toi de ta tendresse », « ne te souviens pas de mes égarements », « souviens-toi de moi » (v. 7). Lorsque recommence la supplication, dans le troisième volet (versets 15-21), les impératifs reviennent, plus nombreux encore, et tous en rapport avec l’expérience personnelle du priant. En voilà neuf cette fois : « tourne-toi vers moi », « aie pitié de moi » (v. 16); « desserre l’angoisse de mon cœur », « hors de mes tourments tire-moi » (v. 17); « vois mon malheur », « efface mes égarements » (v. 18); « vois mes ennemis » (v. 19); « garde mon âme », « délivre-moi » (v. 20).

Cette simple énumération permet déjà d’entrevoir la situation à partir de laquelle surgit le cri vers Dieu. Non, ce cri n’a rien de la prière désintéressée du mystique. C’est au contraire celui d’un pécheur qui compte sur Dieu pour le tirer de sa misère. Par trois fois, une fois dans chacun des trois volets, il reconnaît sa faute. « Ne te souviens pas des égarements de ma jeunesse », supplie-t-il tout d’abord (v. 7). « Pardonne mes torts car ils sont grands », confesse-t-il ensuite (v. 11). « Efface tous mes égarements », répète-t-il enfin (v. 18).

« Desserre l’angoisse de mon cœur »

Puisqu’il se compare ainsi à un égaré, ce qu’il demande à Dieu, en le suppliant de l’exaucer (v. 2-3) et de lui pardonner (v. 6-7), c’est de le remettre sur le bon chemin. Le chemin, le sentier, la voie. L’image revient à trois reprises au cœur du premier volet, exprimant à elle seule l’aspiration essentielle qui traverse tout le psaume : « Fais-moi connaître, Seigneur, tes voies, enseigne-moi tes sentiers, dirige-moi (en hébreu, littéralement : « fais-moi cheminer ») dans la vérité » (v. 4-5). Ainsi donc, dans un premier temps, la supplication du pécheur l’amène à se tourner vers Dieu en lui faisant part de son désir de réorienter sa vie et de retrouver le bon chemin. C’est le volet 1, aux versets 1-7.

Dans un second temps, lorsqu’il reprend sa supplication et se tourne de nouveau vers Dieu, le pécheur fait davantage part de ce qu’il éprouve, de l’expérience de misère et de désolation que lui vaut son égarement. C’est le volet 3, aux versets 15-21. Le sentiment de malheur et la solitude (v. 16), l’angoisse et les tourments (v. 17), la détresse et la peine (v. 18), tout y passe. Sans identifier expressément sa faute, il laisse entendre qu’elle a affecté gravement quelqu’un d’autre, en tout cas qu’elle lui a valu quantité d’ennemis, devenus haineux et agressifs à son égard (v. 19), ce qui ajoute encore à la souffrance dont il veut être libéré en même temps que du poids de son péché (v. 15 et v. 20-21). Au ravage intérieur que lui cause ce dernier, s’ajoute encore une réprobation extérieure aussi difficile à supporter.

Malgré tout, la confiance

Conscient de son péché, tourmenté, déçu de lui-même et décevant pour les autres, ce croyant ne désespère pas. Dieu, du moins, le recevra. Il sait qu’il peut se tourner vers lui avec confiance.

C’est cette conviction qu’il exprime dans le volet central (v. 8-14). S’il est pécheur, s’il se sait fragile, il reste croyant, il est toujours de ceux qui craignent le Seigneur (v. 12 et v. 14) et qui aspirent à conformer leur vie à son vouloir (v. 10). Ce qui frappe, c’est qu’il n’exprime pas de résolution de se convertir lui-même. Pour cela, il compte sur Dieu : c’est lui, répète-t-il, qui remet dans la voie les égarés : « Est-il un homme qui craigne le Seigneur, il le remet dans la voie qu’il faut prendre » (v. 12) Le voilà qui, à cinq reprises, reprend les images du chemin (v. 9), de la voie (v. 8, 9 et 12) et des sentiers du Seigneur (v. 10). Nulle part, il ne formule l’espoir de retrouver par lui-même ce chemin dont il s’est égaré. Ce qu’il demande, comme s’il se sentait incapable de revenir seul, c’est que Dieu le remette sur le bon chemin, qu’il le tire de son égarement.

On croit entendre Jérémie : « Guéris-moi, Yahvé, que je sois guéri ! Sauve-moi que je sois sauvé! » (Jr 17,14). « Droiture et bonté que le Seigneur, lui qui remet dans la voie les égarés » (v. 8) : convertis-moi que je me convertisse!

fr. Michel GOURGUES, o.p.

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