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Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

23e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Aidons-nous les uns les autres à nous convertir

Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère.
S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins.
S’il refuse de les écouter, dis-le à la communauté de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain.
Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.
Encore une fois, je vous le dis : si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux.
Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »

COMMENTAIRE

Un jour, à la frontière d’un pays d’Afrique, je me trouvais au guichet pour faire visionner mon passeport. Soudain, un chauffeur de camion est entré dans le bureau et a déposé ses documents sur la table. Il a aussi glissé un billet dans la main du policier qui a mis immédiatement le tampon sur les documents du camionneur…

Ne sommes-nous pas trop souvent complices du mal sous toutes ses formes ? On peut être complices de différentes manières. Principalement par notre silence ! Ce jour-là, évidemment, je n’ai rien dit parce qu’il est probable que j’aurais eu des problèmes pour obtenir mon passeport avec le tampon d’entrée dans le pays ! Notre silence nous rend souvent complices des injustices et des comportements inacceptables.

On tolère beaucoup de choses parce qu’on pense qu’on ne peut rien faire contre, ou parce qu’on ne veut pas d’ennuis avec nos proches. On est complice en ne voulant pas voir, en faisant semblant de ne pas voir. Est-ce que cela est normal ? Bien sûr que non ! Est-ce que cela est acceptable pour un chrétien ? Encore moins !

Les textes d’aujourd’hui viennent nous réveiller en un domaine où nous sommes rarement purs des magouilles et des processus de corruption de toutes sortes. Le texte du prophète Ézéchiel nous met clairement en garde : si tu ne fais pas attention à ton frère, si tu ne le reprends pas quand ce qu’il fait n’est pas bien, alors non seulement tu ne lui rends pas service, mais toi-même tu deviens complice et donc responsable du mal… Même si je ne fais rien de mal, si je ne dénonce pas le mal que je vois, alors j’en suis aussi responsable !

Saint Paul veut nous faire comprendre dans le petit passage de l’épître aux Romains qu’il ne suffit pas de respecter les commandements : de ne pas commettre l’adultère, de ne pas voler, de ne pas convoiter le bien des autres. Il s’agit d’aimer son prochain. C’est en aimant son prochain que l’on agit bien ; c’est pourquoi Paul écrit : « L’amour ne peut rien faire de mal ». Paul donne, à sa manière, la clé de compréhension de l’évangile d’aujourd’hui qu’on pourrait résumer ainsi : si tu aimes vraiment ton frère comme le Seigneur te le demande, alors tu ne peux pas le laisser mal agir sans rien lui dire. Si tu aimes vraiment ton frère, tu te dois de désapprouver ce qu’il fait de mal. Il ne s’agit pas de le contraindre. Est-ce que Jésus a une seule fois contraint quelqu’un à abandonner sa conduite mauvaise ? La stratégie de Jésus consiste avant tout à aimer celui qui vient à lui ; mais il dénonce aussi ce qui est mal et invite à changer de conduite.

Chacun est invité à s’interroger dans son cœur pour faire la lumière, et cela de deux manières. Premièrement, en faisant un véritable examen de conscience en acceptant de voir en face mes propres comportements mauvais : est-ce que j’ai des manières de faire que mes proches seraient en droit de me reprocher ? Deuxièmement, en me demandant si je suis complice, par mon silence, des comportements inacceptables de gens qui me sont proches.

Dans notre communauté chrétienne, osons peut-être mieux nous aider les uns les autres, fraternellement, à changer nos mauvaises façons de vivre et d’agir, en commençant d’abord par nous-mêmes. Dans l’évangile, Jésus nous demande d’agir confidentiellement les uns vis-à-vis des autres, par amitié, par amour fraternel. Il nous demande aussi, si cela est nécessaire, d’agir avec des représentants de la communauté. C’est ici nettement plus délicat. D’une certaine façon, le sacrement de la réconciliation est à comprendre dans cette perspective. Le prêtre représente la communauté. Il agit certes au nom de Dieu en pardonnant mes péchés mais il agit aussi au nom de l’Église en me réconciliant avec toute la communauté, avec mes frères. Le prêtre n’est pas là pour me juger mais pour m’aider à changer mes mauvaises manières de faire et pour m’assurer de l’aide du Seigneur.

Évitons surtout de porter un regard de jugement sévère et accusateur sur nos proches, même s’ils nous déçoivent. Ce dont nous avons tous besoin, ce n’est ni d’un silence complice ou indifférent, ni d’un regard qui accuse ou condamne, mais d’un regard qui aime et qui pardonne. Par notre façon de faire, nous pouvons libérer quelqu’un ou l’enfermer dans son péché. Il n’y a rien de plus admirable que la conduite de Jésus avec la femme adultère : « Je ne te condamne pas, va et désormais ne pèche plus ! » (Jn 8,11).

Dans la prière d’ouverture de la messe nous disons à Dieu : « Toi qui as envoyé ton Fils pour nous sauver et pour faire de nous tes enfants d’adoption, regarde avec bonté ceux que tu aimes comme un Père… » Parce que nous sommes tous des enfants du Père, nous sommes tous frères. C’est cette fraternité vécue qui rend Jésus présent au milieu de nous : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». Or la prière de la messe se termine par ces mots : « accorde-nous la vraie liberté et la vie éternelle. » Que le Seigneur nous accorde d’avoir entre nous une « vraie liberté » qui nous permette de vivre dès maintenant cette fraternité que nous vivrons dans « la vie éternelle ».

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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