Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

14e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Jésus nous a appris à prier

En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.
Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bonté.
Tout m’a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.
Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos.
Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

COMMENTAIRE

Jésus nous a appris à prier en disant « Notre Père… » (Mt 6,9). Nous disons cette prière chaque jour et à chaque eucharistie. Pourtant, prier Dieu ainsi n’est pas si normal que cela. Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus prie en disant : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange! » C’est parce que Jésus a prié Dieu en l’appelant « Père » que nous pouvons le prier en disant « notre Père ». Il est probable que Jésus priait en araméen et disait : « Abba » comme le plus ancien des évangiles en garde la trace (Mc 14,36) ; ce mot veut dire « Papa ». C’est le mot d’un enfant qui s’adresse à son père. Le prêtre dit à la messe : « Comme nous l’avons appris du Sauveur et selon son commandement, nous osons dire : notre Père… » Si nous « osons » prier ainsi, c’est simplement parce que Jésus nous a demandé de prier comme lui!

Selon notre foi chrétienne, Jésus est à la fois Dieu et homme. Dans le Credo, nous disons qu’il est le « Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles » et qu’« il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme ». L’homme Jésus a une relation toute particulière à Dieu qu’il appelle son Père. Quand Jésus prie en disant « Père », il emploie le titre qui exprime son statut divin de Fils. Quand il nous demande de prier à sa suite en disant « Père », il nous introduit donc dans la relation mystérieuse qui unit le Père et le Fils dans la Trinité.

Pour pouvoir oser dire « Père » comme Jésus, nous devons recevoir l’Esprit-Saint qui est le lien entre le Père et le Fils et qui peut nous unir véritablement au Père et au Fils. Par rapport à Dieu, et grâce à Jésus, nous sommes devenus des « enfants de Dieu », bien-aimés du Père céleste. C’est ce que saint Paul écrit dans la lettre aux Romains : nous avons reçu « un Esprit qui fait de nous des fils adoptifs et par lequel nous crions : Abba, Père! » (Rm 8,15) ; et de même dans la lettre aux Galates : « la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père! » (Ga 4,6). Saint Paul a exprimé par ces mots une grande nouveauté du christianisme. Dieu n’est pas pour l’homme un être lointain, tout puissant et redoutable dont il faudrait avoir peur parce qu’il pourrait nous détruire. Jésus nous révèle que Dieu aime les hommes et veut les accueillir et les rassembler comme un père rassemble ses enfants autour de lui dans sa maison. On lit dans l’épître à Tite que Dieu nous a sauvés par « bonté et philanthropie » (Tite 3,4).

N’ayons surtout pas peur de Dieu. Il est notre Père et nous sommes ses enfants! Récemment, je rendais visite à un ami. J’ai admiré cette connivence qui existe entre lui et son fils. L’enfant connaît son père, il sait quand il peut jouer et rire avec lui ; il sait aussi faire attention à ses avertissements et obéir quand c’est le moment ; il fait confiance et entre volontiers dans les projets de vacances qui ont été préparés par son père… Le fils a une relation toute particulière à son père et il apprend à lui faire une grande confiance, car il sait qu’auprès de lui il trouvera l’affection et l’accueil qui lui permettent de vivre.

Aimons Dieu comme l’enfant aime son père. Un enfant revient vers son père, même s’il a été grondé. Souvenons-nous toujours de l’extraordinaire parabole de l’enfant prodigue et de cet accueil sans aucun reproche que fait le père à son fils! Dieu est bon et bienfaiteur pour ses enfants, surtout les petits, les humbles et les pauvres. C’est aux petits que Dieu révèle son mystère! Ce sont les pauvres qui sont proclamés bienheureux! Le petit et le pauvre, dans la Bible, c’est celui qui ne compte pas sur lui-même pour s’en sortir, mais qui s’en remet à Dieu seul, comme Jésus : « Père entre tes mains je remets ma vie » (Lc 23,46). Dieu n’aime pas les orgueilleux et les grands ; Marie chante dans son « Magnificat » que Dieu renverse les puissants de leurs trônes (Lc 1,51-52)! Il préfère la compagnie des doux et des humbles et c’est pourquoi ils sont « bienheureux » (Mt 5,3-4).

Un enfant sait qu’il peut donner la main à son père et il se laisse guider. Avec son père, il est en sécurité. Et si nous avons fait l’expérience douloureuse de l’absence ou de l’abandon de notre père terrestre, découvrons que nous avons un Père tout autre. Comme dit si bien le psaume : « si mon père et ma mère m’abandonne, le Seigneur me reçoit! » (Ps 27,10). Être croyant, c’est savoir que nous avons un Père indéfectible et sûr à qui nous pouvons dire en toute confiance : « ta main me conduit, ta droite me saisit » (Ps 138,10) ; je sais chaque jour dès que je m’éveille que « je suis avec toi! » (Ps 138,18) et ma première parole est de te dire avec mes frères : « notre Père… ».

Jésus, notre grand frère, est « doux et humble de cœur »! Il fait ce que le Père lui demande. Il nous apprend à être des enfants de Dieu en nous laissant conduire par l’Esprit qui habite en nous, à louer Dieu avec confiance en lui confiant nos lourds fardeaux : il est notre grand frère à qui notre Père a confié la mission de devenir « l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8,29) et de « rassembler tous les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52)!

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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