Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Psaume 100 (99) Action de grâces car Dieu nous aime !

Imprimer Par Christian Eeckhout

Psaume. Pour l’action de grâces.
Acclamez Yahvé, toute la terre,

2. servez Yahvé dans l’allégresse,
venez à lui avec des chants de joie!

3. Sachez-le, c’est Yahvé qui est Dieu,
il nous a faits et nous sommes à lui,
son peuple et le troupeau de son bercail.

4. Venez à ses portiques en rendant grâce,
à ses parvis en chantant louange,
rendez-lui grâce, bénissez son nom!

5. Il est bon, Yahvé, éternel est son amour,
et d’âge en âge, sa vérité.
© Cerf 1997

La structure du Psaume

La prière formée de quatre nominations de Dieu « YHWH » (aux versets 1-3 et 5) auxquelles s’ajoutent la bénédiction du « nom » divin et sept impératifs (répartis sur les versets 1b-3a et 4) apparaît d’emblée comme une suite d’appels à l’ensemble de la terre en vue de reconnaître l’être divin et la qualité de notre relation à Lui, le Seigneur unique et transcendant qui se révèle dans l’histoire.

Après le titre, l’hymne présente une structure en diptyque assez aisément repérable (1b-3c et 4a-5b) dès lors que l’on remarque les propriétés attribuées à Dieu : son être créateur (au v. 3) et sa bonté, avec amour éternel (ou loyauté) et vérité permanente (ou fidélité), au v. 5. Si au centre se trouvent mentionnés « YHWH et nous », c’est que la relation d’alliance avec ses créatures (son peuple et le bétail du pasteur) est importante au niveau de la compréhension de l’appartenance des créatures au Créateur. Et cette alliance est complétée par la motivation de la bonté divine envers les générations successives.

On peut en outre découvrir la structure de l’hymne en regardant l’aspect historique implicite, car l’évolution dans le temps de la création y est exprimée : d’une part, l’acclamation et le service présent (vv. 1-2) sont motivés par une considération sur le passé « il nous a faits » (v.3b); et d’autre part l’action de grâce avec louange et bénédiction présente (v. 4) est motivée par une considération sur le futur « d’âge en âge » (v. 5b).

À celui qui voudra psalmodier ce bref hymne en langue hébraïque, les rimes et sonorités viendront en aide pour repérer le mouvement balancé et l’unité littéraire de l’exhortation cultuelle.

L’esprit du Psaume

Vu la structure ainsi repérée, on peut déjà dire que la louange dans le culte actuel du peuple de Dieu s’envisage ici d’un point de vue universel (« toute la terre » v. 1b), du lointain passé des origines des créatures (v. 3) jusqu’à l’avenir, dans l’éternité de Dieu (v. 5). Mais nous voyons que cette louange comporte encore trois caractéristiques. D’abord, elle se manifeste par l’ « allégresse » (v. 2a) et la « joie » (v. 2b), exprimée sous forme de chants ou de cris joyeux. Ensuite, elle se fait avec un mouvement de déplacement : « venez » qui est répété (vv. 2b, 4a), invitant à aller à Dieu, à le servir (v. 2) et précisément en son lieu de culte : « ses portiques et ses parvis » c’est-à-dire devant le Temple de Jérusalem, comme lorsqu’il s’agissait d’offrir des sacrifies de communion (cf. Lv 7,11-12). Finalement la louange (v. 4b) a un double contenu : celui de connaissance : « Sachez-le » (v. 3a) et d’« action de grâce », deux fois mentionnée (v. 4a, 4c). Celle-ci prend sa source dans le « nom » de Dieu, c’est-à-dire sa personne, tout son être éternel, face à nous qui sommes ses créatures, dont il est l’auteur unique par débordement de son amour. La vivacité de l’animation des fidèles est réelle et collective comme le montre le pluriel employé dans les sept impératifs des versets 1 à 4. En conséquence nous pouvons suggérer que connaissance de Dieu et reconnaissance de la part de son peuple vont de pair, se confortant l’une l’autre.

En relisant comment Dieu lui-même révéla au prophète Jérémie (Jr 33,2.11) une promesse de restauration de Jérusalem, nous comprenons que la joie exprimée par des cris et des chants au v. 2 et les sacrifices d’actions de grâces apportées au Temple de YHWH (cf. v.4) proviennent en même temps de cette bonté de Dieu et de son amour éternel. Nombreux sont les psaumes qui le rappellent. Ainsi le Ps 136(135),1 et 138(137),8 alors que le peuple exilé à Babylone s’y refuse (cf. Ps 137(136), 3-4).

Relecture évangélique

Au disciple « nul n’enlèvera sa joie » dira Jésus dans son témoignage aux disciples réunis au Cénacle (cf. Jn 16,22d) Bien plus, avec le Christ advenu à son heure de gloire au milieu des hommes, cette joie sera messianique, complète (Is 66,14 ; Jn 14,28c ; 15,11 ; 17,13c) ! Et elle est motivée non plus par la création terrestre, mais par la recréation totale rendue visible, explicite à travers la résurrection de Jésus sorti du tombeau, révélée en premier aux saintes femmes (Mt 28,8), puis aux disciples (Jn 20,20).

Nous sommes ses créatures : il en est l’auteur, « le premier et encore avec les derniers » (Is 41,4 ; cf. 44,6 ; 48,12), « l’alpha et l’oméga » (Ap 1,8.17).

Mais désormais Jésus nous dit – comme à la Samaritaine – que le culte d’adoration dû à Dieu le Père ne se fait plus exclusivement « ni sur cette montagne, ni à Jérusalem» (Jn 4,21b), mais « en esprit et en vérité » (Jn 4,23c, 24c). Désormais le culte spirituel d’action de grâce est communautaire et célébré « en sa mémoire » (Lc 22,19d ; 1 Co 1,24d) car il s’est donné à nous tout entier pour nous attirer résolument à lui, afin de former en lui un seul corps et un seul esprit. Le psalmiste y met en germe une « riche profession de foi », comme note à juste titre Marc Girard dans Les Psaumes redécouverts. De la structure au sens, t. II, Bellarmin, Montréal 1994, p. 621.

Dans la liturgie de l’Église

Si la lettre de saint Paul aux chrétiens de Colosses les pressa par cette exhortation : « Vivez dans l’action de grâces. » (Col 3,15c), la liturgie de l’Église propose le Psaume 100 d’action de grâce à Dieu comme invitatoire, comme une entrée en prière comme introduction au premier office du jour et aussi chaque vendredi matin de la première et troisième semaine. Pour la liturgie de la Parole, ce psaume commun du temps ordinaire est présenté à six reprises : le jeudi de la 8e, le vendredi de la 22e, le mardi et le vendredi de la 24e, le lundi de la 29e et le jeudi de la 34e semaine. Il est également inscrit à la fête des saints évêques Augustin (28 août) et Clément (23 novembre). Il convient encore de le psalmodier au temps de Noël le 5 janvier et le 4e Dimanche de Pâques.

Christian Eeckhout o.p.

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