Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

32e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Imprimer Par Daniel Cadrin

L’espérance d’une vie transformée

Des sadducéens – ceux qui prétendent qu’il n’y a pas de résurrection – vinrent trouver Jésus, et ils l’interrogèrent : « Maître, Moïse nous a donné cette loi : Si un homme a un frère marié mais qui meurt sans enfant, qu’il épouse la veuve pour donner une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme, de qui sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour femme ? »
Jésus répond : « Les enfants de ce monde se marient. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont fils de Dieu, en étant héritiers de la résurrection. Quant à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui. »

COMMENTAIRE

Bien des gens s’interrogent aujourd’hui sur l’au-delà et se sentent confus face à cette question. Notre vie s’achève-t-elle avec la mort ? Qu’arrive-t-il aux défunts ? Que pouvons-nous espérer ? Des réponses diverses sont offertes sur la place, venant d’horizons religieux différents : l’immortalité de l’âme, le néant, la réincarnation, la fusion dans l’Énergie cosmique, etc. Comme chrétiens, quelle est notre espérance ? Suffit-¬il de croire en une survie, qu’elle qu’en soit le genre?

L’Évangile de Luc de ce dimanche ne répond pas à toutes nos questions sur ce sujet mais il nous rappelle des éléments essentiels de notre espérance. Les Sadducéens (20, 27-28) ne croyaient pas à la résurrection des morts : cette idée leur semblait trop nouvelle et non fondée dans l’Écriture. Dans une controverse avec Jésus, ils lui proposent, comme objection à la résurrection, le cas de la femme aux sept maris ; cela nous permet de mieux voir les positions de Jésus. Comme les Pharisiens, Jésus affirme la résurrection des morts. Sa conviction repose sur l’Écriture et sa foi en la puissance de Dieu (20, 37-38). C’est là encore aujourd’hui le coeur de l’espérance chrétienne : notre foi en la résurrection est d’abord foi au Dieu d’Abraham, le Dieu des vivants, dont la puissance d’Amour est si grande qu’il ne nous abandonnera pas à la mort. Et la suite de l’Évangile (passion-résurrection de Jésus lui-même) nous annonce cette bonne nouvelle.

Mais comment cela se fera-t-il ? Comment imaginer cette vie nouvelle ? C’est à cette question que Jésus répond dans les versets 34-36. Justement, ce sera du neuf, et non une vie semblable à celle d’aujourd’hui, ou une simple réanimation de cadavres. Ce sera autre chose, une condition nouvelle (ni femme, ni mari), une vie qui va durer (comme les anges, nous serons immortels), une vie avec Dieu qui nous donnera en héritage (fils de Dieu) sa vie elle-même. Ainsi, en ce texte, Luc nous dit l’essentiel : la foi au Dieu des vivants et l’espérance d’une vie transformée.

Le Nouveau Testament n’abonde pas en détails pittoresques et excitants sur l’au¬-delà. La sobriété y est plutôt de mise. Et cela même est une invitation à ne pas nous perdre dans une recherche anxieuse de précisions inaccessibles, ou dans les projections en couleurs d’un imaginaire débridé. L’Évangile se vit dans l’aujourd’hui, thème cher à Luc ; et cet engagement trouve sa source dans une confiance profonde au Dieu de Jésus, le Miséricordieux, qui promet une vie sans fin à tout notre être, unique, au-delà de nos limites actuelles. Car ce Dieu n’est pas un comptable impitoyable absorbé dans ses calculs de mérites et de karma, ni une machine anonyme indifférente à la condition humaine, ni un Océan confus dans lequel noyer nos identités.

Nous sommes confrontés, ces temps-ci, à de multiples perspectives sur l’au-delà. Elles ne sont pas toutes compatibles avec la foi au Dieu de Jésus, avec l’espérance de la résurrection et avec la sobriété des perspectives bibliques. Quelle est notre espérance ? Luc nous invite au discernement et à la confiance.

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