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À l’aube de la vérité

Imprimer Par Denis Gagnon

Au cours de la semaine dernière, la Liturgie des heures m’a lancé une question : «Qui nous fera comprendre pourquoi l’homme peine à chercher sans jamais atteindre?» (Office des lectures du mardi de la 34e semaine) La question résume des milliers de questions qui nous taraudent depuis notre tout jeune âge.

Une scène de mon enfance reste gravée dans ma mémoire. J’étais en compagnie de mon père dans la cuisine familiale. Pour satisfaire ma curiosité, je bombardais le paternel de questions de toute sorte. Patiemment, mon père déversait sa science dans la tête de son fiston. Soudain, une de mes questions resta en suspens. La réponse ne venait pas. Après un silence qui me sembla une éternité, papa se pencha vers moi et, doucement, me dit : «Papa ne sait pas tout!» Alors, la tempête s’est soulevée dans mon esprit. Le cœur a chaviré. L’angoisse me pinça l’intelligence : si papa ne sait pas tout, que je me suis dit, qui va me révéler ce qu’il ne sait pas?

Un autre jour, c’est à ma mère que je demandai un éclairage : existe-t-il un livre qui contienne toutes les connaissances du monde? Du haut de ses quatre années d’école, ma mère répondit : «Ça doit pas exister.» Puis, au bout d’un moment, elle ajouta : «Saint Thomas d’Aquin a peut-être écrit un livre qui contient toutes les connaissances… peut-être… peut-être.» Les «peut-être» de ma mère signifiaient qu’elle avait de gros doutes. Et j’en conclus que le précieux bouquin n’existait pas.

Ainsi donc, mes premiers maîtres à penser m’ont appris que je n’arriverais pas à épuiser toute la science au cours de ma trop brève vie. Indirectement, ils m’ont révélé une vérité essentielle : je nourris ma vie de questions de ma naissance jusqu’à ma mort. Les questions me font avancer comme la carotte fait avancer l’âne. Je grandis en me haussant d’une question à l’autre.

Le brillant saint Thomas d’Aquin, dont ma mère faisait allusion, me semble un exemple de l’importance des questions. Dans ses ouvrages parvenus jusqu’à nous à travers les siècles, les questions sont nombreuses et elles sont toujours au point de départ de sa réflexion. Et sa réflexion s’ouvre toujours sur de nouvelles questions.

Des questions, des doutes, il nous en faut pour avancer vers la lumière. Pas trop de certitudes, beaucoup d’ouverture devant l’inconnu. Plus nous avançons dans notre réflexion et nos recherches, plus les questions surgissent. Les vrais grands savants sont davantage conscients de leur ignorance. Et ceux qui affirment fortement leurs certitudes ne possèdent en fait qu’un petit bagage.

Que je me trouve devant le mystère de l’être humain ou devant celui de Dieu, c’est lentement, très lentement, que le voile se lève. Au soir de ma vie, je serai encore à l’aube de la vérité.

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