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La terre vient d’accoucher…

Imprimer Par Denis Gagnon

Les yeux rivés sur la télé, des millions de personnes ont suivi le sauvetage de trente-deux chiliens et d’un bolivien. Copiaco, dans le désert d’Atamaca au nord du Chili, a fait le tour du monde en quelques heures. On pouvait tout suivre depuis le travail des techniciens et des journalistes à la surface jusqu’aux prisonniers à sept cents mètres sous terre. L’événement était émouvant non seulement pour les mineurs et leurs proches, mais aussi pour tous les terriens qui assistaient à la remontée de ces hommes.

Des hommes tout simples, sans histoire assez originale pour devenir les héros de téléroman ou pour mériter quelques lignes dans un journal chilien. Des vies ordinaires, et pourtant…

Durant plus de deux mois, trente-trois hommes vivent dans le ventre de la terre, dans une bulle d’air sous des milliers de tonnes de boue et de roche. Ils partagent parcimonieusement leurs boites à lunch et boivent l’eau qui ruisselle dans leur sombre réduit.

Ces prisonniers de la terre partagent surtout leur courage. Certains découvrent la sérénité. D’autres se laissent gagner par la peur. Ils sont ensemble, c’est le principal. La camaraderie devient vite une fraternité. Dès qu’on réussit à entrer en communication avec eux jusqu’à leur sortie spectaculaire, des ondes de solidarités traversent la planète pour les rejoindre et les soutenir.

La mort a frôlé ces mineurs. Enterrés vivants, promis à la mort! Rien de moins! L’agonie à petit feu les attendait… Pendant plus de deux mois, ces hommes ont réappris à vivre. Plus durement encore qu’un séjour de purification au désert, plus radicalement qu’un noviciat de chartreux, leur temps sous terre les a transformés. À leur sortie de la nacelle, on parlait de résurrection.

Et maintenant, il reste la suite de l’aventure, le «post-partum». Quel époux rentre à la maison avec quelle épouse? Quel jeune adulte retrouve quels parents? Tous ont changé dans cette affaire, les mineurs comme leurs proches. Faudra-t-il réapprendre à vivre ensemble? Faudra-t-il s’apprivoiser de nouveau? Reprendre les fréquentations? Se rechoisir?

Comme une mère qui allaite son enfant, la terre nourrit ceux et celles qui la peuple depuis des milliers d’années. L’automne, avec ses moissons et ses récoltes, rappelle la générosité maternelle de la terre. Mais voilà que la planète fait davantage : la terre accouche de trente-trois hommes, et peut-être des milliers d’autres. Naissance! Une seconde naissance après vingt-cinq, quarante, cinquante-trois, soixante-deux ans d’une autre vie!

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