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Automne, mon frère

Imprimer Par Denis Gagnon

Samedi dernier, il faisait un soleil radieux et, radieusement, j’ai traversé une partie des Laurentides québécoises. Le paysage se déployait dans toute sa splendeur. J’habite un coin de la terre où la nature aime se métamorphoser, un véritable petit paradis plein de créativité, un kaléidoscope de couleurs. On le croirait vaniteux mais ce jardin laisse étaler tout simplement ses trésors. Si ses printemps m’émeuvent quand ils s’habillent de couleurs tendres, ses automnes aux tons chauds et très variés me rejoignent davantage.

J’aime cette saison avec la richesse des récoltes. Avant de s’endormir parmi les ours pour un long hiver, l’automne célèbre la vie et toutes ses générosités. Peut-il y avoir un étalage de prodigalité plus merveilleux que ces amoncellements de carottes et de choux dans les kiosques de fruits et légumes, ces montagnes de citrouilles et de courges qui amusent tant les enfants? Peut-il y avoir chanson plus douce que le parfum d’un panier de pommes fraîchement cueillies?

Je ne veux pas ignorer que certaines régions du monde affrontent une nature rebelle et coléreuse. Assassine même… Je ne suis pas indifférent aux drames que vivent ceux et celles que les inondations et les ouragans frappent sans retenue. Mais qu’on me permette d’admirer la délicatesse d’une brise légère quand elle caresse les dernières fleurs sauvages le long des rivières québécoises. Acceptez que je sois subjugué en voyant passer les voiliers d’oiseaux en migration vers les régions chaudes de la planète. Ou que je sois ému devant un chevreuil qui broute innocemment en bordure d’une forêt de sapins. Et même, permettez que j’aime une pluie rageuse, une pluie qui a du tempérament!

Chaque saison offre une table différente. L’automne met à l’honneur le bouilli de légumes. Sentez-moi ça, ce morceau de boeuf qui entretient ses saveurs parmi les carottes, le navet, le choux, l’oignon, les petits haricots verts ou jaunes liés en botte. Et que dire de la tarte à la citrouille ou de la compote de pommes?

Aujourd’hui, j’ai le goût de chanter toutes ces bonnes choses. Mais je n’oublie pas que demain ou hier, je n’ai pas aidé la nature. Avec bien d’autres terriens, je contribue à polluer l’atmosphère. Je suis responsable avec les autres de la blessure dont souffre la couche d’ozone. Si certaines forêts sont rongées par des maladies, c’est à cause des pluies acides. Si des coins du monde ne respirent plus, il faut reconnaître que nous n’exploitons pas convenablement les forêts. Que d’arbres sont prisonniers du béton, que de plantes sont passées de vie à trépas parce qu’on a contaminé le sol.

Il faudrait organiser des excursions dans les plus belles régions du monde. Une sorte de pèlerinage pour nous convertir tous et toutes au respect de la nature. Que l’émerveillement se marie à l’attention. Que nous devenions conscients de la fragilité de la nature. Il ne s’agit pas de démolir nos inventions ou même de cesser d’inventer, mais de composer avec la nature, de respecter ses droits et ses lois, de veiller à une exploitation raisonnable des forêts et des sols.

Automne, ma saison, mon frère, que ta fête me soit lumière.
Automne aux générosités qui s’étalent,
déploie-les
non seulement pour les riches et les comblés comme moi
mais aussi et surtout pour tant d’hommes et de femmes
qui luttent contre la mort dans des régions stériles,
pour tant d’enfants qui ne connaîtront pas tes couleurs
parce que l’hiver de la faim les aura emportés.

Automne, ma saison, mon frère,
mon vent de tempête et ma brise,
mon créateur de paysages et de rêves,
appelle-moi au partage.

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