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Vous qui passez sans me voir

Imprimer Par Caroline Pinet

Vous qui passez sans me voir. Sans même me dire bonsoir. Donnez-moi un peu d’espoir ce soir…J’ai tant de peine. Vous, dont je guette un regard. Pour quelle raison ce soir, Passez-vous sans me voir ? Un mot, je vais le dire : « Je vous aime ». C’est ridicule, c’est bohème, C’est jeune et c’est triste aussi, Vous qui passez sans me voir, Me donnerez-vous ce soir, Un peu d’espoir ?

Ces paroles de Charles Trenet quand elles s’adressent à un(e) inconnu(e), comportent un charme certain. Mais, placées dans le contexte conjugal, elles prennent soudain une tournure pathétique. Pourtant, c’est parfois la situation quotidienne de certains couples. Ce qui n’est pas sans engendrer un degré de souffrance pour l’un des membres, si ce n’est chez les deux.

C’est appuyée au comptoir de cuisine, tout en me regardant faire le repas qu’Emily me demanda si j’aimais cuisiner. « Bien sûr, lui répondis-je, et ta mère, elle aime ça? ». Elle me rétorqua que sa mère, en fait, ne cuisinait jamais durant l’année. En aucun temps ils ne prenaient leur repas ensemble, car ils étaient trop occupés par toutes les activités de chacun. J’étais étonnée de sa réponse, car Emily semble prendre plaisir à cuisiner. Puis, elle me parla de ses parents qui venaient de se séparer. À seize ans, elle comprenait la situation, mais, elle demeurait interdite devant la raison profonde qui amène un couple à se séparer. Elle pensait à ses grands-parents qui sont demeurés 50 ans mariés avant que la mort n’emporte son grand-père. Elle s’interrogeait sur les circonstances qui avaient mené à la séparation de sa mère et son père : « ils se sont perdus de vue, je crois… »

Le quotidien est l’une des pires armes dit-on pour tuer l’amour dans un couple. Nous entrons dans une routine qui se résume aux tâches des jours qui s’écoulent. Le métro, boulot, dodo endort bien des flammes. Mais, il y a pire que le quotidien, il y a l’excessive occupation de chacun qui nous conduit à ne plus avoir le temps de vivre la routine! « Je suis pressé, je mange de mon côté du surgelé avant que l’autre n’arrive, car je dois déjà repartir, mon agenda est rempli. Et quand je serai rentré, l’autre dormira déjà car demain l’autre se lèvera plus tôt, et partira avant que je ne me lève moi-même»

Parfois les horaires de chacun ne permettent aucune rencontre dans la semaine. Et il est vrai que la vie moderne exige parfois beaucoup de chacun de nous. Le travail étant difficile à obtenir ou à garder, il faut s’y investir. Nous n’avons pas toujours le choix. Mais, il serait sage de penser que de telles situations doivent être circonscrites dans le temps, une courte période où l’on sait que l’on ne peut faire autrement. Au début, ce manque de disponibilité à l’autre peut raviver effectivement la flamme et donner envie de se retrouver enfin avec sa tendre moitié! Mais, si les rencontres ne se font que trop rares, on s’habitue malheureusement à vivre sans l’autre, on se perd de vue, et l’on se retrouve étranger à celui de qui on devrait être le plus proche…

Il est simple de comprendre que vivre seul à deux fait ressortir l’égoïsme profond qui nous habite tous. Ma vie est réglée en fonction de moi et il me devient difficile de vivre en tenant compte de l’autre, si bien que j’évite de plus en plus la contrainte de la vie à deux. Et puis, à deux, je suis déjà seul(e), le pas vers la séparation est vite franchi. L’individualisme moderne met le couple à rude épreuve. Il n’est pas rare de trouver chez les nouveaux couples un désir de partager l’amour mais la volonté de vivre séparément par choix, et avec aucune intention de vivre ensemble à terme.
Les statistiques concernant l’emploi ne sont pas des plus optimistes, et la société considère avec raison qu’il est sage de s’y investir. Les statistiques regardant la durée de vie d’un couple sont aussi inquiétantes. Il serait sage aussi d’y accorder tout l’investissement que cela demande. Un moyen simple de se retrouver est de partager au moins un repas par jour ensemble. Le temps d’échanger sur nos journées : nos joies, nos chagrins et aussi nos espoirs afin de ne pas de perdre de vue. Il est important de passer à côté de l’autre et de le voir, afin de capter les « je t’aime » qu’il veut nous dire!

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