Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

14e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Partenaires d’une proximité

Parmi ses disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller.
Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Allez ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. N’emportez ni argent, ni sac, ni sandales, et ne vous attardez pas en salutations sur la route. Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison.’ S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous servira ; car le travailleur mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qu’on vous offrira. Là, guérissez les malades, et dites aux habitants : ‘Le règne de Dieu est tout proche de vous.’
Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, sortez sur les places et dites : ‘Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous la secouons pour vous la laisser. Pourtant sachez-le : le règne de Dieu est tout proche.’ Je vous le déclare : au jour du Jugement, Sodome sera traitée moins sévèrement que cette ville. »
Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux. Ils racontaient : « Seigneur, même les esprits mauvais nous sont soumis en ton nom. » Jésus leur dit : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair. Vous, je vous ai donné pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et pouvoir sur toute la puissance de l’Ennemi ; et rien ne pourra vous faire du mal. Cependant, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux. »

COMMENTAIRE

À l’occasion d’un envoi en mission, Jésus présente diverses consignes et remarques qu’il vaut la peine d’entendre. Après tout, deux mille ans plus tard, cette mission de Jésus se poursuit, à travers nous, souvent aussi confus que déterminés face à cette mission, comme devaient l’être les premiers envoyés.

Cette mission, d’abord, n’est pas réservée aux seuls responsables, comme les douze. Tout disciple de Jésus partage sa mission. En plus, elle n’est pas concentrée sur quelques personnes choisies à rejoindre mais s’adresse, de façon universelle, à tous les peuples, à toute culture, comme le chiffre soixante-douze l’évoque. En partant, cela donne un horizon plutôt vaste et inclusif.

Cette mission demande une mobilité, c’est une expérience de chemin, de cheminement. Il est préférable de ne pas trop s’encombrer, sinon on n’ira pas loin, et il vaut mieux ne pas traîner en route, car il y a de l’ouvrage urgent qui nous attend. Par ailleurs, si y on met temps et énergie, on a droit aussi à un salaire. Question de respect et de justice.

Mais de quel message sommes-nous les porteurs sur ces routes? Il est étrange, aussi réjouissant que déconcertant : Dieu se fait proche de vous, son règne s’approche. Qu’est-ce qui se passe quand c’est Dieu qui règne? Les textes bibliques abondent sur ce sujet. Une chose est sûre : il faut s’attendre à du changement! Cela dérange, bouleverse, et en même temps répand un bonheur, une joie, car les détresses et les découragements, les abandons et les trahisons vont s’arrêter. Et une sorte de paix, de complicité, va s’installer entre les personnes et avec la création. Comme si ce que nous avions attendu depuis longtemps, avec tant d’incertitude et d’espérance, était en train d’arriver, de devenir réel, présent, juste là, proche de nous, parmi nous. Une vraie bonne nouvelle à annoncer, au cœur de la mission.

Mais, dit Jésus, ne soyez pas naïfs. Ne vous attendez pas à être reçus par tous, comme si cette nouvelle était une belle visite à accueillir. Vous rencontrerez des portes ouvertes et d’autres fermées. Des cœurs aussi. Les prophètes ont connu cela, et Jésus lui-même. Pour toutes sortes de raisons, que nous portons aussi au-dedans de nous, cette nouvelle n’intéresse pas et ennuie, ou fait peur et énerve, ou met en cause des sécurités et croyances, ou … Mais cela n’empêche pas le règne de se faire proche.

Il est un aspect de cette mission, mentionnée dès le début, qui a l’air d’aller de soi mais qui est peut-être la consigne la plus importante, ou la plus révélatrice. Car elle dit quelque chose de ce message, de ce règne. Jésus envoie ses disciples deux par deux. Comme s’il n’était pas possible de témoigner tout seul de ce règne de Dieu. Le témoignage, au sens premier, juridique, suppose plus qu’une personne. Mais aussi, comme si la relation à autrui et le soutien mutuel n’étaient pas des éléments périphérique ou seulement pratiques, utilitaires, mais constitutifs de la bonne nouvelle elle-même, en acte.

La mission à deux permet l’échange et le retour réflexif sur son expérience, la célébration des réussites et l’appui dans les temps durs; ainsi, elle inscrit déjà le dialogue au cœur de la mission. Mais elle est aussi déjà, auprès des gens, témoignage d’un lien fraternel qui est le secret ultime du règne. Quand Dieu règne, tous les êtres humains sont sœurs et frères. Les murs de haine et de peur, de méfiance et d’indifférence, s’écroulent.

Pas de mission sans partenaire. Même les Chartreux, dans leur grand silence, ne portent pas seuls leur mission, pour traverser les frontières intérieures et réconcilier l’être humain dans ses profondeurs. Leur expérience est communautaire.

Être disciple de Jésus, c’est s’engager dans des réciprocités et solidarités, sans cesse à solidifier et élargir. Ainsi, le règne de Dieu continue de se faire proche. Mais il s’agit d’un envoi deux par deux devant Jésus. Pour préparer la venue et la rencontre avec le règne de Dieu en personne. Il se fera encore plus proche.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois