Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Ascension. Année C.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Un point de départ

Jésus ressuscité, apparaissant à ses disciples, leur disait : « Il fallait que s’accomplisse ce qui était annoncé par l’Écriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d’entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C’est vous qui en êtes les témoins. Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une force venue d’en haut. »
Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel. Ils se prosternèrent devant lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, remplis de joie. Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.

COMMENTAIRE

Les scènes de départ sont souvent touchantes. Séparation au quai du terminus, au seuil de la porte, regards qui s’échangent ou s’évitent, dernier contact. Et ceux qui restent s’en retournent le coeur triste. Luc nous présente ici un départ bien différent. Après une étrange séparation, les gens s’en retournent joyeux, le coeur en louange.

Dans son Évangile, Luc met l’ascension juste après la résurrection et les manifestations du ressuscité pour faire mieux ressortir l’unité du mystère de la présence du Christ. Le premier jour de la semaine, celui de la résurrection et de la reconnaissance croyante du ressuscité, Jésus le Messie quitte ses disciples. Il ne sera plus là comme avant. Il s’en va non comme une fusée qui décolle vers le ciel, ou dans une sorte d’ascenseur céleste, mais plutôt il entre tout à fait dans le partage de la vie divine, emporté au ciel. Il ne s’en va pas au loin, mais il entre au plus près de Dieu. Il ne se déplace pas dans un autre lieu, il change de mode de présence. Il sera présent maintenant autrement, par son Esprit qui sera envoyé.

Jésus s’en va sans bagages car il les laisse à ses disciples. Il leur laisse une parole qui contient tout ce qu’il faut pour continuer sur leur route ou plutôt pour commencer quelque chose. C’est ici une scène de départ mais au sens du commencement d’une nouvelle expérience, qui connaît son point de départ. Les paroles de Jésus en donnent les éléments essentiels: les Écritures et le mystère pascal, une mission universelle centrée sur la conversion et le pardon, une responsabilité de témoigner, une promesse de soutien, et des consignes pour l’immédiat. C’est la un bon départ et il y a de quoi s’occuper pendant quelques millénaires.

La scène de séparation se fait dans un dernier geste très beau: levant les mains, Jésus les bénit. Gloire du Dieu vivant, il porte les siens avec lui, les tenant dans son geste de bénédiction. Et l’Évangile s’achève avec les disciples bénissant Dieu, accueillant dans la foi le don de cette nouvelle présence et répondant au geste de Jésus. Cette rencontre unique les renvoie dans leurs propres lieux, raffermis et réjouis.

Nous ressentons parfois douloureusement la séparation. Comme si le Jésus le Messie était parti pour de bon dans son ciel lointain, nous abandonnant à nos petites misères et nos mornes méfiances. Nous regardons vers le ciel cherchant des signes d’une présence au loin, alors que celle-ci est au plus près de nos vies et nous accompagne sur la route. Les bagages sont toujours là et attendent que nous les prenions, les ouvrions et nous en revêtions. Le récit de l’ascension nous parle de notre expérience de croyants, confrontés à une absence mais appelés à témoigner. Nous venons directement dans la suite de ce texte, disciples actuels continuant de fouiller les Écritures, de vivre et de proclamer le mystère pascal, soutenus par l’Esprit toujours communiqué. Notre propre point de départ est là, dans les gestes de la foi et de la joie, dans les actes apostoliques qui suivent l’Évangile, témoignant d’une conversion qui transforme l’existence et la relance vers l’avenir.

Le texte de Luc nous invite à recevoir une mission qui nous dépasse mais nous soulève. Cette annonce du pardon suppose de notre part un regard reconnaissant et un accueil de la bénédiction donnée. La bénédiction-séparation instaure une relation nouvelle, qui nous unit à la fois au Dieu vivant et à tous les vivants, dans la communauté des disciples. La joie, qui accompagne le retour chez soi, est celle d’une rencontre qui se termine non par une rupture du lien mais par une transformation de celui-ci. Le départ de Jésus est condition de sa présence universelle, hier et aujourd’hui.

Jésus ressuscité, levant les mains, nous bénit encore, nous envoyant dans la confiance de la foi et l’attente de l’espérance. Un point de départ qui nous emporte sur terre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois