Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

6e Dimanche de Pâques. Année C.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Entre perte et paix

A l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples: « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. Celui qui ne m’aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé.
Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.
C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi.
Je vous ai dit toutes ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez. »

COMMENTAIRE

En ce dimanche, nous sommes dans le long discours de Jésus en Jean, lors de son dernier repas avec ses disciples. On y retrouve des refrains qui reviennent souvent en Jean et qui s’entrecroisent : la relation entre le Père et le Fils, la demeure de Dieu parmi nous, l’échange de l’amour, l’importance de croire, la paix, le rôle de l’Esprit. Je souligne les deux derniers.

Jésus donne sa paix. C’est aussi ce qu’il fera, après sa résurrection, lors de ses rencontres avec les disciples, puis avec Thomas. Pourquoi cette insistance sur la paix, qui est signe de sa présence? C’est que les disciples sont bouleversés et effrayés. De quoi ont-ils peur? De perdre Jésus. Il leur annonce qu’il s’en va. Que vont-ils devenir? Il les rassure : il va demeurer présent parmi eux par sa paix et par son Esprit.

Mais cette paix est particulière : elle n’est pas à la manière du monde. Quelle est donc cette paix à la manière du monde, qui contraste avec celle de Jésus? Nous en avons une bonne idée. C’est une paix fragile, éphémère, qui ne dure pas. Ou elle répond à des intérêts qui ne sont pas ceux des gens, elle ne profite qu’à quelques uns. Ou elle n’est pas motivée par une volonté de mise en œuvre. Ou encore elle repose sur une négation de la réalité, de l’injustice et des blessures.

La paix que donne Jésus serait ainsi une paix qui n’enlève pas, ne nie pas la souffrance et la dureté du mal. Elle vient habiter notre être intime, comme une eau vive qui chante au plus profond de nous. Elle fait la vérité sur les situations et peut aboutir au pardon dans la reconnaissance des blessures. Elle reste en attente, en recherche, elle veut que tous soient touchés et apaisés.

Les disciples craignent de perdre Jésus. Cette crainte, nous pouvons la vivre aujourd’hui de diverses manières. Crainte de perdre des images de Jésus qui nous ont marqués, venant de l’enfance ou d’ailleurs, auxquelles on s’accroche mais qui ne nourrissent plus notre engagement adulte. Crainte qu’en les laissant, on se retrouve abandonnés devant les nouveaux défis.

Et pourtant, pour accéder à un regard sur Jésus et à une relation plus mûrs et soutenants, ces pertes sont nécessaires. Elles font accéder à un visage de Jésus le ressuscité plus enraciné dans notre existence et présent autrement, de façon moins immédiate mais plus profonde. Passages par les déserts pour trouver l’eau vive. Présence du Christ vivant en d’autres visages à reconnaître, à mesure que nous avançons dans notre parcours de vie.

Jésus promet sa présence par l’Esprit que le Père enverra et qui est lié à une mémoire de la Parole. Pour recevoir la paix du Christ, il est bon de fouiller, méditer, ruminer et partager cette Parole.

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