Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

3e Dimanche de Pâques. Année C.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Une histoire de pêche

Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord du lac de Tibériade, et voici comment. Il y avait là Simon-Pierre, avec Thomas (dont le nom signifie : Jumeau), Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, ils passèrent la nuit sans rien prendre. Au lever du jour, Jésus était là, sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Jésus les appelle : « Les enfants, auriez-vous un peu de poisson ? » Ils lui répondent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le ramener, tellement il y avait de poisson. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre l’entendit déclarer que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau. Les autres disciples arrivent en barque, tirant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres.
En débarquant sur le rivage, ils voient un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc de ce poisson que vous venez de prendre. » Simon-Pierre monta dans la barque et amena jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré. Jésus dit alors : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche, prend le pain et le leur donne, ainsi que le poisson. C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.
Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu m’aimes ? » Pierre fut peiné parce que, pour la troisième fois, il lui demandait : « Est-ce que tu m’aimes ? » et il répondit : « Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu.
Puis il lui dit encore : « Suis-moi. »

COMMENTAIRE

Voici un évangile bien long, autour d’une histoire de pêche. Il commence en mer (dans la Bible, un lieu de danger), la nuit, avec une pêche qui n’aboutit à rien.  La mer, la nuit, l’échec : un début inquiétant.

Ce récit nous présente des visages précis, qui forment un groupe de sept, des gens qui ont une histoire et des liens entre eux et qu’on voit ici dans leur travail. Un Pierre, fougueux encore, tout nu, qui se jette à la mer, mais qui s’habille avant! Et puis vient le matin, par-delà la nuit, et un inconnu est présent sur le rivage. A son appel à jeter le filet, le groupe tente un nouvel essai de pêche. Cette fois-ci, c’est la surabondance de poissons et le filet qui résiste.

Et cela ne s’arrête pas là. Il y a un feu sur la grève, un repas. L’inconnu est reconnu : c’est le Seigneur ressuscité, qui partage le pain, qui prépare le repas pour ses amis. Et après le repas, un dialogue entre Jésus et Pierre sur l’amour et la responsabilité pastorale. Puis, il est question de jeune et de vieux, de mort, d’un passage à vivre et du don de soi jusqu’au bout. Le récit termine par une finale, claire, forte, qui dit tout : suis-moi. Suis-moi sur une route nouvelle, celle que Pierre prendra pour annoncer l’évangile, comme on le voit dans la première lecture des Actes, jusqu’au don de sa vie.

Un récit vif, chargé d’allusions et de symboles (la mer, la barque, la pêche, les poissons, le pain, le repas, la ceinture,…) qui vient comme en appendice à la toute fin de l’évangile de Jean. Une fin qui est un commencement. Un récit de transition, un temps de passage entre la mort de Jésus et la mission des disciples. Une transition qui lance vers un avenir différent : pour tout ce groupe de pêcheurs; c’est une autre pêche (mission) qu’ils vont faire désormais.

Mais le récit rappelle aussi le passé de ces gens, de leur aventure avec Jésus. Il est significatif qu’ils soient retournés à leur ancien métier, en Galilée, là où tout avait commencé, quand Jésus était venu les appeler à le suivre, en plein milieu de leur travail. Ils sont retournés en arrière, s’imaginant peut-être que c’était fini, l’affaire Jésus, que cela ne les concernait plus. Mais Jésus va les chercher à nouveau, les ré-appeler, au coeur de leur vie. Il y a aussi allusion au passé récent, à la trahison de Pierre : m’aimes-tu répété trois fois et Pierre qui est peiné Mais du triple reniement, on passe à une responsabilité. Pierre est chargé de mission.

Il y a une mission qui attend ce groupe, que la pêche abondante annonce et qui sera fructueuse. La preuve est là : deux mille ans plus tard, nous nous rassemblons encore au nom de Jésus pour partager le pain. Mais il y a aussi du nouveau dans la vie de ces disciples : le Jésus inconnu sur la rive, qui les attend, qui est déjà là, qui s’occupe d’eux et prépare le repas, c’est plus que Jésus, l’homme de Nazareth. C’est l’Emmanuel, le Seigneur qui est avec nous tous les jours, qui nous devance et nous accompagne, et qui continue de nous appeler.

Suis-moi : cette fois-ci, on va aller plus loin encore, et ce ne sera pas facile. Comme Jésus le dit à Pierre, tu ne pourras plus contrôler ta vie comme avant, un autre te ceindra. Expérience d’abandon et de confiance, qui s‘apprend tout au long d’une vie : apprendre à s’en remettre à d’autres que soi, à un Autre, en allant vers l’inconnu. Se tourner vers l’avenir implique de lâcher prise, de s’abandonner, avec crainte mais espérance.

Et nous dans tout cela? Nous sommes là, dedans ces récits, quelque part. Comme les sept, nous retournons parfois en arrière, car ce que nous avons essayé (engagement, couple, travail, projet …) n’a pas abouti. On retourne alors à ce qu’on savait déjà, c’est plus sûr, abandonnant les rêves de changements, de vie nouvelle. Vaut-il la peine de poursuivre l’aventure avec Jésus, avec les autres? C’est trop incertain. Et il nous faudra changer nos images de Jésus et de Dieu, délaisser celles de l’enfance. Mais même dans nos retours en arrière, le Seigneur vient nous chercher, nous appeler à reprendre route, à reprendre vie. Il nous attend sur le rivage.

C’est nous aussi qui apercevons cet inconnu sur nos rivages. Pour le reconnaître, ce n’est pas évident. Il faut, comme le disciple bien-aimé, ouvrir les yeux de la foi, être attentifs aux signes offerts : un appel à essayer de nouveau, à faire confiance, qui aujourd’hui peut nous venir d’un proche, d’une jeune, d’un aîné, d’un texte, d’une prière.

C’est nous aussi que Jésus appelle pour une nouvelle mission et qui vient nous chercher en plein cœur de nos activités, et qui nous appelle en communauté, ce groupe de sept, une communauté avec des visages précis, des gens liés entre eux, qui ont partagé une histoire, qui croyaient que l’heure de la retraite était venue, mais qui reçoivent une nouvelle mission, celle d’évangéliser.

C’est nous aussi dans cette histoire de Pierre, avec nos reniements, nos distances, devant la croix de Jésus, cette sagesse qui est folie, si différente des sagesses immédiates qui circulent autour de nous. C’est nous aussi, comme Pierre, qui nous faisons dire que le service pastoral, et tout service, c’est plus qu’une tâche. Cela suppose un lien personnel au Christ vivant, un amour qui nous habite et nous rende capable de nous donner, parce que c’est une histoire d’amour et d’amitié, sachant que Jésus nous demande ce que nous pouvons donner et s’ajuste à nos capacités, comme il le fait pour Pierre.

Ainsi, c’est nous sur la barque de nuit en pleine mer, travaillant en vain. Et c’est nous au matin qui sommes débordés par la vie en abondance et recevons le défi d’une mission universelle (153 poissons).

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