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Méditation chrétienne

Premier hymne de l’Épiphanie

Imprimer Par Romanos le Mélode

Romanos naquit en Syrie, à Émèse (aujourd’hui Homs), dans une famille d’origine judaïque. Il était diacre quand il vint se fixer à Constantinople, sous le règne d’Anastase 1er (418-518. Selon la tradition, c’est à Constantinople, dans l’église de la Théotokos, que la Vierge Marie lui serait apparue en songe et lui ordonna d’avaler un livre. L’Église orthodoxe grecque a admis au rang de ses saints celui qu’elle considère comme son plus grand hymnographe.

PROOÏMION I

Tu es apparu au monde aujourd’hui, et ta lumière, Seigneur, s’est manifestée sur nous qui, te connaissant, te chantons : «Tu es venu, tu es apparu, lumière inaccessible. »

PROOÏMION II

En te voyant dans les flots du Jourdain quand tu voulus y être baptisé, le grand Précurseur s’écriait avec allégresse, ô Christ : « Tu es venu, tu es apparu, lumière inaccessible. »

1. Dans la Galilée des nations, dans le pays de Zabulon, dans la terre de Nephtali, comme dit le prophète, une grande lumière a brillé : le Christ. Ceux qui étaient dans la nuit ont vu une radieuse clarté qui jaillissait de Bethléem ; ou plutôt le Seigneur né de Marie, le soleil de justice, fait apparaître ses rayons sur le monde entier. Nous donc, les fils d’Adam, qui sommes nus, venons tous le revêtir pour nous réchauffer. Car c’est pour couvrir ceux qui sont nus, illuminer ceux qui sont, dans les ténèbres que tu es venu, que tu es apparu, lumière inaccessible.

2. Dieu n’a pas méprisé celui qui fut dépouillé par ruse dans le paradis et perdit la robe que Dieu lui avait tissée : une fois encore il est venu à lui, de sa voix sainte appelant l’indocile. « Où es-tu, Adam ? Désormais ne te cache plus de moi ; je veux te voir, si nu, si pauvre que tu sois. N’aie pas honte, car je me suis fait semblable à toi. Malgré ton désir, tu n’as pu te faire dieu, mais moi à présent, par ma volonté, je me suis fait chair. Approche-toi donc et reconnais-moi, pour dire : “ Tu es venu, tu es apparu, lumière inaccessible.”

3. Vaincu par mes entrailles, en miséricordieux que je suis, je suis venu vers ma créature, tendant les mains pour t’embrasser. N’aie donc pas honte devant moi : c’est pour toi qui es nu, que je me mets nu et reçois le baptême ; déjà le Jourdain s’ouvre à moi, et Jean prépare mes voies dans les eaux et dans les âmes ». Ayant ainsi parlé à l’homme, non en paroles, mais en actes, le Sauveur vint, comme il l’avait dit, et ses pas le menaient au fleuve, mais du Précurseur il s’approchait sous la forme de la lumière inaccessible.

4. Jean, en voyant le fleuve dans le désert, la rosée dans la fournaise, la pluie sur la Vierge, le Christ dans le Jourdain, fut ému de crainte, de même que son père avait tremblé devant Gabriel. En cette heure furent de plus grandes choses qu’il n’en fut jamais, — en cette heure où le maître des anges venait vers un serviteur pour être baptisé ; aussi le Baptiseur, reconnaissant le Créateur et se mesurant lui-même, dit-il en tremblant : « Arrête, Rédempteur ! Que cela te suffise, n’allons pas plus loin. Je sais qui tu es : la lumière inaccessible.

5. Ce que tu m’ordonnes, Sauveur, si je l’accomplis, j’exalterai ma corne ; et cependant je n’usurperai pas ce qui dépasse mon pouvoir. Je sais qui tu es, et je n’ignore pas ce que tu étais, car je te connais depuis le sein maternel. Comment ne reconnaîtrais-je pas maintenant ta manifestation, à toi que, caché moi-même, j’ai contemplé caché, et j’en ai tressailli d’allégresse ? Arrête donc, Sauveur, et ne m’accable pas : il me suffit d’avoir été jugé digne de te voir, c’est assez beau pour moi que tu m’aies dit ton précurseur : car toi, tu es la lumière inaccessible.

6. Je voudrais-te céder le rôle de baptiseur, car c’est à toi qu’il convient. Moi, j’ai besoin d’être baptisé par toi, mais c’est toi qui viens à moi, et me préviens en me demandant ce que je veux te demander. Que désires-tu de l’homme, ami des hommes ? Pourquoi inclines-tu la tête sous ma main? Car elle n’a pas l’habitude de tenir du feu, elle est pauvre et ne saurait prêter au riche, elle est faible et ne saurait lutter contre le fort. Les pécheurs, voilà ceux qu’elle sert, selon leurs besoins : quant à toi, tu es la lumière inaccessible.

7. Pourquoi es-tu venu vers ces eaux ? Que veux-tu laver, quelle iniquité, toi qui fus conçu et enfanté sans péché ? Tu viens à moi, mais le ciel et la terre guettent pour voir si je serai téméraire. Tu me dis : “ Baptise-moi ”, mais de là-haut les anges observent Pour me dire, le moment venu : “ Connais-toi toi-même ! Jusqu’où ira ton audace ? ” Comme disait Moïse, choisis-en un autre pour cela, Seigneur, que tu exiges de moi. Cela me dépasse et j’ai peur. Je t’en prie ! Comment donc baptiserai-je la lumière inaccessible ? »

8. Celui qui prévoit tout, voyant l’effroi du Précurseur, lui répondit : « Tu fais bien, Jean, tu fais bien de me craindre ; mais laisse à présent, car c’est ainsi qu’il convient d’accomplir ce que j’ai décrété d’avance. Laisse à présent, et secoue maintenant cette peur. Tu me dois ton ministère, et il te faut maintenant l’accomplir. Jadis j’ai envoyé Gabriel, et il a bien rempli sa mission à l’occasion de ta naissance. Laisse donc aller, toi aussi, ta main comme un ange pour baptiser la lumière inaccessible.

9. Tu es maintenant frappé de crainte, Baptiseur, et tu trembles devant ta grandeur de cette action : elle est grande en effet. Mais ta parente en a vu une plus grande encore. Regarde Marie et considère comment elle m’a porté. Bien sûr, tu vas me dire : “ Alors tu l’avais voulu.” Eh bien je le veux de même aujourd’hui ! N’hésite pas, baptise-moi, prête-moi seulement ta droite. Ton esprit, je l’habite et je te possède tout entier : pourquoi donc ne me tends-tu pas ta main ? Je suis en toi et hors de toi : pour quelle raison me fuis-tu ? Arrête et prends la lumière inaccessible.

10. Je n’exige pas, Baptiseur, que tu passes les bornes. Je ne te dis pas : “ Dis-moi ce que tu dis aux coupables, ce que tu recommandes aux pécheurs.” Baptise-moi simplement, dans le silence et dans l’attente de ce qui suivra le baptême. Car tu accéderas par lui à une dignité que n’ont pas eue les anges : je te ferai plus grand que tous les prophètes. Aucun d’eux ne m’a vu clairement, mais seulement en figures, en ombres et en songes. Mais aujourd’hui tu vois, tu touches, car elle se tient devant toi selon son vouloir, la lumière inaccessible.

11. Laisse là ce que tu dis, et fais ce que tu entends. Ne porte aucun témoignage sur moi, car j’ai toujours dans le ciel un témoin véridique ; ton témoignage, le peuple qui se tient ici ne le reçoit manifestement pas. Laisse donc le ciel leur enseigner qui je suis né et de qui je suis né, quelle grâce je dois accorder à mes bien-aimés. J’ouvrirai les cieux, je ferai descendre l’Esprit, je le leur donnerai en gage. Viens donc maintenant, approche, pour apprendre d’où rayonne la lumière inaccessible. »

12. A ces paroles mystérieuses et redoutables, le fils de la stérile dit au fils de la Vierge : « Si je parle encore, ne te fâche pas contre moi, Rédempteur, car la nécessité me dispose maintenant à prendre de grandes libertés. Quel besoin, Sauveur, pour qu’ils te connaissent, d’attirer le danger sur ma pauvre main en la mettant dans un four ? Autrefois Ozas étendit la main pour retenir l’arche, et il fut brisé. Et aujourd’hui, si je touche la tête de mon Dieu, comment ne serais-je pas brûlé par la lumière inaccessible ?

13. — O baptiseur, ô disputeur, prépare-toi vite, non pour contredire, mais pour me servir. Car voici que tu vas voir ce que j’accomplis. Je trace ainsi devant toi la figure charmante et splendide de mon Église, accordant à ta droite la même puissance que je donnerai ensuite aux mains de mes disciples et de mes prêtres. Je vais te montrer clairement le Saint-Esprit, et te faire entendre la voix du Père me désignant comme son Fils véritable et clamant : Celui-ci est la lumière inaccessible.»

14. A ce discours redoutable, l’enfant de Zacharie dit au Créateur : « Je ne conteste plus, j’accomplis ton ordre.» Il dit, et alors, s’approchant du Sauveur avec l’humilité d’un esclave, il fixa sur lui son regard, considérant pieusement les membres nus de celui qui ordonne aux nuages d’envelopper le ciel comme un manteau, et regardant encore au milieu des flots celui qui parut au milieu des trois enfants, rosée dans la fournaise et dans le Jourdain feu brillant, jaillissant, lumière inaccessible.

15. Cependant, en voyant ces prodiges, l’enfant de Zacharie, jouant le rôle d’un prêtre, se tient près des flots et impose les mains au Christ, criant aux assistants : « Vous voyez dans le Jourdain la pluie volontaire, le torrent des délices, comme dit l’Écriture, dans le cours des eaux, dans le fleuve la grande mer. Que personne donc ne pense que je suis bien hardi ; je n’agis pas en téméraire, mais en serviteur. Il est le Seigneur et il m’a dit : “ Fais cela.” C’est pourquoi je baptise la lumière inaccessible.

16. J’étais débile comme un mortel, mais lui, comme Dieu de l’univers, m’a donné l’énergie en me disant : “ Impose-moi ta main, et moi je la fortifierai. ” Comment donc pourrais-je, s’il n’y avait pas ce qu’il m’a dit et qui s’est réalisé, comment aurais-je la force de baptiser l’abîme, moi qui suis fait de boue, si je n’avais pas d’abord reçu et pris de là-haut la puissance ? Car je sens, maintenant qu’il est auprès de moi, que je suis plus que ce que j’étais… Non, je suis tout autre : me voici transformé, glorifié d’avoir vu, touché la lumière inaccessible.

17. Je ne dis plus comme avant : “ Je ne délie pas le cordon de ses chaussures ” car voici que, des pieds, je m’avance jusqu’à la tête. Je ne foule plus la terre, mais le ciel lui-même, car mes actes sont célestes. Bien mieux, j’ai surpassé les cieux : ceux-ci portent, mais sans voir celui qu’ils portent ; moi, maintenant, je vois et je porte. Réjouis-toi, ciel, et toi, terre, exulte ; soyez sanctifiées, sources des eaux, car, en paraissant, elle a tout rempli de bénédiction, elle illumine tous les hommes, la lumière inaccessible. »

18. L’enfant de Zacharie, sur l’ordre divin, éleva donc très haut son esprit et, tendant la main, il l’imposa au roi, le baigna dans les flots, et puis ramena à terre le Seigneur de la terre et du firmament que, du haut du ciel, désigna par la voix, comme par le doigt, celui qui clamait : « Celui-ci est mon fils bien-aimé. » A ce Père, à son Fils baptisé, et à son Esprit je crie : «Brise, Rédempteur, ceux qui oppriment mon âme, mets fin à mes peines, lumière inaccessible. »

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