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Troisième hymne à la Nativité

Imprimer Par Romanos le Mélode

Romanos naquit en Syrie, à Émèse (aujourd’hui Homs), dans une famille d’origine judaïque. Il était diacre quand il vint se fixer à Constantinople, sous le règne d’Anastase 1er (418-518. Selon la tradition, c’est à Constantinople, dans l’église de la Théotokos, que la Vierge Marie lui serait apparue en songe et lui ordonna d’avaler un livre. L’Église orthodoxe grecque a admis au rang de ses saints celui qu’elle considère comme son plus grand hymnographe.

1. Ce que je vois, je ne peux le comprendre, car voici qui dépasse l’entendement humain : comment l’herbe envahie par le feu ne se consume pas, comment la brebis porte un lion, l’hirondelle un aigle, et la servante son maître. En son ventre mortel, qui ne le circonscrit pas, Marie porte mon sauveur, car il l’a voulu ; c’est pourquoi je m’écrie joyeusement : « Une vierge enfante, et après l’enfantement demeure toujours vierge. »

2. Aucun roi ne se croit outragé quand, dans son désir de venir à bout de l’ennemi, il va jusqu’à endosser la tenue du simple soldat ; ainsi Dieu, cherchant à blesser celui qui a blessé Adam, prend chair en une vierge. Un piège pour le Malin, voilà ce que devient, en prenant notre condition, l’Éternel que sans semence enfante une vierge, et après son enfantement elle demeure toujours vierge.

3. L’arche contenait jadis, selon la description de Moïse, de la manne et une urne d’or. Cherchons ce que cela signifie : car il n’y a rien de gratuit dans l’Écriture, ni d’obscur, mais tout est dit ouvertement. Urne d’or : corps du Christ. Manne : Verbe divin auquel il est uni. Et l’arche ? C’est la vierge qui enfante et qui, après son enfantement, demeure toujours vierge.

4. A présent je contemple la verge d’Aaron, qui fleurit sans qu’on l’eût arrosée, celle dont Isaïe, fils d’Amos, a parlé pour moi. « Voici, dit-il, qu’il sortira une tige de Jessé, et de sa racine une fleur. » Qui est cette tige d’Aaron et de Jessé ? Marie, qui sans culture fait fleurir par une vierge qui, après son enfante-ment, demeure toujours vierge.

5. Tel fut jadis le feu dans le buisson, illuminant sans la brûler la ronce, tel aujourd’hui le Seigneur dans la Vierge ; car Dieu ne voulait ni abuser Moïse ni l’épouvanter, mais c’est pour lui révéler l’avenir qu’il lui montrait le buisson en flammes, afin qu’il apprît qu’une vierge enfanterait le Christ, et qu’après son enfantement elle resterait toujours vierge.

6. C’est toi, Jésus, que désignent les Écritures, soit qu’elles donnent le sens de la manne et de l’urne, soit qu’elles révèlent la fleur née de la racine, et c’est ta mère qu’elles nomment dans la fleur, la tige, l’arche, ta mère qui te porte dans son sein, qui s’est ouverte par l’Esprit et ensuite est restée fermée, afin que chacun dise : « Une vierge enfante et après l’enfantement, elle demeure toujours vierge. »

7. Gabriel, en proférant la parole de joie, sema le Verbe dans la vierge, et par l’Esprit rendit enceinte celle qui n’avait pas eu de noces. « Voici que le Seigneur est avec toi », et celui qui était avant toi sortira de toi ; ton père sera ton fils, qui m’a préféré pour m’envoyer à toi, et qui après l’enfantement te gardera pure, afin que chacun dise :

« Une vierge enfante, et après l’enfantement demeure toujours vierge. »

8. Adam fut chassé, c’est pourquoi le Dieu d’Adam a ménagé le relèvement d’Adam en le faisant sortir de ton ventre. Une femme avait abattu, une femme rétablit, vierge issue d’une vierge : Adam, à ce moment, n’avait pas connu Eve, non plus que Joseph aujourd’hui n’a connu la mère de Dieu, — mais sans semence la vierge enfante, et après son enfantement demeure toujours vierge.

9. A peine eut-elle entendu les paroles de l’ange que la jeune fille s’écria : «Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas l’homme ? » Celui qui me garde à présent dans ses appartements comme fiancé, non comme époux, me réserve pour lui ; mais si ce que tu dis doit arriver, mieux vaudra pour moi la réalité d’une union charnelle, afin que chacun dise : « Une vierge enfante, et après son enfantement demeure toujours vierge. »

10. — Écoute-moi, répond-il, ô Marie ; car si moi, l’incor¬porel, j’ai été envoyé vers toi, c’est que tu dois devenir un autre firmament. Ne garde pas dans ton cœur cette pensée que Joseph doit te prendre pour femme, car ton créateur t’a prédestinée à le porter comme son trône le porte là-haut, afin que chacun dise : « Une vierge enfante, et après son enfantement demeure toujours vierge. »

11. — Ma nature n’est qu’une nuit lugubre ; comment donc en sortira le soleil éclatant ? Oh ! tes paroles sont incroyables, homme ! Dans la femme, qui jadis a causé la mort des humains, comment la vie germera-t-elle ? La boue que je suis, comment le Créateur l’habitera-t-il ? Le feu ne brûle-t-il pas l’espèce épineuse ? Vraiment chacun pourra dire : « Une vierge enfante et, après son enfantement demeure toujours vierge. »

12. — L’homme corrompu sera tout entier renouvelé par toi ; tel est le dessein de Dieu. Ne dis pas : Comment m’habitera-t-il sans me brûler ? Le feu que tu crains sera pluie sur toi, selon la prophétie de David. Comme la rosée sur la toison, dit-il, ainsi Dieu habitera la jeune fille en paix, afin que chacun dise : « Une vierge enfante et, après son enfantement, demeure toujours vierge. »

13. Chante donc le Christ, ô Marie, qui est ici-bas porté dans ton sein, et qui là-haut trône avec son père, qui tète tes mamelles et qui, des hauteurs, dispense aux mortels une nourriture divine, qui là-haut habite le firmament comme sa tente, et ici-bas est couché dans la grotte, par amour des humains : une vierge enfante et, après son enfantement, demeure toujours vierge.

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