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« C’est moi qu’il accueille »

Imprimer Par Jean Grou

Depuis sa fondation, l’Église a parfois eu de la difficulté à faire face à la différence. Schismes, chasse aux hérétiques, excommunications… Même si de nobles sentiments dictaient parfois ces gestes (prémunir des dangers de dispersion, protéger l’intégrité de la foi, etc.), l’Église n’est pas en mesure de réclamer le championnat de la tolérance. Elle est cependant consciente de cet état de fait. C’est pourquoi, dans sa prière, elle attache beaucoup d’importance cl cette parole de Jésus: «Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille.» (Marc 9, 37) Nous allons essayer de cerner comment s’exprime cet idéal de tolérance dans les intercessions de la liturgie des Heures.

VIENS À MON AIDE!

Ces quatre mots bien connus expriment la conviction profonde de la communauté chrétienne: elle ne peut parvenir par elle-même à cet idéal de tolérance, d’accueil de l’autre tel qu’exigé par la venue du Royaume. Pour s’en approcher, chaque chrétien, chaque chrétienne doit s’en remettre au Seigneur:

Apprends-nous à nous supporter,
à nous soutenir mutuellement,
– toi qui nous as pris en charge pour l’honneur de ton Père.

(Office du matin, jeudi de la 7e semaine de Pâques)

Si le Seigneur peut nous enseigner à supporter l’autre, c’est que lui-même est imprégné du désir d’accueillir ses semblables. Les proches de Jésus l’ont constaté et en ont témoigné. L’accueil sans condition dont il a su faire preuve a laissé des traces dans le Nouveau Testament et se reflète dans les intercessions de la liturgie des Heures:

Toi qui guéris la fille de la Cananéenne,
Toi qui renouvelles la chair du lépreux,
Toi qui délivres les possédés,
Toi qui t’assieds à la table des pécheurs,

R/ Souviens-toi que nous sommes poussière.

(Office du soir des mercredis du Carême)

L’Église est donc appelée à accueillir à la manière dont Jésus Christ le fit. Jésus ne se contentait pas de laisser les autres venir à lui. Il allait au devant, sans se soucier de savoir si la personne était pure rituellement ou moralement ou encore si elle provenait de la même couche socioreligieuse que lui, Ses disciples étaient des pécheurs. Il a appelé Zachée, percepteur d’impôt sans scrupule. Il s’est adressé à la Samaritaine.

UNE RESPONSABILITÉ

Dans cet esprit, accueillir est, pour l’Église, un rôle actif, une responsabilité. Elle ne doit pas se contenter de laisser toute personne venir à elle; elle doit, comme Jésus, aller au devant de l’autre.

Tu es venu consoler les hommes
au cœur brisé:
accorde-nous de partager les peines les uns des autres.

(Office du matin des samedis de l’Avent)

Le souci de se tourner vers l’autre est tellement intense que l’indifférence est considérée comme une faute. Tolérer ce n’est donc pas simplement laisser l’autre exister. C’est lui faire une place, toute la place à laquelle chaque être humain a droit:

Tu nous as donné de rencontrer des Inconnus:
– pour les amitiés qui se sont nouées, merci;
pour nos indifférences, pardon.

(Office du soir de la semaine II)

Si l’Église accorde une si grande attention à son devoir d’accueil, c’est parce qu’elle prend au sérieux la parole de Jésus citée en introduction du présent article: «Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille» (Marc 9, 37). Oui, tout être humain est enfant du Père, qui est aux cieux. Tout homme, toute femme est donc frère ou sœur de Jésus Christ:

Tu t’es incarné
pour être présent à tout homme:
– fais-nous discerner ton visage dans notre prochain.

(Office du matin du lundi après l’Épiphanie)

C’est sur ce point que les intercessions insistent le plus. Le devoir d’accueillir l’autre trouve sa source dans l’incarnation du Seigneur Jésus. En prenant visage humain, Dieu a révélé la dignité de sa création dans toute sa splendeur. Impossible alors de laisser de côté un seul des frères ou une seule des sœurs que l’on croise sur le chemin:

Seigneur Jésus, venu du sein du Père
pour partager notre vie,
– libère-nous de tout ce qui nous retient loin de toi et loin de nos frères.

(Office du matin des jeudis de l’Avent)

Toi, la Parole révélée dans un enfant,
fais-nous, dans les plus petits,
reconnaîre ton visage.

(Office du soir du 6 janvier)

Ce visage de Jésus – que tout être humain reflète – prend parfois les traits des plus marginaux, des plus rejetés de la société. Ces gens sont considérés comme improductifs, embarrassants, voire indésirables… Aussi, l’Église leur accorde-t-elle une attention toute spéciale. Elle demande l’appui du Seigneur pour que soient accueillis ceux et celles qui, souvent, demeurent sans voix:

Sur les pauvres et les petits,
sur les méprisés, les opprimés,
R/ Envoie l’Esprit consolateur.

Sur les enfants mal-aimés,
sur les vieillards délaissés, R/

Sur les malades, les intoxiqués,
les désespérés, R/

Sur les prisonniers,
sur ceux que le monde rejette, R/

(Office du matin du vendredi de la 7e semaine du temps de Pâques)

UN COMBAT SANS MERCI

Les motifs d’intolérance sont nombreux et se présente de diverses manières. La religion, l’appartenance sociale ou ethnique, l’apparence physique, sont autant de terrains de division et de rejet entre individus et entre grands groupes. Les prières d’intercession attirent l’attention sur ces situations et implorent le Seigneur de les combattre:

Abats les barrières de haine
qui séparent les peuples,
ouvre entre les hommes
des chemins d’amitié.

(Office du matin des mardis de l’Avent)

Réconcilie, dans ton humilité,
les riches et les pauvres,
les forts et les faibles.

(Office du soir du vendredi de la 6e semaine du temps de Pâques)

Ô Christ, Seigneur,
fais grandir ton Église,
élargis ses demeures;
– qu’elle accueille les hommes de toutes les races.

(Office du soir du 30 décembre)

Des sentiments d’intolérance se manifestent dans des gestes concrets et tellement quotidiens qu’ils passent souvent inaperçus: mépris, rejet, persécutions… Certaines intercessions les mettent en évidence et rappellent la solidarité du Christ avec les personnes dont la dignité n’est pas respectée:

Ô Christ, ami des pauvres,
– veille sur l’isolé,
affermis la foi des persécutés.

(Office du soir du 30 décembre)

L’Église, toujours consciente de son imperfection, demande l’aide du Seigneur pour se détourner de ces gestes et sentiments opposés aux valeurs de l’Évangile:

Garde-nous de mépriser
un seul de tes frères;
rappelle-nous que tu t’es offert
pour chacun de ces petits.

(Office du matin du mardi de la 7e semaine de Pâques)

Toi qui es venu offrir à tous les hommes
le salut promis à Israël,
– protège ton ton Église contre toute ségrégation en elle-même et dans le monde.

(Office du matin des jeudis de l’Avent)

Pour appuyer sa prière, l’Église se rappelle, surtout durant le Carême, que le Christ lui-même a été victime d’intolérance:

Tu as été rejeté par ton peuple.
Tu as été abandonné par les tiens.

(Office du matin du Vendredi Saint)

RÉCAPITULONS

Les intercessions de la liturgie des Heures sont marquées par le souhait de voir notre monde débarrassé de toute forme de rejet de l’autre, de refus d’accueillir. La personne qui prie voit en tout être humain le visage même de Jésus Christ. Par conséquent, elle ne peut accepter qu’une personne se voit refuser la place qui lui revient dans la société.

Cela ne va cependant pas de soi. L’histoire montre que l’Église a souvent été (et est encore parfois) prise dans le feu de l’intolérance. C’est pourquoi elle se fait solidaire aussi bien des victimes de l’intolérance que de ceux et celle qui la pratique. Il lui faut donc demander à Dieu, celui qui est au-dessus de tout cela, d’intervenir pour rapprocher les êtres humains.

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