Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

3e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Imprimer Par Daniel Cadrin

C’est aujourd’hui le salut

Plusieurs ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, tels que nous les ont transmis ceux qui, dès le début, furent les témoins oculaires et sont devenus les serviteurs de la Parole. C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après m’être informé soigneusement de tout depuis les origines, d’en écrire pour toi, cher Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as reçus.
Lorsque Jésus, avec la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues des Juifs, et tout le monde faisait son éloge. Il vint à Nazareth, où il avait grandi. Comme il en avait l’habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui présenta le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur.
Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. »

COMMENTAIRE

Le prologue de l’Évangile de Luc le situe parmi d’autres écrits du même genre. Il nous éclaire sur sa visée et son approche. Plus de cinquante ans après les événements, Luc a écrit un récit informé et structuré pour soutenir et solidifier la foi des chrétiens. Il s’agit d’une catéchèse qui, comme nous le disons aujourd’hui, s’inscrit dans la formation à la vie chrétienne.

Au cœur de cet Évangile, Luc fait ressortir l’aujourd’hui du salut qui advient en Jésus. Parfois, nous nous disons que le salut, ce serait bien beau. Ce le sera sûrement demain, ce demain de rêve où tout sera transformé. En attendant, il nous reste nos routines et nos peurs, des espérances usées et nos sensibilités endormies. Car où sont aujourd’hui les signes de salut ? Comment les reconnaître, s’il y en a?

Le texte de Luc, pour ce dimanche ordinaire, peut nous aider à regarder autrement notre aujourd’hui et à secouer notre inertie de gens épuisés ou essoufflés. Luc nous présente la première prédication de Jésus, à Nazareth où il a vécu, dans un lieu de rassemblement et de Parole, la synagogue. C’est l’occasion de mettre en lumière le programme de Jésus : Qu’est-ce que cet homme vient faire ? Qui est-il ? Qu’est-ce qui le préoccupe ?

Nous y rencontrons un prophète qui vient bouleverser des situations, transformer des vies ; non pas un autre rêveur décroché et sans conséquence mais une présence, une parole et des actions qui vont délivrer les captifs, libérer les opprimés et rendre la vue aux aveugles. Non pas plus tard peut-être, si ça adonne, mais : « Aujourd’hui s’accomplit cette parole ».

Où sont les signes de salut aujourd’hui ? La puissance du même Esprit est aussi agissante aujourd’hui qu’elle l’était en Galilée. À nous de la reconnaître là où une présence, une parole, des actions annoncent la Bonne Nouvelle. En regardant près de nous, plus loin et jusqu’en nous, depuis notre quartier jusqu’aux pays méconnus, depuis des visages étrangers jusqu’en nos profondeurs, nous pouvons découvrir des transformations visibles ou peu perceptibles, où se reconnaît l’Esprit de Jésus et sa puissance à l’oeuvre maintenant.

Là où l’Évangile rejoint des marginalisés de nos sociétés, ceux qui ne sont pas organisés ni soutenus par aucune instance, là où ils apprennent à se lever debout et à parler en leur propre nom. Là où des gens isolés, jeunes ou vieillards, retrouvent la communion humaine et le goût de vivre, le sens de leur dignité radicale. Là où des structures figées, politiques ou religieuses, qui écrasaient et détruisaient des êtres humains, commencent à s’effriter et à se renverser. Là où des préjugés qui emprisonnaient des groupes, des peuples, s’écroulent comme des illusions vides. Là où des hommes et des femmes se relèvent pour une vie nouvelle après les blessures d’une vie familiale brisée. Là où . . .

Ces signes, ils existent. Et si nous n’en trouvons pas, alors la question rebondit jusqu’à nous qui nous voulons disciples de Jésus. Ce prophète nous bouleverse-t-il encore ? Sommes-nous résignés à la victoire du mal sous toutes ses formes ? Regardons bien au proche et au loin : il y a des témoins qui vivent et annoncent la Bonne Nouvelle. À les voir, peut-être retrouverons-nous cet aujourd’hui du salut et sa présence vivifiante. Alors, au gré des jours et des décennies, des projets à recommencer et des communautés à bâtir, des sensibilités à réveiller et des peurs à dépasser, demain deviendra différent et il sera un nouvel aujourd’hui.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois