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Le psalmiste

Psaume 67 (66 ) Pour la reconnaissance universelle de la divine bénédiction

Imprimer Par Christian Eeckhout

1. Du maître de chant. Sur les instruments à cordes. Psaume. Cantique.

2. Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,
faisant luire sur nous sa face ! [Pause]
3. Sur la terre on connaîtra tes voies,
parmi toutes les nations, ton salut.

4. Que les peuples te rendent grâce, ô Dieu,
que les peuples te rendent grâce tous !

5. Que les nations se réjouissent et crient de joie,
car tu juges le monde avec justice,
tu juges les peuples en droiture,
sur la terre tu gouvernes les nations. [Pause]

6. Que les peuples te rendent grâce, ô Dieu,
que les peuples te rendent grâce tous !

7. La terre a donné son produit,
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
8. Que Dieu nous bénisse et qu’il soit craint
de tous les lointains de la terre !

[La Bible de Jérusalem © Les Éditions du Cerf, Paris 1998]

QUEL EST CE PSAUME ?

Le court psaume que nous présentons fait partie du 2e livret du psautier, plus précisément du 2e recueil davidique qui contient les psaumes 51 à 72. Les psaumes 65 à 68 sont surtout des chants et hymnes de remerciement. Ils sont précédés de séquences de psaumes de supplication (Ps 51-64) et quelquefois suivis de plainte (Ps 69-71). Dans les traditions grecques ou hébraïques, les psaumes 66 et 67 ont ceci de particulier qu’ils ne mentionnent pas le roi David et qu’ils sont tous deux qualifiés de « chant » et de « psaume » (v.1), comme le sont également les psaumes 65 et 68, ayant des thèmes communs avec eux. Ce sont des poèmes orientés vers la louange et l’action de grâce, avec l’appui « d’instruments à cordes » (v.1) notamment les harpes. Par ailleurs, comme ce poème a des tonalités cultuelles qui le font remonter à la période d’avant l’exil à Babylone, il a pu trouver sa place dans le recueil pour y accentuer l’action de grâce. Car le psaume 67 – numéroté 66 dans la Vulgate – invite tous les peuples de la terre à s’unir à l’action de grâce des croyants israélites et à les rejoindre dans la prière de louange en réponse humaine à la bénédiction divine. « C’est correct » n’est-ce pas ?

DIEU SE MANIFESTE, MAIS COMMENT ?

Le psaume 67 se présente comme un triptyque avec la fine pointe centrale (v.5) qu’entoure un refrain à deux reprises (v.4,6). Le psaume affirme en premier la pitié que Dieu manifeste à l’égard du peuple israélite (v.2); puis le jugement et gouvernement des nations par Dieu (v.5); pour terminer par le produit de la terre (v.7), ces récoltes assurées grâce à la bénédiction de Dieu, maître de l’histoire du peuple israélite autant que des autres peuples de la terre. L’avènement de Dieu amène l’humanité à la joie (v.5), à la reconnaissance (v.4,6) et à la crainte de Dieu (v.8), sachant que le sort des nations est lié au sort du peuple de Dieu.

UNE BENEDICTION DIVINE

Il est aisé de découvrir dans ce psaume une bénédiction par Dieu, en trois temps : l’ouverture (v.2a) est un appel à la bénédiction de la communauté ; vient ensuite le constat de la bénédiction réalisée (v.7b) ; après quoi le psalmiste conclut en demandant de continuer cette bénédiction (v.8a). Chaque bénédiction a pour effet une conséquence directe. D’abord sur « nous », espérant être bénéficiaires directs de la bénédiction (v.2b, 7b) ; ceci afin que la gloire ou le rayonnement de Dieu se manifeste sur le priant, sur qui Dieu peut faire « luire sa face ». Ensuite sur les gens alentour. Enfin jusqu’à prendre une dimension qui s’élargit à « la terre » (v.3a), à « toutes les nations » (v.3b), à « tous les lointains de la terre » (v.8b). Elle atteint la terre entière.

Pour qui se souvient qu’au livre des Nombres Dieu demande à Moïse qu’Aaron bénisse les Israélites, il retrouvera ici, partiellement citée au v.2, la bénédiction sacerdotale (Nb 6,24-26) : « Que le Seigneur te bénisse et te garde. Que le Seigneur fasse pour toi rayonner son visage et te fasse grâce. Que le Seigneur te découvre sa face et t’apporte la paix ! »

DES ACTIONS DE GRACES COLLECTIVES A CARACTERE UNIVERSEL

La bénédiction permet aux israélites de voir que Dieu leur garantit de l’aide pour accomplir leur mission spirituelle à l’égard de la terre entière. Mais ce psaume montre en outre la joie des israélites qui voient la providence de Dieu dans la fécondité de la terre en plus de la justice de Dieu, avec une insistance universaliste. Dieu exerce une action bienfaisante dans la nature comme dans l’histoire, qui toutes deux Le révèlent. À nous tous alors il revient de Le révérer. C’est bien suite à la vue de la bénédiction que Dieu donne, tant au plan de la nature que de l’esprit, que le psalmiste lance à tous, jusqu’aux confins de la terre, un appel vibrant à avoir un sentiment de crainte reconnaissante. Le psalmiste livre ici un trésor d’expérience de Dieu. Nous pouvons faire cette expérience à notre tour, en regardant et la terre et son Auteur.

L’aspect collectif est marqué au début (v.2) comme à la fin (v.7b,8a) dans les verbes à la 1e personne du masculin pluriel : « Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, … ». D’autres actions de grâces collectives se trouvent aux psaumes 64 ; 65 ; 66 ; 68 ; 107 ; 118 ; 124) et sont à distinguer d’actions de grâces royales (Ps 18 ; 21 ; 138 ; 144), individuelles (Ps 30 ; 40,2-12 ; 92 ; 116) et de type sapientiel (Ps 34 ; 73).

AU FIL DES VERSETS DU CANTIQUE

On remarquera aisément que le psaume présente une structure concentrique [v.2-3 ;4-6 ;7-8] avec au centre un refrain (v.4,6) et la pointe (v.5) qui affirme le juste gouvernement de Dieu sur l’humanité.

Le v.2 : 2a, après une humble demande de pitié divine, fait inclusion avec le v.8a au sujet de la bénédiction de Dieu [´Elōhîm], nommé ainsi de manière générale à cinq reprises. Habituellement dans les prières juives, le psalmiste bénit Dieu (Ps 18,47 ; 41,14 ; 144,1), mais Dieu aussi bénit ses fidèles (v.2.8) et le juste (Ps 5,13) ou le roi-messie (Ps 45,3c). Le v.2b déclare une attitude bienveillante de Dieu : faire luire ou briller son visage, l’illuminer révèle un regard favorable, que Dieu montre depuis l’appel d’Abram (cf. Gn 12,2).

Après le v.2b vient une pause [sélah] qui se répète après le v.5d, pour indiquer une sorte d’intermède musical, propre au psautier et dans la prière du livre d’Habacuc le prophète. Ha 3,2 exprimait déjà la demande de faire connaître le renom et l’œuvre de Dieu et sa pitié.

Le v.3 : la connaissance de « tes voies » (cf. Ex 33,13 ; Dt 30,16 ; Is 55,8-9 et Lc 1,68-69.76d-79) c’est-à-dire le chemin de Dieu et le salut où il conduit. Au vu de la bénédiction accordée aux israélites, toutes les nations sur notre planète sont invitées à connaître ce chemin et à reconnaître le pouvoir salvifique du Dieu d’Israël, riche en pardon.

Les v.4 et 6 exhortent à la gratitude envers Dieu qui va en gradation pour atteindre l’universel « tous » (cf. 1 R 8,43.60). Non seulement parce qu’est reconnue la puissance du salut de Dieu qui s’apitoie sur les israélites (v.4), mais encore par reconnaissance pour l’intervention de Dieu dans le monde avec un juste jugement (v.5-6). Ces versets deviennent un refrain de tonalité eschatologique.

Le v.5, centre du poème fait appel à la joie des populations parce que Dieu gouverne : c’est là le motif de l’action de grâce. Ce verset, de construction chiastique, contient 4 stiques dont le 2e se trouve explicitement dans la tradition grecque de la Septante.

Le v.7 rappelle une bénédiction déjà associée à la récolte au Ps 4,8 ; 31,17 et à ceux qui pratiquent les commandements de Dieu (Dt 28,2-11b). Le mot hébreu « yebûl » désigne tout ce que produit la terre perçu comme don de Dieu (Ps 85,13 ; Lv 26,4 ; Ez 34,27a ; Za 8,12). L’affirmation du don, avec le verbe au parfait, dit que Dieu continuera à manifester sa bénédiction dans l’avenir comme Il l’a déjà fait.

Le v.8 nous montre que Dieu bénit et veut se révéler jusqu’aux lointains, aux gens des extrémités de la terre, vue comme un espace plan à cette époque. La crainte révérencieuse due à Dieu désigne une attitude de respect, d’abandon et d’obéissance qui engendre la confiance. C’est un choix éthique qui détermine l’ensemble du comportement (cf. Ps 111,10) et influence positivement toute l’existence (Ps 112,1 ; 128,1).

RELECTURE CHRETIENNE

Le psaume 67 est un exemple de chant d’action de grâces et les motifs se succèdent :

Dès le v.2, pour la miséricorde de Dieu obtenue par la passion de Jésus-Christ.
Le v.3 appelle à la proclamation du salut obtenu par la résurrection de la mort du Seigneur.

Les v.4-6 exhortent à la reconnaissance pour l’évangélisation et tous les bienfaits de Dieu, dans l’esprit du bon pasteur (cf. Ps 23,3 ; 77,21 ; 78,14.52) et de la béatitude des affamés et assoiffés de justice, que Dieu rassasie (Mt 5,6). L’horizon de règne de Dieu s’élargit jusqu’à l’universel dans la mention de populations successives : les nations, le monde, les peuples.

Le v.7, permet l’action de grâces après les récoltes, comme le faisaient déjà les agriculteurs israélites venus chez les cananéens du Proche-Orient, comme cela apparaît à la fête juive des Tentes (soukkôt), mais les chrétiens pourront le chanter joyeusement en comprenant (v.7) que « la terre a donné son fruit » Jésus-Christ « le pain de vie » (Jn 6,35a.48.51a). Il est Celui qui nourrit toutes les nations et fait monter l’action de grâce vers Dieu, dans chaque Eucharistie, pour Sa résurrection accomplie, pour le don de la vie d’éternité. Un jour viendra où chacun(e) pourra, à la suite des « adeptes de la voie » (Ac 9,2) reconnaître que le chemin, « la Voie » (Jn 14,6 ; Lc 1,79; Ac 22,4 ; 24,14.22 ; Rm 3,17) est la personne même de Jésus.
La tradition a souvent cité le v.7 en action de grâce pour la naissance du Messie. Ainsi saint Jérôme, qui voyait en Marie la « terre féconde » (PL 26, col. 1010 s).

Enfin, au v.7b, le chrétien se rappellera que Jésus bénit les enfants (Mc 10,16), le pain (Mc 6,41 ; 14,22 ; Lc 24,30) et les poissons (Mc 8,7), et que l’Église fait de même sur la coupe de bénédiction (1 Co 10,16). Ressuscité, Jésus a encore béni ses disciples en levant les mains (Lc 24,50b-51a). Oui, bénir fait bien partie du code éthique et spirituel de tout chrétien.

DANS LA LITURGIE

Le Ps 67(66) est bien liturgique dans sa formulation et constitue une des quatre prières d’invitatoire de l’office quotidien, ce qui signifie qu’il est considéré comme introduction de la journée, et donc bien approprié pour l’introduction à l’Avent, ce mois qui nous invite à préparer nos cœurs à fêter la venue de Dieu en notre humanité. Il est donc bien normal que ce psaume soit proposé pour la liturgie de la Parole du vendredi de la 3e semaine de l’Avent et dans l’octave de la Nativité, le 1er janvier, jour de fête de sainte Marie, Mère de Dieu, elle qui a accueilli la naissance de Jésus le Christ tant attendu. De plus ce psaume ouvre deux fois la semaine, les 20e Dimanche de l’année liturgique A et le 6e Dimanche de Pâques de l’année C, dans laquelle l’Église nous fait entrer en 2009/10. Le Ps 67(66) est également chanté en église lors de la messe du 4e mercredi de Pâques. Dans l’office quotidien, il est chanté aux vêpres du mercredi de la 2e semaine et aux laudes du mardi de la 3e semaine.

Le psaume 67 est toujours actuel en tant que psaume de demande, à partir d’une action de grâce : Que Dieu rende bon le peuple qui a bénéficié de la bonté de Dieu, par le fruit de la terre ! Portons le désir de l’avènement de Dieu dans la joie, la reconnaissance et l’adoration.

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