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Leçon de moineaux

Imprimer Par Denis Gagnon

Fin d’après-midi de septembre, à l’heure où la journée commence à bailler! Je me permets une pause près de la fenêtre. Le soleil se glisse entre les branches de l’érable et accompagne le vent qui fait frémir les feuilles. Sur la rue, des piétons marchent rapidement. Ils ont une course à faire avant de rentrer. Ou bien, ils ont hâte de quitter le travail. Peu importe, en fin d’après-midi, on marche rapidement sur ma rue.

Soudain, la pelouse sous mes yeux reçoit une nuée de moineaux. Ça piaille! Ça sautille! Ça voltige! Et surtout, ça picore! C’est l’heure quotidienne du dîner de moineaux. Ces petites bêtes écoutent leur corps. Le ventre crie-t-il famine? Les ailes, puis le bec cherchent le garde-manger! Un cri ou une ombre surgissent-ils? L’oiseau s’envole. Les moineaux, comme tous les animaux, vivent au présent. Plus précisément à l’instant même.

Les humains ont moins l’habitude de vivre au présent. Les psychologues ne cessent de leur reprocher d’avoir la tête ailleurs plutôt que de profiter de ce qu’ils sont en train de vivre. Il faut dire, à leur défense, qu’ils ont cette richesse de s’inscrire dans la durée, de vivre une histoire.

Les humains traînent avec eux un passé. Le passé immédiat de leur vie terrestre, le passé plus large de la culture dans laquelle ils évoluent, le passé très large des générations dont ils sont issus. Ils peuvent porter ce passé en le nourrissant de nostalgie. Ils peuvent s’en ennuyer, le regretter, souhaiter le revivre. Parfois, ils n’arrivent pas à tourner la page.

Ils peuvent aussi y faire appel comme on recourt à la sagesse ou à l’expérience. Il faut connaître son histoire et l’histoire universelle pour au moins ne pas en répéter les échecs. Il faut surtout y puiser de la fierté, de l’élan. Grâce au passé, on appartient. On est lié à d’autres qui nous enrichissent de leur propre histoire.

Mais les humains vivent aussi de leur avenir. Oh, bien sûr, cet avenir n’est pas encore connu. Il garde tout son mystère. Mais les humains peuvent le rêver. Certains rêvent tellement qu’ils en deviennent irréalistes et utopiques. Que d’adolescents n’arrivent pas à atterrir tellement ils planent haut dans le ciel!

D’autres voit venir l’avenir avec espérance. Au lieu de s’enfermer dans le passé, ils créent jour après jour leur présent à même les promesses que la vie leur fait. Ils regardent en avant. Ils se laissent entraîner vers ailleurs.

Les moineaux ont peu de tracas, pas d’angoisse, pas d’inquiétude. Mais il leur manque la richesse de la durée. Nous les humains, nous pouvons nous inscrire dans une histoire commencée avant nous et poursuivie après nous.

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