Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

3e Dimanche du Carême. Année B.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Ça brasse au Temple

Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem. Il trouva installés dans le Temple les marchands de boeufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs boeufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »
Ses disciples se rappelèrent cette parole de l’Écriture : L’amour de ta maison fera mon tourment.
Les Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais le Temple dont il parlait, c’était son corps.
Aussi, quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent aux prophéties de l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.
Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en lui, à la vue des signes qu’il accomplissait. Mais Jésus n’avait pas confiance en eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme : il connaissait par lui-même ce qu’il y a dans l’homme.

Commentaire

Au premier dimanche du Carême, nous sommes allés avec Jésus au désert, puis au deuxième sur la montagne. En ce troisième dimanche, nous nous retrouvons avec Jésus en un autre lieu majeur de la rencontre du Dieu vivant dans les Écritures : le temple.

C’est au temple que Dieu se fait présent à son peuple rassemblé, c’est là que la louange et le culte se passent. Mais maintenant que Jésus s’y trouve, on peut s’attendre à ce qu’il se passe quelque chose et que ce soit significatif, comme dans les autres lieux. De plus, la fête de Pâque est proche. La Pâque, Jérusalem, le Temple : nous sommes ainsi en plein coeur de la tradition religieuse, de ses lieux et temps sacrés. Plusieurs se rendent à Jérusalem pour célébrer au temple en cette occasion. Jésus aussi.

À cette époque, la religion, juive ou païenne, évoque habituellement et d’abord des sacrifices d’animaux. Nous ne connaissons plus cette dimension mais elle était alors très importante. Brebis, colombes, boeufs peuvent être achetés pour être sacrifiés; et les changeurs offrent la monnaie acceptée pour les échanges. Ce lieu est ainsi un centre économique actif.

Mais voici que Jésus vient mettre le désordre dans cet univers bien réglé et codé. Comme les prophètes, qui critiquaient un culte sans engagement personnel et refermé sur ses intérêts peu religieux, Jésus fait le ménage. Il pose un geste de purification. Dans les autres évangiles, ce geste vient vers la fin et précède la passion. Jean le met au début du ministère de Jésus, juste après le premier signe, celui de Cana. Ainsi, on sait au point de départ les enjeux autour de la personne et de l’action de Jésus.

Mais il y a plus encore dans ce récit : il nous parle aussi de l’expérience croyante. Elle n’est pas un regard qui voit immédiatement et directement le sens des événements. Elle implique de faire un lien avec les Écritures, elle requiert une mémoire de la Parole. Par deux fois, les disciples se rappellent de la Parole et, après les événements, ils lisent ceux-ci à la lumière des Écritures et des paroles de Jésus. Et cela les amène à croire, les fait entrer dans l’expérience croyante. Jésus accomplit des signes, mais ceux-ci en eux-mêmes ne produisent pas la foi. Ils invitent, ils éveillent, ils ouvrent un espace de signification. Mais une autre étape est nécessaire pour que la réalité prenne sens : le travail de mémoire, de rumination et de connections, qui se passe au cœur de chacun. En Jean, c’est l’Esprit qui anime ce mouvement intérieur.

Déjà, ce récit est riche de pistes. Mais une autre en ressort, en un sens encore plus forte et inspirante. Jésus est le nouveau Temple. C’est en Jésus ressuscité que maintenant Dieu se fait présent. Et les croyants, unis au Christ vivant, font partie de ce Temple saint. Cela est proche de l’image du Corps du Christ chez saint Paul. La présence de Dieu n’est plus lié à un lieu sacré mais à une personne, le Verbe de Vie, qui a fait sa demeure parmi nous.

En finale, Jean nous montre un Jésus lucide, les yeux bien ouverts, qui connaît bien et comprend notre humaine condition et ses tâtonnements. Heureusement! Car le chemin qui nous mène jusqu’à Pâque est long et sinueux, rempli d’étonnements, d’hésitations et d’embrouillement. Nous avons besoin d’un guide qui nous entraîne avec élan mais qui sache bien qui nous sommes, pour que nous puissions peu à peu découvrir qui il est.

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