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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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Sexe et mensonges : MILK et DOUTE

Imprimer Par Gilles Leblanc

En ce début de l’année 2009, le cinéma américain occupe toute la place. La course aux Oscars bat son plein et dans ce contexte, deux films retiennent mon attention : MILK avec la performance époustouflante de Sean Penn et DOUTE pour le jeu brillant du trio Meryl Streep, Philip Seymour Hoffman et Amy Adams.

MILK

milk

Après quelques films quasi expérimentaux (ELEPHANT, PARANOID PARK), Gus Van Sant marque ici un retour à un cinéma plus proche de ceux qui l’ont fait connaître auprès du grand public (TO DIE FOR et GOOD WILL HUNTING). Le but est évidemment de rendre plus accessible Milk, le héros bien connu de la communauté gay dont il demeure une figure marquante, beaucoup moins en dehors de celle-ci.

En compagnie de son amant Scott Smith, Harvey Milk, quarante ans, quitte New York pour San Francisco. Dans Castro Street, artère commerçante d’un quartier ouvrier pris d’assaut par la communauté homosexuelle, il ouvre un magasin d’articles de photographie. Plus qu’un commerce, le lieu devient rapidement le point de ralliement des militants gays, que Milk galvanise par ses rêves d’obtenir un poste à la mairie. Il s’y prendra à quatre reprises avant d’être finalement élu conseiller municipal, en 1977, où il pilote l’offensive californienne contre un projet de loi autorisant la discrimination contre les homosexuels. Le 27 novembre 1978, trois semaines après avoir remporté cette bataille, Milk et le maire de San Francisco, ligués contre un conseiller de droite homophobe, sont abattus par ce dernier en plein hôtel de ville.

Le réalisateur Van Sant et le jeune scénariste Dustin Lance Black ont frappé fort avec ce portrait honnête, puissant et universel d’un charismatique pionnier de la politique, emblématique par ailleurs d’une nation qui progresse à petits pas et recule à grandes enjambées sous l’assaut de la violence. D’entrée de jeu pourtant, la construction en flash-back du scénario laissait présager une œuvre conventionnelle et peu inspirée. Puis, la force des personnages, tant au centre (l’énergique Sean Penn est épatant) qu’en périphérie (ou Josh Brolin et James Franco dominent), prennent le dessus et la très haute qualité de la mise en scène, tout en retenue, porte le film à des hauteurs inattendues.

DOUTE

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L’homme de théâtre John Patrick Shanley n’a pas été vu derrière une caméra depuis 1990 pour le film JOE VERSUS THE VOLCANO. Toutefois, son retour ne passe pas inaperçu avec l’adaptation de sa propre pièce DOUTE, gagnante d’un prix Pulitzer et qui constitue une profonde réflexion sur le pouvoir destructeur de la rumeur.

Bronx, 1964. Sur la foi du témoignage nébuleux de la douce Sœur James, institutrice sous ses ordres, l’acariâtre Sœur Aloysius, directrice d’une école catholique, se convainc que le père Flynn entretient une relation interdite avec Donald, le premier élève afro-américain admis dans l’établissement. Ni les doutes de la jeune enseignante, ni les protestations du prêtre charismatique, aux méthodes pédagogiques radicalement opposées à celles prescrites par Sœur Aloysius, ne parviennent à détromper cette dernière. Débute alors un duel entre la directrice et le prêtre, dont l’enfant ne serait plus que le prétexte et Sœur James, le malheureux témoin.

Film de mots, dits et non dits, DOUTE est un film d’acteurs, Amy Adams et Philip Seymour Hoffman sont excellents, aux côtés d’une Meryl Streep qui mord à belles dents dans les répliques avantageuses de la directrice dragonne. La scène qui l’oppose à Viola Davis, parfaite en maman rationnelle du gamin présumé abusé, pourrait passer à l’histoire.

Au-delà du procès d’intention d’un homme qui ne se croit coupable de rien, DOUTE brosse le portrait d’une Église en plein bouleversement idéologique, qui a des échos encore aujourd’hui. Un film qui continue de nous habiter longtemps après la fin de la projection.

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