Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

22e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par Daniel Cadrin

Une surprise au tournant

Pierre avait dit à Jésus : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. » À partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il le paye de sa vie ? Et quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie ? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite.

Commentaire :

Cet évangile comprend trois parties: d’abord une annonce de la Passion par Jésus, qui est solennelle; puis une vive confrontation entre Pierre et Jésus à propos de cette annonce; enfin, une exhortation de Jésus qui invite ses disciples à prendre des risques.

Devenir disciple de Jésus, c’est marcher à sa suite. La route est longue et inclut plusieurs étapes. Dimanche dernier, nous avons vu Pierre, au nom des disciples, proclamer sa foi en Jésus Messie et Fils de Dieu. C’était là déjà l’aboutissement de toute une démarche à la suite de Jésus, avec ses doutes et ses avancées. Mais maintenant, sur cette route de la foi, nous arrivons à un nouveau point tournant. Jésus est le Messie, mais quelle sorte de Messie? Quelle est l’orientation fondamentale de sa messianité?

Pierre découvre alors que Jésus ne répond pas au profil prévisible, à ce qu’on attend normalement d’un Messie. Jésus annonce qu’il sera rejeté, tué et qu’il ressuscitera. Quelque chose ne tourne pas rond dans cette perspective. Un Messie est associé à la puissance et à la gloire, non à la souffrance. Aussi Pierre en est choqué et se permet de confronter vivement Jésus, de lui faire des reproches.

Alors Pierre, qui avait été béni et avait reçu une grande responsabilité après sa confession de foi, est maintenant appelé Satan, Adversaire, par Jésus lui-même! Les vues de Pierre sont littéralement scandaleuses pour Jésus; un scandale est un obstacle sur la route qui peut nous faire tomber.

Les exhortations qui suivent apportent des clarifications. Il est question de perdre sa vie et ainsi de la sauver. Jésus développe les implications de croire en lui et marcher à sa suite, de devenir son disciple. Prendre sa croix, à cette époque pour les chrétiens lecteurs de Matthieu, n’a pas le sens actuel plus moralisateur ou fataliste : il faut faire des sacrifices, ou il faut bien accepter les souffrances de la vie. Prendre sa croix signifie être prêt à risquer sa vie. La croix référait alors à une mort publique indigne; et pour les chrétiens à la Passion de Jésus et au don de sa vie pour la multitude.

Il y a aussi une dimension de sagesse dans les réflexions de Jésus sur la valeur de la vie. Qu’est-ce qui vaut vraiment la peine, qu’est-ce qui compte? Conquérir le monde et s’agrandir soi-même, dans le culte de soi? Le prix à payer est trop élevé car c’est sa propre vie, c’est soi-même finalement qu’on perd. Alors que risquer sa vie, oser la donner, sera source d’une vie nouvelle. C’est le chemin que Jésus lui-même a suivi.

La marche à la suite de Jésus sur la route de la foi n’est pas une promenade facile et tranquille, sur une large avenue, en un beau dimanche ensoleillé. Tout peut arriver. Une tempête survient, nous ne savons pas quel chemin prendre au carrefour, des gens crient après nous, nous avons perdu notre carte, nous nous sentons épuisés, nous aimerions revenir en arrière… Est-ce qu’on peut débarquer?

Cette marche est une expédition risquée et remplie de défis. Pour avancer, nous avons à nous y engager personnellement et courageusement, par-delà les voix du conformisme, les peurs de l’inconnu, les obsessions de sécurité et de performance, et les attentes illusoires de perfection et de gloire. Jésus, et finalement Pierre lui-même, ont suivi cette voie. La fidélité à sa vocation et à sa mission appelle à faire la vérité en regard de ce qui nous entoure et de ce qui nous habite intérieurement. Mais alors la marche devient plus excitante, libératrice et source de vie.

À quel point tournant sui-je rendu aujourd’hui? À quel obstacle dois-je faire face, avec fermeté et audace? Et comme disciple de Jésus, quel risque sui-je prêt à prendre?

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