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L’ascension de Moïse

Imprimer Par Grégoire de Nysse

Grégoire de Nysse, né entre 331 et 341 à Néocésarée (actuelle Niksar en Turquie), dans la province du Pont-Euxin, mort après 394, théologien chrétien et Père de l’Église.

Le grand Moïse, devenant toujours plus grand, n ‘arrête nulle part son ascension ni ne propose de limite à son mouvement vers les hauteurs, mais, ayant mis le pied à l’échelle « sur laquelle Dieu se tenait », il ne cesse de monter à l’échelon supérieur, continuant toujours de s’élever parce que chaque marche qu’il occupe dans la hauteur débouche toujours sur un au-delà. Tout le désir du Beau qui entraîne à cette ascension ne cesse jamais de s’étendre à mesure qu’on avance dans la course vers le Beau. Et c’est là réellement voir Dieu que de ne jamais trouver de satiété à ce désir. Mais il faut, regardant toujours à travers ce qu’il est possible de voir, être enflammé du désir de voir davantage par ce qu’il est déjà possible de voir. Et ainsi nulle limite ne saurait interrompre le progrès de la montée vers Dieu.

Mais cette course, à un autre point de vue, est stabilité. En effet « je t’établirai sur le roc ». C’est là la plus paradoxale de toutes choses que stabilité et mobilité soient la même chose. Car d’ordinaire celui qui avance n ‘est pas arrêté et celui qui est arrêté n ‘avance pas. Ici il avance du fait même qu’il est arrêté. Plus quelqu’un demeure fixé et inébranlable dans le bien, plus il avance dans la voie de la vertu.

En effet celui qui est chancelant et instable quant au fondement de ses convictions, parce qu’il n’a pas une assiette ferme dans le bien, « flottant et ballotté », comme dit l’Apôtre, incertain et ondoyant dans ses conceptions sur la nature des choses, comment s’avancerait-il vers la cime de la vertu? Ceux qui/ont l’ascension d’une dune ont beau faire de grandes enjambées, c’est en vain qu’ils se donnent du mal, car le sable en s’éboulant les ramène toujours en bas : il y a du mouvement dépensé, mais aucun progrès dans ce mouvement.

Si quelqu’un au contraire a retiré ses pieds « de la vase de la fosse » et les a affermis sur le roc – « le roc » ici, c’est le Christ, la plénitude de la vertu -, sa course est d’autant plus rapide qu’il est plus ferme dans le bien ; sa stabilité est pour lui comme une aile et dans son voyage vers les hauteurs, son cœur est comme ailé par sa fixité dans le bien. Ainsi en montrant le lieu à Moïse, Dieu l’encourage à courir ; et en lui promettant de l’établir sur le roc, il lui indique la façon de courir cette course divine.

(Vie de Moïse, 27 et 243-244)

Saint Grégoire de Nysse,
évêque (v. 335 – v. 394)

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