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Des rites pour dire la vie

Imprimer Par Denis Gagnon

Au cours des derniers mois, des grands ont quitté définitivement la scène: une dame haute en couleur qui dirigeait les destinées de Québec, un ténor qui faisait la gloire de l’Italie, deux cinéastes de génie, des figures politiques à divers échelons, des soldats morts sur le champ de bataille et bien d’autres.

La mort de chacun et de chacune a été soulignée dans des témoignages, des visites auprès du cercueil, des bons mots adressés aux proches du défunt, une poignée de main, une accolade, des fleurs, un salut militaire, des prières, une aspersion d’eau, de l’encens… Bref, au moment de leur mort, ces hommes et ces femmes ont été honorés par des rites, des gestes qui exprimaient les sentiments qu’on éprouvait devant l’événement.

En général, les humains ne quittent pas le monde des vivants sans rites. On dit même que les plus anciennes manifestations du religieux que nous connaissions sont des rites funéraires. Personne ne veut être enterré comme un chien, dit-on. Le moindre des moindres a droit à une attention particulière, un geste, une parole, un chant ou tout autre manifestation. Le corps humain le plus médiocre a droit au respect autant que celui de la star aux proportions harmonieuses. On ne le laissera pas à découvert dans un champ pour le petit déjeuner du lion ou du grizzli.

Nous voulons traduire dans des rites la grandeur des engagements d’un homme ou d’une femme. Certains ont accompli des oeuvres importantes. Nous reconnaissons le bien qu’ils ont fait à leurs compatriotes. Le petit aussi a droit au respect. Le bandit le plus notoire ne partira pas avec les vidanges au coin de la rue. Le souffle qui a traversé sa vie ne mérite pas cela.

Nous faisons des rites pour traduire ce qu’une vie a été. Nos rites veulent dire aussi que cette vie a des résonances au-delà de la mort. L’amitié peut durer malgré l’absence. Les paroles ont des répercussions longtemps après avoir été prononcées. Comme dans une course à relais, elles suscitent des réactions qui en entraînent d’autres.

Nous faisons des rites autour des défunts pour dire que ces corps ne nous appartiennent pas. Ils viennent de la terre. Nous les rendons à la terre. Ils ne sont pas simplement un vêtement qu’aurait revêtu un homme ou une femme. Ils sont cet homme, cette femme. Nous sommes notre corps autant que nous sommes le souffle qui parcourt notre corps.

Le croyant que je suis affirme aussi que ce corps est tellement moi-même qu’il ne peut être remplacé par un autre. Je ne reviendrai pas sous la forme d’un érable ou d’une hirondelle, ni même dans le corps du général De Gaule. Je suis et serai toujours ce que je suis présentement. Je ne crois pas à la réincarnation.

Mon corps est moi-même. C’est dans cette chair que je ressusciterai un jour comme la résurrection du Christ me le promet. Contre toute espérance, j’espère. La vie est trop précieuse, une vie d’homme, une intelligence humaine, une volonté, trop précieuses pour disparaître à tout jamais. En disant cela, je manifeste le vraisemblable de la résurrection. Mon affirmation n’est pas une garantie ni une preuve. Je crois sans certitude. Tout simplement, je crois et ma foi est en forme d’espérance.

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