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Précieuse insatisfaction

Imprimer Par Caroline Pinet

À la maison, tous les matins, un bon pain frais sorti de la machine à pain, nous attend sur la table. Tous les matins. Tous les matins, sauf, quand on a tout mis dans la cuve à pain et oublié d’appuyer sur la touche de démarrage. Ou alors, a-t-on oublié de mettre la palette de pétrissage. Parfois la quantité de liquide aura été mal calculée et on retrouvera un pain trop plat, ou s’émiettant au moindre contact. Il faut alors s’ajuster rapidement, et se tourner vers une solution pour nourrir les neuf membres de la famille. Immanquablement, il y aura des gaufres au menu. Les enfants sont toujours ravis qu’il y ait eu un pépin avec le pain, car les gaufres fraîches remportent toujours du succès. Il serait plus juste de dire qu’en moyenne cinq matins sur sept il y a du pain frais sur la table. Il ne faut cependant pas oublier qu’un matin par semaine, on rassemble toutes les boutasses du pain de la semaine et faisons un délicieux flan au pain perdu. Il y a donc plutôt quatre matins par semaine où nous dégustons du bon pain frais.

La réalité diffère toujours des affirmations et des apparences. Mais ça ne veut pas dire qu’elle est moins belle. Quand on regarde nos couples amis qui s’entendent si bien quand on se réunit, nous avons peine à imaginer qu’eux ont parfois des disputes, des désaccords, des difficultés. Ils forment un si beau couple! Ils sont tout sourire, pourtant, le matin même, ils ont peut-être eu un désaccord frustrant. La réalité est-elle alors trompeuse? Non, elle diffère seulement des apparences. Ils sont un couple uni et heureux, mais parfois, ils ont des mésententes, des divergences de vue. Donc, on peut dire qu’en général c’est un couple qui va très bien le cinq septième du temps, sauf quand il y a une façon différente d’envisager le quotidien. Il ne faut pas oublier non plus ces journées où il y a un imprévu qui fait vivre du stress, et qui rend les rapports moins harmonieux. Il y a donc plutôt entente et harmonie chez ce couple le quatre septième du temps.

Imaginons un couple sans insatisfaction. Leurs idées concordent toujours. Ils voient tout de la même façon. Aucun des deux ne laisse échapper une parole maladroite. Ils envisagent les mêmes solutions pour les problèmes qui se présentent. Ils contiennent leur défaut. Aucune pensée n’échappe à l’autre, ils ne sont qu’un. Tout serait alors parfait? Tout serait assurément immobile. Plus rien ne bougerait, n’avancerait car tout serait satisfaisant. L’insatisfaction est le moteur du progrès et de l’action, à la condition que ce ne soit pas le sentiment dominant dans un couple. Au fil du temps, nous changeons, nous évoluons, nous nous adaptons sans cesse aux gens qui changent aussi autour de nous. L’immobilisme serait alors catastrophique. Quand on annonce à notre petit de deux ans que nous l’amenons au parc, il saute de joie partout dans la cuisine; faites la même annonce quand il aura quinze ans, sa réaction diffèrera d’autant! Nous sommes des mutants! Alors les ajustements de couple, de famille passent forcément par des frustrations qui nous obligent à nous adapter, à changer, mais aussi à grandir.

Seul Dieu est parfait. C’est en Lui seul que nos désirs infinis sont comblés, Lui l’Infini. Mais c’est avec notre tendre moitié que nous pouvons cheminer vers cet Amour absolu, car la vie conjugale est un chemin de croissance.

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