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Lettre au Petit Prince

Imprimer Par Denis Gagnon

Mon cher Petit Prince,
Dernière page! Je ferme le livre de ton aventure à travers la galaxie jusqu’à ton retour auprès de ta rose. Toute une année, j’ai folâtré d’une planète à l’autre en ta compagnie. Avec toi, j’ai rencontré des êtres magnifiques et aussi des êtres bizarres.

J’ai eu de la sympathie pour l’allumeur de réverbères. Le pauvre, il aurait pu prendre le temps de s’asseoir pour analyser la situation et trouver une solution adaptée à celle-ci. Beaucoup sont comme lui, prisonniers de leurs habitudes. Ils oublient que les lois sont créées pour répondre à des besoins particuliers. Quand les besoins changent, les lois doivent céder leur place à d’autres lois.

J’ai eu pitié de l’homme d’affaires. Il ne sait pas qu’en additionnant à l’excès, on finit par soustraire au plan humain!

Le roi m’a fait sourire comme m’amusent beaucoup de chefs, de présidents et de directeurs généraux. J’ai compris plus que jamais que la quête du pouvoir peut fabriquer des clowns de cirque. Je crois qu’on assoit les grands sur des trônes parce qu’on pense que la hauteur et la grandeur sont synonymes. Sur le plancher des vaches, les rois ne sont pas plus haut que le plus humble de leurs sujets.

Le vaniteux affirme que tous les hommes sont des admirateurs. Il a bien raison: nous vivons tous de nos admirations. J’admire les premiers bourgeons du printemps et cela me ressuscite. J’admire la sagesse d’un grand penseur et cela dégage mon horizon. Ainsi de suite. Nous sommes tous des admirateurs qui vivons de nos admirations. Le vaniteux cependant n’a pas compris que l’admiration des autres ne peut pas se concentrer sur sa personne.

J’ai bien aimé rencontrer le géographe. Pourquoi? Tout simplement parce qu’il a besoin des explorateurs. Personne n’est aussi beau que celui qui a besoin des autres. C’est parfois compliqué un être humain, parfois embarrassant. Mais nous ne pourrions vivre dans l’isolement. L’ONU devrait avoir le contrôle total des guerres. Je lui suggérerais de ne permettre que les guerres entre les pays de géographes et les pays d’explorateurs. Cela ne durerait jamais longtemps. Les géographes ont besoin des explorateurs et les explorateurs ont besoin de raconter leurs découvertes.

J’ai trouvé une chose étrange dans ton voyage. Les planètes que tu as visitées ne sont occupées que par une seule personne. Comme si les humains étaient des misanthropes.

Et puis, quelle tristesse que tu n’aies jamais rencontrer de femme! L’auteur a peut-être voulu éviter que ta rose ne sombre dans la jalousie. Mais quelques femmes, une seule même, auraient pu apporter au récit des lumières différentes sur la vie, la mort, sur le courage et la persévérance. Et bien sûr, sur l’amour.

Il a fallu un renard pour te communiquer la sagesse. Un animal! Un animal plutôt qu’un être humain! Est-ce une malice de l’auteur ou un brin de poésie à la manière de La Fontaine? Dorénavant, je serai gentil avec tous les renards que je croiserai pour le trésor qu’ils livrent quand des enfants aux cheveux blonds leur posent des questions.

Mon cher Petit Prince, au terme de notre voyage, je te remercie pour les poussières d’étoiles que tu as saupoudrées sur mes pensées. Je te remercie pour le mouton. Et pour les trous dans la boîte pour qu’il puisse respirer. C’est une bonne idée. J’ai moi-même fait des trous dans ma tête pour que mes rêves puissent respirer.

Bon retour chez toi, Petit Prince.

Denis

P.S. Si jamais tu songes à un autre voyage, tu m’en parles, n’est-ce pas?

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